Sports : cyclisme 2

Ces messieurs en selle

 

Ils avaient fière allure en ce temps-là…

Repoduction des imagettes de l'album Félix Potin 2 Cycliste H Léon Georget Repoduction des imagettes de l'album Félix Potin

 

Les extraits :

*je conclus plutôt que toutes ces filles appartenaient à la population qui fréquente les vélodromes, et devaient être les très jeunes maîtresses de coureurs cyclistes. En tous cas, dans aucune de mes suppositions, ne figurait celle qu’elles eussent pu être vertueuses. II

*Avant que j’eusse eu le temps de m’apercevoir de la métamorphose sociale de ces jeunes filles, et tant ces découvertes d’une erreur, ces modifications de la notion qu’on a d’une personne ont l’instantanéité d’une réaction chimique, s’était déjà installée derrière le visage d’un genre si voyou de ces jeunes filles que j’avais prises pour des maîtresses de coureurs cyclistes, de champions de boxe, l’idée qu’elles pouvaient très bien être liées avec la famille de tel notaire que nous connaissions. Je ne savais guère ce qu’était Albertine Simonet. II

*Mais pour que j’aimasse vraiment Andrée, elle était trop intellectuelle, trop nerveuse, trop maladive, trop semblable à moi. Si Albertine me semblait maintenant vide, Andrée était remplie de quelque chose que je connaissais trop. J’avais cru le premier jour voir sur la plage une maîtresse de coureur, enivrée de l’amour des sports, et Andrée me disait que si elle s’était mise à en faire, c’était sur l’ordre de son médecin pour soigner sa neurasthénie et ses troubles de nutrition, mais que ses meilleures heures étaient celles où elle traduisait un roman de George Eliot. II

*Cependant il [le baron de Charlus] s’attardait encore sur le pas de la porte et demandait à Jupien des renseignements sur le quartier. « Vous ne savez rien sur le marchand de marrons du coin, pas à gauche, c’est une horreur, mais du côté pair, un grand gaillard tout noir ? Et le pharmacien d’en face, il a un cycliste très gentil qui porte ses médicaments. » Ces questions froissèrent sans doute Jupien car, se redressant avec le dépit d’une grande coquette trahie, il répondit : « Je vois que vous avez un cœur d’artichaut. » IV

*À ses paroles [d’Albertine] se mêlaient d’autres sons : la trompe d’un cycliste, la voix d’une femme qui chantait, une fanfare lointaine retentissaient aussi distinctement que la voix chère, comme pour me montrer que c’était bien Albertine dans son milieu actuel qui était près de moi en ce moment, comme une motte de terre avec laquelle on a emporté toutes les graminées qui l’entourent. IV

4 Trompe de vélo

*[Le lifiter du Grand-Hôtel] alla, non pas fermer la porte, ce qui était au-dessus des forces de ce cycliste qui désirait une « moto », mais la pousser un peu plus. « Comme ça nous sommes bien tranquilles. » IV

*« Vous allez me ramener cette jeune fille, lui dis-je, après avoir fait claquer moi-même la porte de toutes mes forces (ce qui amena un autre chasseur s’assurer qu’il n’y avait pas de fenêtre ouverte). Vous vous rappelez bien : Mlle Albertine Simonet. Du reste, c’est sur l’enveloppe. Vous n’avez qu’à lui dire que cela vient de moi. Elle viendra très volontiers, ajoutai-je pour l’encourager et ne pas trop m’humilier. — Vous pensez ! — Mais non, au contraire, ce n’est pas du tout naturel qu’elle vienne volontiers. C’est très incommode de venir de Berneville ici. — Je comprends ! — Vous lui direz de venir avec vous. — Oui, oui, oui, oui, je comprends très bien, répondait-il de ce ton précis et fin qui depuis longtemps avait cessé de me faire « bonne impression » parce que je savais qu’il était presque mécanique et recouvrait sous sa netteté apparente beaucoup de vague et de bêtise. — À quelle heure serez-vous revenu ? — J’ai pas pour bien longtemps, disait le lift qui, poussant à l’extrême la règle édictée par Bélise d’éviter la récidive du pas avec le ne, se contentait toujours d’une seule négative. Je peux très bien y aller. Justement les sorties ont été supprimées ce tantôt parce qu’il y avait un salon de vingt couverts pour le déjeuner. Et c’était mon tour de sortir le tantôt. C’est bien juste si je sors un peu ce soir. Je prends n’avec moi mon vélo. Comme cela je ferai vite. » IV

*[Le Héros sur le liftier du Grand-Hôtel de Balbec] Je lui pardonnais difficilement aussi qu’il employât certains termes de son métier, et qui eussent, à cause de cela, été parfaitement convenables au propre, seulement dans le sens figuré, ce qui leur donnait une intention spirituelle assez bébête, par exemple le verbe pédaler. Jamais il n’en usait quand il avait fait une course à bicyclette. Mais si, à pied, il s’était dépêché pour être à l’heure, pour signifier qu’il avait marché vite il disait : « Vous pensez si on a pédalé ! » IV

*M. Bernard, en attendant le tram en retard, ne tenait pas à nous dire bonjour, à Albertine et à moi, à cause de son œil poché. Nous tenions encore moins à lui parler. C’eût été pourtant presque inévitable si, à ce moment-là, une bicyclette n’avait fondu à toute vitesse sur nous ; le lift en sauta, hors d’haleine. Mme Verdurin avait téléphoné un peu après notre départ pour que je vinsse dîner, le surlendemain ; IV

*Enfin le petit tram, qu’il avait précédé pour prendre une direction verticale, arriva à son tour, lentement. Les voyageurs qui allaient le prendre s’écartèrent pour lui faire place, mais sans se presser, sachant qu’ils avaient affaire à un marcheur débonnaire, presque humain et qui, guidé comme la bicyclette d’un débutant, par les signaux complaisants du chef de gare, sous la tutelle puissante du mécanicien, ne risquait de renverser personne et se serait arrêté où on aurait voulu. IV

*[A Paris] Échappés des grands hôtels, les chasseurs ailés, aux teintes changeantes, filaient vers les gares, au ras de leur bicyclette, pour rejoindre les voyageurs au train du matin. V

*J’éprouvai un vif mouvement de reconnaissance pour Albertine qui, je le voyais, n’était pas allée au Trocadéro pour les amies de Léa, et qui me montrait, en quittant la matinée et en rentrant sur un signe de moi, qu’elle m’appartenait plus que je ne me le figurais. Il fut plus grand encore quand un cycliste me porta un mot d’elle pour que je prisse patience, et où il y avait de ces gentilles expressions qui lui étaient familières : « Mon chéri et cher Marcel, j’arrive moins vite que ce cycliste dont je voudrais bien prendre la bécane pour être plus tôt près de vous. Comment pouvez-vous croire que je puisse être fâchée et que quelque chose puisse m’amuser autant que d’être avec vous ! ce sera gentil de sortir tous les deux, ce serait encore plus gentil de ne jamais sortir que tous les deux. Quelles idées vous faites-vous donc ? Quel Marcel ! Quel Marcel ! Toute à vous, ton Albertine. » V

*Si l’on y songe, il n’était pas moins invraisemblable qu’autrefois Albertine vînt me voir à minuit, et maintenant vécût avec moi. Et c’eût peut-être été invraisemblable d’une autre, mais nullement d’Albertine, sans père ni mère, menant une vie si libre qu’au début je l’avais prise à Balbec pour la maîtresse d’un coureur, ayant pour parente la plus rapprochée Mme Bontemps qui, déjà chez Mme Swann, n’admirait chez sa nièce que ses mauvaises manières et maintenant fermait les yeux, surtout si cela pouvait la débarrasser d’elle en lui faisant faire un riche mariage où un peu de l’argent irait à sa tante (dans le plus grand monde, des mères très nobles et très pauvres, ayant réussi à faire faire à leur fils un riche mariage, se laissent entretenir par les jeunes époux, acceptent des fourrures, une automobile, de l’argent d’une belle-fille qu’elles n’aiment pas et qu’elles font recevoir). V

 

Demain, l’équitation.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


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