La Journée des Aubépines en cinq actes (et un rappel)

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La Journée des Aubépines en cinq actes (et un rappel)

 

Le rideau est retombé sur la Journée des Aubépines, rituel des Proustiens à Illiers-Combray et mon seul rendez-vous annuel marqué en lettres d’or.

01 Programme

 

Acte I

Il y a du beau monde à la Maison de Tante Léonie pour écouter Laure Hillerin, auteure de La comtesse Greffulhe, L’ombre des Guermantes. Conférencière distinguée, propos alertes, écoute attentive. Tous sont à l’unisson — nous ne sommes pas au comptoir du Bar des Potes ! Le sujet, le ton, les gens, tout est noble. Et soudain, l’étincelle inattendue, la confidence qui surgit, l’image osée. « En pensant à Proust avec la comtesse, j’imaginais Tintin face à la Castafiore » ! Ah, ma chère Laure, comme vous y allez ! Votre voix n’a pas tremblé à cet instant et vous fûtes grande — ce n’était pas joué vu vos états de service (votre autre biographie consacrée à la duchesse de Berry, pas à Bibi Fricotin). Le public, peu habitué à ces références dans un tel cénacle n’a pas bronché — l’audace paie.

Bianca Castafiore, la cantatrice d’Hergé, je vois bien (en m’interrogeant : porte-t-elle des souliers rouges ?) :

03 Bianca Castafiore

 

Mais quel Tintin ?

Celui-ci ?

04 Tintin et Milou

 

 

 

 

 

… ou cet autre ?

05 Tintin et la Castafiore

 

 

 

 

 

 

 

 

En tous cas, la barre était d’emblée haut placée.

 

Acte II

Le déjeuner, agréable car permettant d’échanger avec des Proustiens que l’on ne connaît pas tous, même ceux qui viennent et reviennent, fidèles enviés et admirés, est toujours assez convenu pour les palais, mais cette fois Les Aubépines ont innové avec une entrée proustienne :

06 Asperges

Même le plat, un bœuf aux carottes, avait un petit goût que Norpois aurait apprécié. L’an prochain, la hardiesse ira peut-être jusqu’à la gelée.

En attendant, les conversations restaient au plus élevé des niveaux. Où utilise-t-on encore, pour critiquer un livre mezza vocce le mot « chantourné » (Chantourner -. XVIIe siècle, au sens de « sinuer comme un ruisseau ». TECHN. Découper ou évider une pièce suivant un profil donné. Une scie à chantourner. Fig. Un style chantourné, travaillé avec une recherche excessive, selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales) — n’est-ce pas, cher Jérôme Bastianelli érudit convive au langage si châtié ?

 

Parmi les autres Proustiens, une poignée d’étrangers, dont un couple suisse, de Genève, elle, Elena, professeure de français et d’histoire, lui, Pierre, statisticien.

07 Suisses

 

Il y avait aussi deux ou trois Belges, mais je n’ai pas échangé avec eux (et le regrette bien), de même pour l’italien Gennaro Oliviero, président de l’Association des Amis de Marcel Proust, à Naples.

08 Quaderni Proustiani

 

Acte III

D’un pèlerinage à l’autre, les dévots en prousterie (ne le prenez pas mal, j’en suis) avancent en hardiesse pour arpenter le Pré Catelan et descendre le petit raidillon — l’équivalent de l’ascension de l’Everest : croquenots et baskets chaussaient plus d’un pied plutôt habitué des trottoirs urbains.

09 Raidillon

 

L’autocar a ensuite suivi le parcours traditionnel : Tansonville, Vieuxvicq, Méréglise et — avant Mirougrain où la vaillante petite troupe a été accueilli par le maître des lieux, Didier Brunet— Saint-Éman, source du Loir et de la Vivonne réunis, à l’ombre d’une église ayant servi de modèle pour Saint-André-des-Champs.

10 Saint-Eman

 

Acte IV

La Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray lâchant ses apôtres le temps du dîner, j’en ai convié quelques uns en toute simplicité à notre table.

11 Dîner

 

Acte V

Retour au grenier de tante Léonie pour la nocturne. Élyane Dezon-Jones y a présenté son Fantôme du petit Marcel (ed. Viviane Hamy) tout juste sorti. Dans le public, des enfants malgré l’heure tardive. L’illustrateur, Stéphane Heuet, avait fait faux bond et s’est fait représenter par un dessin — à colorier, s’il vous plaît.

12 Le Petit Marcel à colorier

 

La nuit qui a suivi relevant de la vie privée, je tire donc là le rideau. Rendez-vous aux Aubépines 2016.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Rouvrons le rideau. Sur une idée de Marcelita Swann, j’ai tout au long de la journée renoué avec le métier de reporter en diffusant, live, des moments de la journée sur Periscope. Commentaire de ma proustienne new-yorkaise préférée qui a pu ainsi être des nôtres à distance, ainsi que d’autres internautes : « It was magical…your 21st century reporting. This is the future. »

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

6 comments to “La Journée des Aubépines en cinq actes (et un rappel)”

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  1. superbe compte-rendu, merci

  2. A propos de l’acte I,les commentateurs de ce blogue ne sont donc pas les seuls à déblog(q)er quelquefois.

  3. Merci, Patrice, pour moi invitant dans votre monde. Votre Periscope était comme un ray oblique du soleil dans mon monde.

    Thank you, Patrice, for inviting me into your world. Your Periscope was like a slanted ray of the sun into mine.

  4. Pourquoi ne pas évoquer le dessert ? « Après avoir mangé un biscuit rose, Jean écrasait des fraises dans un fromage à la crème jusqu’à ce que la couleur lui fit toute les promesses que traduirait dans un instant le goût rêvé et obtenu…tout l’expérience d’un coloriste et d’un gourmand » (Jean Santeuil)
    Tout y fut, même le petit biscuit rose…

    • patricelouis says: -#2

      Merci… J’en profite pour féliciter le cuisinier des Aubépines, Olivier Hamon, pour ses initiatives gourmandes.

  5. Cher Monsieur

    Merci pour ce compte rendu si amusant de ce rendez-vous que j’attendais de puis des décennies…m’étant plongée dans la Recherche, contrairement à vous, à l’âge tendre de dix sept ans et n’en ayant jamais perdu le goût…En évoquant les participants étrangers, vous auriez pu aussi mentionner ceux – peu nombreux, deux ou trois? – venus d’un petit Royaume du Nord (420 km tout de même)!
    J’ai été heureuse de vivre cette journée et amusée de vous voir folâtrer autour de ces curieux proustiens. Merci de vous battre pour garder à Illiers Combray son charme désuet immuable depuis tant d’années. Pourvu que la bretelle d’autoroute n’y déverse pas des cars de touristes pressés de découvrir une autre forme de Disney World…Hélène Godot

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