Sports : barres

Barres

 

C’est un jeu collectif.

Les jeunes qui s’y adonnent sont répartis également dans deux équipes opposées sur un terrain rectangulaire. Elles ont leur base derrière les lignes et sont séparés par une ligne médiane, marquée par un sillon, une branche de feuillage, ou autre.

L’objectif est de prendre l’ascendant sur le camp adverse en faisant prisonniers ses membres. Tout joueur qui sort de son camp après un adversaire a barre sur lui et peut le poursuivre. S’il réussit à le toucher avant d’être atteint lui-même par d’autres « ennemis » sortis après lui, il le fait prisonnier. Et ainsi de suite…

L’engagement se fait par un joueur courant au contact de l’équipe d’en face et prononçant une formule rituelle et en tapant dans les mains d’un joueur adverse.

Les prisonniers peuvent constituer une chaîne à partir de leur geôle et se faire délivrer par simple contact de la main d’un coéquipier libre.

 

Avant Proust, Rabelais fait jouer Gargantua aux barres et, après lui, dans Les Mots, Sartre fait dire au personnage principal qu’il trouvait « distingué de [s’]ennuyer auprès de M. Barrault pendant qu[e les autres] jouaient aux barres. ». Variante, le ballon prisonnier.

 

Dans Du côté de chez Swann, le jeune Héros joue aux barres aux Champs-Élysées avec des fillettes, dont Gilberte Swann.

 

Les extraits :

*Retournerait-elle [Gilberte] seulement aux Champs-Élysées ? Le lendemain elle n’y était pas ; mais je l’y vis les jours suivants ; je tournais tout le temps autour de l’endroit où elle jouait avec ses amies, si bien qu’une fois où elles ne se trouvèrent pas en nombre pour leur partie de barres, elle me fit demander si je voulais compléter leur camp, et je jouai désormais avec elle chaque fois qu’elle était là. I

*[Gilberte] dès que j’y arriverais, me dirait : « Commençons tout de suite à jouer aux barres, vous êtes dans mon camp » ; I

*Nous commençâmes à jouer et comme ce jour si tristement commencé devait finir dans la joie, comme je m’approchais, avant de jouer aux barres, de l’amie à la voix brève que j’avais entendue le premier jour crier le nom de Gilberte, elle me dit : « Non, non, on sait bien que vous aimez mieux être dans le camp de Gilberte, d’ailleurs vous voyez elle vous fait signe. » Elle m’appelait en effet pour que je vinsse sur la pelouse de neige, dans son camp, dont le soleil en lui donnant les reflets roses, l’usure métallique des brocarts anciens, faisait un camp du drap d’or. I

*J’emmenais Françoise au-devant de Gilberte jusqu’à l’Arc-de-Triomphe, nous ne la rencontrions pas, et je revenais vers la pelouse persuadé qu’elle ne viendrait plus, quand, devant les chevaux de bois, la fillette à la voix brève se jetait sur moi : « Vite, vite, il y a déjà un quart d’heure que Gilberte est arrivée. Elle va repartir bientôt. On vous attend pour faire une partie de barres. » I

*courant sur l’ordre de la fillette à la voix brève pour commencer tout de suite notre partie de barres, j’apercevais Gilberte, si vive et brusque avec nous, faisant une révérence à la dame aux Débats (qui lui disait : « Quel beau soleil, on dirait du feu »), lui parlant avec un sourire timide, d’un air compassé qui m’évoquait la jeune fille différente que Gilberte devait être chez ses parents, avec les amis de ses parents, en visite, dans toute son autre existence qui m’échappait. I

*Alors, dans la même seconde, la pensée que l’on m’empêcherait de sortir si l’on s’apercevait que j’étais malade me donna, comme l’instinct de conservation à un blessé, la force de me traîner jusqu’à ma chambre où je vis que j’avais 40° de fièvre, et ensuite de me préparer pour aller aux Champs-Élysées. À travers le corps languissant et perméable dont elle était enveloppée, ma pensée souriante rejoignait, exigeait le plaisir si doux d’une partie de barres avec Gilberte, et une heure plus tard, me soutenant à peine, mais heureux à côté d’elle, j’avais la force de le goûter encore. II

*je n’arrivais à connaître mon bonheur et quand Gilberte elle-même s’écriait : « Qu’est-ce qui vous aurait dit que la petite fille que vous regardiez, sans lui parler, jouer aux barres, serait votre grande amie chez qui vous iriez tous les jours où cela vous plairait ? », elle parlait d’un changement que j’étais bien obligé de constater du dehors, mais que je ne possédais pas intérieurement, car il se composait de deux états que je ne pouvais, sans qu’ils cessassent d’être distincts l’un de l’autre, réussir à penser à la fois. II

 

Demain, les billes.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Sports : barres”

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  1. Dans son livre « Le Paris de Proust », Michel Erman nous dit que entre la Concorde et le théâtre Marigny,il y avait dans la contre-allée dédiée aux enfants,des barres de jeu.

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