La bouffe est dégueulasse…

La bouffe est dégueulasse…

 

Deuxième épisode des « Bons Conseils du Blogobole »…

Quelle attitude adopter  devant un plat peu savoureux ?

Invité à une table dont vous savez d’expérience qu’elle est alimentée par un « chef de premier ordre », un « parfait maître queux », un « Michel-Ange » des cuisines,  un « Vatel », offrant un « festin de Lucullus ».

Bref, vous vous asseyez serein. Au dessert on vous sert une salade d’ananas et de truffes. Elle n’est pas à la hauteur de ce que vous connaissez. Votre hôtesse refait passer le plat. Fine gueule, ne faites pas la fine bouche et servez une expression dont la finesse la régalera alors qu’elle est acide : « J’obéis, Madame, puisque je vois que c’est là de votre part un véritable oukase. »

 

Fort de cette expérience, vous pouvez récidiver. Lors d’un autre repas, chez un autre hôte, une « barbue à l’acide phénique » vous est proposée. Immangeable ! Sachez vous montrer héroïque : reprenez-en !

 

Vous voilà l’égal de l’exquis marquis de Norpois tel que le diplomate s’est comporté exemplairement chez les parents du Héros (dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs), puis chez la marquise de Villeparisis, sa maîtresse (dans Le Côte de Guermantes).

 

Au passage, apprenez à faire preuve de prudence devant un mets que vous ignorez et qui ne vous inspire pas. Ainsi, il existe (si, si !) des gens ne connaissent pas le caviar, n’y voyant qu’une « matière noirâtre ». Que faire ? N’y touchez pas.

 

De même, abstenez-vous, non de mettre quelque nourriture peu ragoutante dans votre bouche, mais d’en sortir des mots que certaines maîtresses de maison peuvent ne pas goûter. Ainsi, cette remarque de Mme Swann : « Vous savez que ce n’est pas mauvais du tout ces petites saletés-là. » (II)

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

 

*Ma mère comptait beaucoup sur la salade d’ananas et de truffes. Mais l’Ambassadeur après avoir exercé un instant sur le mets la pénétration de son regard d’observateur la mangea en restant entouré de discrétion diplomatique et ne nous livra pas sa pensée. Ma mère insista pour qu’il en reprit, ce que fit M. de Norpois, mais en disant seulement au lieu du compliment qu’on espérait : «J’obéis, Madame, puisque je vois que c’est là de votre part un véritable oukase.» II

 

*— Babal sait toujours tout ! s’écria la duchesse de Guermantes. Je trouve charmant un pays où on veut être sûr que votre crémier vous vende des œufs bien pourris, des œufs de l’année de la comète. Je me vois d’ici y trempant ma mouillette beurrée. Je dois dire que cela arrive chez la tante Madeleine (Mme de Villeparisis) qu’on serve des choses en putréfaction, même des œufs (et comme Mme d’Arpajon se récriait) : Mais voyons, Phili, vous le savez aussi bien que moi. Le poussin est déjà dans l’œuf. Je ne sais même pas comment ils ont la sagesse de s’y tenir. Ce n’est pas une omelette, c’est un poulailler, mais au moins ce n’est pas indiqué sur le menu. Vous avez bien fait de ne pas venir dîner avant-hier, il y avait une barbue à l’acide phénique! Ça n’avait pas l’air d’un service de table, mais d’un service de contagieux. Vraiment Norpois pousse la fidélité jusqu’à l’héroïsme : il en a repris ! III

 

 

*[Chez les Swann] De l’autre côté de mon assiette il y en avait une plus petite remplie d’une matière noirâtre que je ne savais pas être du caviar. J’étais ignorant de ce qu’il fallait en faire, mais résolu à n’en pas manger. II

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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