Les jacinthes de Marcel

Les jacinthes de Marcel

 

Et l’insupportable Parisien hors-sol continuait sa découverte de la nature…

 

Jouxtant le Pré Catelan, à Illiers-Combray, il y a un joli petit bois nommé Pilou. Tout en pentes sinueuses, il est charmant. Je m’y suis allé promener hier et y ai admiré un superbe tapis de jacinthes parsemé de stellaires.

 

[Une précision : je ne connais les noms des fleurs que grâce à une application magique, Pl@ntNet, qui d’une photo prise avec votre portable vous donne illico l’identité de la plante.]

 

S’il n’est pas question de stellaire dans la Recherche (hors trois occurrences ne désignant pas la fleur), il est quelques jacinthes — mais pas à Combray : 

*[Un domestique chez Mme de Saint-Euverte] Et les mèches de ses cheveux roux crespelés par la nature, mais collés par la brillantine, étaient largement traitées comme elles sont dans la sculpture grecque qu’étudiait sans cesse le peintre de Mantoue, et qui, si dans la création elle ne figure que l’homme, sait du moins tirer de ses simples formes des richesses si variées et comme empruntées à toute la nature vivante, qu’une chevelure, par l’enroulement lisse et les becs aigus de ses boucles, ou dans la superposition du triple et fleurissant diadème de ses tresses, a l’air à la fois d’un paquet d’algues, d’une nichée de colombes, d’un bandeau de jacinthes et d’une torsade de serpent. I

*je pensais que déjà le Ponte-Vecchio était jonché à foison de jacinthes et d’anémones et que le soleil du printemps teignait déjà les flots du Grand Canal d’un si sombre azur et de si nobles émeraudes qu’en venant se briser aux pieds des peintures du Titien, ils pouvaient rivaliser de riche coloris avec elles. I

*Cependant l’hiver finissait. Un matin, après quelques semaines de giboulées et de tempêtes, j’entendis dans ma cheminée — au lieu du vent informe, élastique et sombre qui me secouait de l’envie d’aller au bord de la mer — le roucoulement des pigeons qui nichaient dans la muraille : irisé, imprévu comme une première jacinthe déchirant doucement son cœur nourricier pour qu’en jaillît, mauve et satinée, sa fleur sonore, faisant entrer comme une fenêtre ouverte, dans ma chambre encore fermée et noire, la tiédeur, l’éblouissement, la fatigue d’un premier beau jour. III

 

Arrivé en haut du bois Pilou, j’ai retrouvé la barrière blanche du Pré Catelan avec sa vue sur les champs au blé encore vert et au jaune colza.

 

Il ne m’est plus resté que de descendre le petit raidillon…

 

… déjà fleuri de blanc.

 

Pour trouver des aubépines roses, j’ai dû me rendre à la Védière, le long du Loir.

 

Et rentrant chez moi, au milieu de la matinée, j’ai vu les réverbères municipaux encore allumés (ici, devant la gare).

(Photos PL)

 

J’aime l’idée que le préposé à l’extinction ne se soit pas réveillé !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Les jacinthes de Marcel”

You can leave a reply or Trackback this post.
  1. « J’aime l’idée que le préposé à l’extinction ne se soit pas réveillé ! » : c’est que l’allumeur de rêves est berbère !

Write a Reply or Comment

Your email address will not be published.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et