Sports : diabolo

Diabolo

 

Le diabolo est un jeu d’adresse composé de deux cônes opposés par les sommets, qu’on lance en l’air et qu’on rattrape avec une ficelle tendue entre deux baguettes.

1 Diabolo 1900

 

C’est l’effet gyroscopique qui permet de maintenir le diabolo en rotation en équilibre sur le fil.

L’origine du diabolo n’est pas connue. Il provient peut-être de Chine vers 4000 avant notre ère. En France, il connaît sous le nom de « diable » plusieurs pics de popularité aux XIXe et XXe siècles.

Le mot « diabolo » semble avoir été inventé en 1906 par Charles Burgess Fry, éditeur du magazine de sport The Outdoor Magazine. Connaissant l’appellation française, il propose diabolo, jeu de mot sur le verbe d’origine grecque : διαϐάλλω (diabállô) ou « lancer à travers ».

 

Qui y joue ? Tout le monde une certaine année, mais surtout Albertine, jeune fille en fleurs.

2 Diabolo, vers 19004 Diabolo 1907

3 Diabolo, 1900, 2

5 Diabolo, croquet, Cabourg

L’activité lui donne des faux airs d’un modèle de Giotto.

6 Giotto L'ïdolâtrie

 

Les extraits :

*Un des matins qui suivirent celui où Andrée m’avait dit qu’elle était obligée de rester auprès de sa mère, je faisais quelques pas avec Albertine que j’avais aperçue, élevant au bout d’un cordonnet un attribut bizarre qui la faisait ressembler à l’« Idolâtrie » de Giotto ; il s’appelle d’ailleurs un « diabolo » et est tellement tombé en désuétude que devant le portrait d’une jeune fille en tenant un, les commentateurs de l’avenir pourront disserter comme devant telle figure allégorique de l’Arena, sur ce qu’elle a dans la main. II

Nous fûmes rejoints par Octave qui ne fit pas de difficulté pour dire à Andrée le nombre de points qu’il avait faits la veille au golf, puis par Albertine qui se promenait en manœuvrant son diabolo comme une religieuse son chapelet. Grâce à ce jeu elle pouvait rester des heures seule sans s’ennuyer. Aussitôt qu’elle nous eut rejoints m’apparut la pointe mutine de son nez, que j’avais omise en pensant à elle ces derniers jours ; sous ses cheveux noirs, la verticalité de son front s’opposa, et ce n’était pas la première fois, à l’image indécise que j’en avais gardée, tandis que par sa blancheur il mordait fortement dans mes regards ; sortant de la poussière du souvenir, Albertine se reconstruisait devant moi. Le golf donne l’habitude des plaisirs solitaires. Celui que procure le diabolo l’est assurément. Pourtant après nous avoir rejoints, Albertine continua à y jouer, tout en causant avec nous, comme une dame à qui des amies sont venues faire une visite ne s’arrête pas pour cela de travailler à son crochet.

— Il paraît que Mme de Villeparisis, dit-elle à Octave, a fait une réclamation auprès de votre père (et j’entendis derrière ce mot « il paraît » une de ces notes qui étaient propres à Albertine ; chaque fois que je constatais que je les avais oubliées, je me rappelais en même temps avoir entr’aperçu déjà derrière elles la mine décidée et française d’Albertine. J’aurais pu être aveugle et connaître aussi bien certaines de ses qualités alertes et un peu provinciales dans ces notes-là que dans la pointe de son nez. Les unes et l’autre se valaient et auraient pu se suppléer et sa voix était comme celle que réalisera, dit-on, le photo-téléphone de l’avenir : dans le son se découpait nettement l’image visuelle). Elle n’a du reste pas écrit seulement à votre père, mais en même temps au maire de Balbec pour qu’on ne joue plus au diabolo sur la digue, on lui a envoyé une balle dans la figure.

— Oui, j’ai entendu parler de cette réclamation. C’est ridicule. Il n’y a pas déjà tant de distractions ici. II

De sorte qu’au moment où certains jeunes gens s’engagèrent simplement par esprit d’imitation sportive, comme une année tout le monde joue au « diabolo », pour Saint-Loup la guerre fut davantage l’idéal même qu’il s’imaginait poursuivre dans ses désirs beaucoup plus concrets mais ennuagés d’idéologie, cet idéal servi en commun avec les êtres qu’il préférait, dans un ordre de chevalerie purement masculine, loin des femmes, où il pourrait exposer sa vie pour sauver son ordonnance, et mourir en inspirant un amour fanatique à ses hommes. VII

 

Demain, le furet.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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