Chartres, sa cathédrale et Péguy

Chartres, sa cathédrale et Péguy

 

Personne n’a plus honoré Notre-Dame de Chartres que Charles Péguy.

529 Charles Péguy

 

Il a fait deux fois le pèlerinage à pied —en 1912 et en 1913. Ses mots immortalisent l’éblouissement devant l’apparition lointaine de la cathédrale à qui vient vers elle.

 

Extrait de Présentation de La Beauce à Notre-Dame de Chartres :

 

Étoile de la mer, voici la lourde nappe

Et la profonde houle et l’océan des blés

Et la mouvante écume et nos greniers comblés,

Voici votre regard sur cette immense chape

 

Et voici votre voix sur cette lourde plaine

Et nos amis absents et nos cœurs dépeuplés,

Voici le long de nous nos poings désassemblés

Et notre lassitude et notre force pleine.

 

Étoile du matin, inaccessible reine,

Voici que nous marchons vers votre illustre cour,

Et voici le plateau de notre pauvre amour,

Et voici l’océan de notre immense peine.

 

J’ai lu un jour (je ne sais plus où) une vigoureuse critique de Péguy par Proust. Elle lui contestait ses répétitions et ses variations, refusant de choisir le mot juste au profit de successions tâtonnantes (je cite maladroitement de mémoire).

 

Je désespérais de retrouver le texte quand Pierre Assouline dans sa République des livres et son Autodictionnaire Proust (Omnibus) est venu à mon secours. Il y livre, textes à l’appui, les raisons pour lesquelles Marcel « n’a jamais pu sentir » Charles.

*Le naturalisme extérieur (tout décrire, ne rien choisir) n’est pas si odieux que ce naturalisme psychologique d’un homme qui ne nous fait pas grâce de la plus sotte association d’idées, qui lui passe par l’esprit, du calembour le plus idiot. Et quelle banalité, de fond, de forme (…) Je ne juge jamais un écrivain sur ses défauts mais sur ce qu’il a de meilleur, fût-ce sur une ligne. Or le meilleur de Péguy me semble banal et d’une fausse originalité voulue (fût-ce inconsciemment voulue). (Lettre à Daniel Halévy, vers janvier 1908).

*Quant à certaines proses comme celles de M. Péguy par exemple où l’état d’esprit qui est exactement le contraire de l’inspiration et de la solidification artistique, où une espèce d’indolence au cours de laquelle un mot vous en fait imaginer un autre et où on n’a pas le courage de sacrifier ses tâtonnements, je ne peux pas exprimer assez ma stupéfaction de voir que dans des milieux intelligents comme à la Nouvelle Revue Française par exemple, on trouve cela admirable. (Lettre à Louis de Robert, 11 janvier 1913).

*J’exècre la littérature du pauvre Péguy et n’ai jamais varié ; Il y a je ne sais combien d’années, Daniel Halévy m’a écrit : « Veux-tu (parce que nous avons été au lycée ensemble, nous nous écrivons « tu ») souscrire aux cahiers d’un de mes amis, Péguy, mais seulement si tu aimes cela. Lis ce cahier. » J’ai lu, j’ai répondu : « Je trouve ton ami sans talent pour telle et telle raison, mais puisqu’il est malheureux, je souscrirai quand même ». Et dès lors mon appartement, qui était à peu près dix fois aussi grand que celui d’aujourd’hui (qui, il est vrai, est un trou à rats), a été encombré par le plus insipide fatras des plus inutiles proses que je sache. (Lettre à Jacques Boulenger, 18 avril 1921)

 

On n’est pas obligé de dire Amen à toutes les excommunications proustiennes !

 

Péguy est né deux ans après Proust et il est mort huit avant lui, tué d’une balle au front au début de la Grande Guerre.

 

Aujourd’hui, il existe un Chemin Charles Péguy partant de la rue… Charles Péguy à Palaiseau, dans l’Essonne, pour arriver à Chartres 95 kilomètres plus loin.

 

Demain, Chartres et moi.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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