Qui ressuscite à Pâques ?

Qui ressuscite à Pâques ?

 

Hier dimanche, à 11 h, j’étais à la messe de Pâques en l’église Saint-Jacques d’Illiers-Combray.

Je voulais m’assurer de la légitimité de l’inquiétude de tante Léonie, véritable idée fixe : Mme Goupil est-elle à l’heure pour son rendez-vous dominical avec Dieu ? Elle en parle à quatre reprises dans Du côté de chez Swann :

*[Tante Léonie :] Françoise, imaginez-vous que Mme Goupil est passée plus d’un quart d’heure en retard pour aller chercher sa sœur ; pour peu qu’elle s’attarde sur son chemin cela ne me surprendrait point qu’elle arrive après l’élévation.

*Quand, à notre retour, ma tante nous faisait demander si Mme Goupil était arrivée en retard à la messe, nous étions incapables de la renseigner.

*— Tiens, disait ma tante en se frappant le front, cela me fait penser que je n’ai point su si elle était arrivée à l’église après l’élévation. Il faudra que je pense à le demander à Eulalie…

*à peine Françoise était-elle descendue que quatre coups donnés avec la plus grande violence retentissaient dans la maison et ma tante, dressée sur son lit, criait :

— Est-ce qu’Eulalie est déjà partie ? Croyez-vous que j’ai oublié de lui demander si Mme Goupil était arrivée à la messe avant l’élévation! Courez vite après elle!

Mais Françoise revenait n’ayant pu rattraper Eulalie.

— C’est contrariant, disait ma tante en hochant la tête. La seule chose importante que j’avais à lui demander !

 

Cela méritait pieuse vérification.

 

L’église n’était pas pleine, mais il y avait du monde. J’ai pu — privilège que nul ne m’a disputé —m’installer au banc clos des Amiot, les parents du jeune Proust chez qui il venait passer ses vacances, dans l’allée à gauche de la nef centrale. Il est reconnaissable au velours qui l’orne.

Le banc des Amiot

Le banc des Amiot

 

Comme pour les autres alcôves, il garde la trace de la fidélité des fidèles grâce à la plaque où chacun peut glisser son nom ou le faire graver.

 

Un nom qui n'est pas Amiot

Un nom qui n’est pas Amiot

 

Visiblement, il s’agit de paroissiens postérieurs aux titulaires du temps du petit Marcel.

J’étais placé derrière une Islérienne bien connue dans la commune. Lors de notre première rencontre, elle m’avait expliqué qu’il fallait prononcer « Prou », à l’ancienne.
La dame qui dit "Prou"

La dame qui dit « Prou »

 

Etais-je bien là ?

Le proustiste

Le proustiste

 

Ceux qui me connaissent pourront témoigner de ma présence. Et le livret du jour atteste qu’il s’agit bien de Pâques 2014.

Pâques 2014

Pâques 2014

 

En tournant mes yeux vers la droite, ils sont tombés sur la chapelle dans laquelle la duchesse de Guermantes apparaît au Héros lors du mariage de la fille du docteur Percepied.

La chapelle

La chapelle

La ferveur état grande. Et vint l’élévation.

L'élévation

L’élévation

La photo montre (mal) l’abbé Cornic dressant le ciboire.

Comme l’an dernier, j’ai alors regardé la porte de l’église.

La 1ère porte

La 1ère porte

 

Aucune, entrée, aucune sorte, pas la moindre Mme Goupil en retard.

Il ne me restait plus qu’à quitter l’assemblée…

Les fidèles

Les fidèles

 

… franchir les portes et me retrouver dehors.

La 2e porte

La 2e porte

La 3e porte

La 3e porte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur le porche de Saint-Hilaire — pardon, Saint-Jacques — j’étais heureux de pouvoir proclamer : « Proust est ressuscité ! »

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

(Photos PL)

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Qui ressuscite à Pâques ?”

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  1. Un fin renard sur les traces de Mme Goupil : logique ! Et pourriez-vous croiser ce gredin de Legrandin ?

  2. Quel pouvoir d’évocation que cette photo de vous mon cher Patrice. Quand les objets rendent à la singularité, à votre personnalité c’est comme un silence qui parle…

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