Des poires, des roses (non, pas de scoubidous)

Des poires, des roses (non, pas de scoubidous)

 

Un fruit et une fleur s’offrent un statut particulier dans À la recherche du Temps perdu. Ils ont une identité, comme les humain ou les chevaux de course.

Dans les deux cas, cela se passe dans Sodome et Gomorrhe, lors d’un échange entre Charlus et Charlie, dans un restaurant de Saint-Mars-le-Vêtu, sur la côte normande.

 

Au dessert, le baron veut manger des poires et il est exigeant.

*« Demandez au maître d’hôtel s’il a du Bon Chrétien. — Du Bon Chrétien ? je ne comprends pas. — Vous voyez bien que nous sommes au fruit, c’est une poire. Soyez sûr que Mme de Cambremer en a chez elle, car la comtesse d’Escarbagnas, qu’elle est, en avait. M. Thibaudier la lui envoie et elle dit : « Voilà du Bon Chrétien qui est fort beau. » — Non, je ne savais pas. — Je vois, du reste, que vous ne savez rien. Si vous n’avez même pas lu Molière… Hé bien, puisque vous ne devez pas savoir commander, plus que le reste, demandez tout simplement une poire qu’on recueille justement près d’ici, la « Louise-Bonne d’Avranches. » — La… ? — Attendez, puisque vous êtes si gauche je vais moi-même en demander d’autres, que j’aime mieux : Maître d’hôtel, avez-vous de la Doyenné des Comices ? Charlie, vous devriez lire la page ravissante qu’a écrite sur cette poire la duchesse Émilie de Clermont-Tonnerre. — Non, Monsieur, je n’en ai pas. — Avez-vous du Triomphe de Jodoigne ? — Non, Monsieur. — De la Virginie-Dallet ? de la Passe-Colmar ? Non ? eh bien, puisque vous n’avez rien nous allons partir. La « Duchesse-d’Angoulême » n’est pas encore mûre ; allons, Charlie, partons.» (IV, 289)

Bon Chrétien, poire

Bon Chrétien, poire

 

 

 

 

 

 

 

Louise Bonne d'Avranches, poire

Louise Bonne d’Avranches, poire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Doyenné des Comices, poire

Doyenné des Comices, poire

 

 

 

 

 

 

Triomphe de Jodoigne, poire

Triomphe de Jodoigne, poire

 

 

 

 

 

 

 

Virginie-Dallet, poire

Virginie-Dallet, poire

 

 

 

 

 

 

 

 

Passe-Colmar, poire

Passe-Colmar, poire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Duchesse d'Angoulème, poire

Duchesse d’Angoulème, poire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vient ensuite le tour des roses.

*[Morel à Charlus :] Vous n’aimez pas les roses ? — Je prouverais au contraire, par la requête en question, que je les aime, puisqu’il n’y a pas de roses ici (Morel parut surpris), mais en réalité je ne les aime pas beaucoup. Je suis assez sensible aux noms ; et dès qu’une rose est un peu belle, on apprend qu’elle s’appelle la Baronne de Rothschild ou la Maréchale Niel, ce qui jette un froid. Aimez-vous les noms ? Avez-vous trouvé de jolis titres pour vos petits morceaux de concert ? — Il y en a un qui s’appelle Poème triste. — C’est affreux, répondit M. de Charlus d’une voix aiguë et claquante comme un soufflet. IV

 

Rose baronne de Rothschild

Rose baronne de Rothschild

 

 

 

 

 

 

 

Rose maréchale Niel

Rose maréchale Niel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À quand un catleya nommé « orchidée Marcel Proust » ?

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Des poires, des roses (non, pas de scoubidous)”

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  1. Charlus aurait-il préféré des roses aux noms d’hommes ?

    Dans mon jardin, il en est une  » au parfum intense et pénétrant, rosé verveine citronnée » , au coloris lilas, et qui a la grâce d’être discrète : c’est la Charles-De-Gaulle, peut-être ainsi nommée à cause des qualités de son rosier, « arbuste à port droit, florifère et résistant »…

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