Vive les pompiers

Vive les pompiers

 

Ils sont irremplaçables, ces hommes et femmes qui se consacrent au secours de leurs concitoyens. Il n’est rien de plus rassurant que de les savoir prêts à intervenir à toute heure du jour et de la nuit. Et bénévolement.

On ne saluera jamais assez les sapeurs-pompiers. J’y pensait en recevant leur visite annuelle, venus proposer en uniforme leur traditionnel calendrier. Celui d’Illiers-Combray est particulier car il célèbre le bicentenaire de la création de la brigade.

1 Calendrier des pompiers

 

En 1816, cela s’appelait « corps des pompiers d’Illiers ».

2 Acte de naissance

 

Qu’en pense Proust ? J’y suis allé voir. Il y a six occurrences de « pompier » dans À la recherche du temps perdu, également réparties entre les deux sens du mot : trois pour le corps de sauveteurs et trois pour désigner un style conventionnel et emphatique — dénoncé par trois femmes, Oriane de Guermantes, Odette Swann et Sidonie Verdurin.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

*Même les femmes qui prétendent ne juger un homme que sur son physique, voient en ce physique l’émanation d’une vie spéciale. C’est pourquoi elles aiment les militaires, les pompiers ; l’uniforme les rend moins difficiles pour le visage ; elles croient baiser sous la cuirasse un cœur différent, aventureux et doux ; I

*[Oriane de Guermantes sur les Iéna :] Je comprends très bien qu’on ne puisse pas avoir de jolies choses, mais au moins qu’on n’ait pas de choses ridicules. Qu’est-ce que vous voulez ? je ne connais rien de plus pompier, de plus bourgeois que cet horrible style avec ces commodes qui ont des têtes de cygnes comme des baignoires. I

*[Mme Swann] Dans la chambre où on la trouvait le plus souvent et dont elle disait : « Oui, je l’aime assez, je m’y tiens beaucoup ; je ne pourrais pas vivre au milieu de choses hostiles et pompier ; c’est ici que je travaille » (sans d’ailleurs préciser si c’était à un tableau, peut-être à un livre, le goût d’en écrire commençait à venir aux femmes qui aiment à faire quelque chose, et à ne pas être inutiles), II

*C’est ainsi qu’ayant voulu aller chez Mme Verdurin j’avais rencontré M. de Charlus. Et certes, je ne l’eusse pas comme autrefois trouvé chez elle ; leur brouille n’avait fait que s’aggraver et Mme Verdurin se servait même des événements présents pour le discréditer davantage. Ayant dit depuis longtemps qu’elle le trouvait usé, fini, plus démodé dans ses prétendues audaces que les plus pompiers, elle résumait maintenant cette condamnation et dégoûtait de lui toutes les imaginations en disant qu’il était « avant guerre ». VII

*C’était l’époque où il y avait continuellement des raids de gothas ; l’air grésillait perpétuellement d’une vibration vigilante et sonore d’aéroplanes français. Mais parfois retentissait la sirène comme un appel déchirant de Walkyrie – seule musique allemande qu’on eût entendue depuis la guerre – jusqu’à l’heure où les pompiers annonçaient que l’alerte était finie tandis qu’à côté d’eux la berloque, comme un invisible gamin, commentait à intervalles réguliers la bonne nouvelle et jetait en l’air son cri de joie. VII

*Enfin la berloque sonna comme j’arrivais à la maison. Le bruit des pompiers était commenté par un gamin. Je rencontrai Françoise remontant de la cave avec le maître d’hôtel. Elle me croyait mort. Elle me dit que Saint-Loup était passé en s’excusant pour voir s’il n’avait pas dans la visite qu’il m’avait faite le matin, laissé tomber sa croix de guerre. VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Si rutilants et efficaces que soient les véhicules des pompiers d’Illiers-Combray, ils seraient impuissants devant le feu proustien qui dévore notre Maître blogueur. Dieu (et Proust) merci!

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