Les Miss de Marcel

Les Miss de Marcel

 

Alors voilà qu’au réveil, les Français apprennent que c’est une compatriote qui a été élue « Miss Univers » à Manille. Elle s’appelle Iris Mittenaere, a été Miss Nord-Pas-de-Calais en 2015 et Miss France en 2016. Ça n’était pas arrivé depuis plus d’un demi-siècle.

 

Serez-vous surpris(e) si je vous confie que ça m’a poussé à vérifier si, par hasard, le mot « Miss » se promenait dans À la recherche du temps perdu ? Eh bien, il y a sept occurrences concernant trois demoiselles.

 

Odette :

*[Chez Elstir, le Héros est frappé par une aquarelle :] Au bas du portrait était écrit : Miss Sacripant, octobre 1872. Je ne pus contenir mon admiration. « Oh ! ce n’est rien, c’est une pochade de jeunesse, c’était un costume pour une Revue des Variétés. Tout cela est bien loin. — Et qu’est devenu le modèle ? » II

*— J’aurais beaucoup aimé, si vous en possédiez, avoir une photographie du petit portrait de Miss Sacripant ! Mais qu’est-ce que c’est que ce nom ? — C’est celui d’un personnage que tint le modèle dans une stupide petite opérette. — Mais vous savez que je ne la connais nullement, Monsieur, vous avez l’air de croire le contraire. » Elstir se tut. « Ce n’est pourtant pas Mme Swann avant son mariage », dis-je par une de ces brusques rencontres fortuites de la vérité, qui sont somme toute assez rares, mais qui suffisent après coup à donner un certain fondement à la théorie des pressentiments si on prend soin d’oublier toutes les erreurs qui l’infirmeraient. Elstir ne me répondit pas. C’était bien un portrait d’Odette de Crécy. II

*Comme j’avais été très étonné de trouver parmi les photographies que m’envoyait son père une du portrait de miss Sacripant (c’est-à-dire Odette) par Elstir […] III

*[Charlus sur Swann :] Il a été follement aimé des femmes. — Mais est-ce que vous avez connu la sienne ? — Mais, voyons, c’est par moi qu’il l’a connue. Je l’avais trouvée charmante dans son demi-travesti, un soir qu’elle jouait Miss Sacripant ; V

 

Gisèle :

*[Albertine au Héros sur Gisèle :] Vous devez aimer les jeunes filles flirt, vous. En tous cas, elle n’aura plus l’occasion d’être collante et de se faire semer, parce qu’elle repart tantôt pour Paris. — Vos autres amies s’en vont avec elle ? — Non, elle seulement, elle et Miss, parce qu’elle a à repasser ses examens, elle va potasser, la pauvre gosse. […] Je rentrai à l’hôtel, ma grand’mère n’y était pas, je l’attendis longtemps; enfin, quand elle rentra, je la suppliai de me laisser aller faire dans des conditions inespérées une excursion qui durerait peut-être quarante-huit heures, je déjeunai avec elle, commandai une voiture et me fis conduire à la gare. Gisèle ne serait pas étonnée de m’y voir ; une fois que nous aurions changé à Doncières, dans le train de Paris, il y avait un wagon couloir où, tandis que Miss sommeillerait, je pourrais emmener Gisèle dans des coins obscurs, prendre rendez-vous avec elle pour ma rentrée à Paris que je tâcherais de rapprocher le plus possible. II

 

Miss Foster :

*M. de Châtellerault s’était ressaisi, mais il songeait qu’il fallait au plus vite faire volte-face en direction de Mlle de la Canourque ou de Miss Foster, les grands partis nº 2 et nº 3, III

 

J’ai même trouvé une phrase sur la plus belle femme du monde. C’est Mme Sazerat qui parle, à Venise, de « Mme de Villeparisis, Mlle de Bouillon » :

*maintenant que mon père est mort, ma consolation c’est qu’il ait aimé la plus belle femme de son époque, VI

 

On trouve tout chez Proust !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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