Quand le trail trébuche sur l’orthographe

Quand le trail trébuche sur l’orthographe

 

C’est peut-être la plus chouette des initiatives locales au parfum proustien…

Le Trail contre le temps perdu parcourt les voies d’Illiers-Combray et ses alentours, franchissant allègrement un gué ou traversant un lavoir. Il faut prononcer « traille » cette course à pied en milieu naturel. De de plus en plus attrayant, il s’est couru ce week-end pour sa troisième édition, réunissant plus de mille inscrits.

1-trail-contre-le-temps-perdu-3

 

Ce blogue a été un des premiers à saluer cet événement qu’il évoque avec constance. L’occasion se présente pour  une fois de plus de féliciter son créateur, notre policier municipal, moderne garde-champêtre.

 

Je n’en ai que plus de latitude pour regretter une bourde sur le site officiel trailcontreletempsperdu.fr. Il y est écrit : « Entre les plaines de Beauce et les collines du Perche, le Loir est une frontière naturelle. En longeant celui-ci et en partant découvrir sa naissance, on comprend que Marcel Proust est pu y admirer ces endroits propices à la littérature. »

 

Horreur ! « ait » (du verbe avoir) remplacé par l’homophone « est » (du verbe être). Tout le monde peut se tromper, mais on se relit — ou on se fait relire —, que diable ! C’est vraiment malvenu de maltraiter la langue dans une phrase qui prétend rendre hommage à un écrivain qui l’a si bien illustrée.

Enchaînons avec quelques photos-souvenirs d’un bel événement :

Le départ en nocturne devant la salle des fetes

Le départ en nocturne devant la salle des fêtes

Entrée du Gué Bellerin

Entrée du Gué Bellerin

Sortie du Gué Bellerin

Sortie du Gué Bellerin

Les coupes avant distribution (Photos PL)

Les coupes avant distribution (Photos PL)

 

J’entends les esprits forts me lancer : « Oh ! Fou de Proust, il n’y a guère que le nom de la course pour mettre un peu de Proust dans cette chronique. »

Eh bien, détrompez-vous ! « Courir » est une activité que le Héros peut pratiquer. La preuve ? Il suffit de demander :

*Et dès qu’on sonnait le dîner, j’avais hâte de courir à la salle à manger, I

*Une partie de moi à laquelle l’autre voulait se rejoindre était en Albertine. Il fallait qu’elle vînt, mais je ne le lui dis pas d’abord ; comme nous étions en communication, je me dis que je pourrais toujours l’obliger, à la dernière seconde, soit à venir chez moi, soit à me laisser courir chez elle. IV

*En revoyant le visage si soumis, si malheureux, si doux qu’elle avait, je voulais courir immédiatement et lui dire ce que j’aurais dû lui répondre alors : « Mais, grand’mère, tu me verras autant que tu voudras, je n’ai que toi au monde, je ne te quitterai plus jamais. » IV

*[À propos d’Albertine :] Je me rappelais que, par un beau soir de clair de lune, au début de nos relations, une des premières fois où je l’avais reconduite et où j’eusse autant aimé ne pas le faire et la quitter pour courir après d’autres, je lui avais dit : «Vous savez, si je vous propose de vous ramener, ce n’est pas par jalousie; si vous avez quelque chose à faire, je m’éloigne discrètement.» V

*Si Albertine avait pu être victime d’un accident, vivante, j’aurais eu un prétexte pour courir auprès d’elle, morte j’aurais retrouvé, comme disait Swann, la liberté de vivre. VI

 

L’écriture de Marcel Proust ne manque pas de souffle.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et