Couples sans enfants (bis)

Couples sans enfants

 

Proust  n’aime pas les enfants.

La famille du Héros ressemble fichtrement à la sienne : le père (sévère) pourrait se prénommer Adrien et la mère (adorée) Jeanne. Il est un élément manquant pourtant : alors que Marcel a un frère plus jeune de deux ans, Robert (qui lui tiendra la main sur son lit de mort), le Héros est fils unique. Gommé, évacué, nié, le frangin.

Dans À la Recherche du Temps perdu, rares sont les personnages qui ont procréé. Pas  d’accouchements, pas de marmots qui chialent, pas d’angoisses sur l’éducation des chères têtes blondes.

 

Vérification avec des occurrences ciblées.

*« Enceinte » apparaît une fois dans Le Côté de Guermantes et une dans Sodome et Gomorrhe : Jusqu’ici je m’étais trouvé, en face de M. de Charlus, de la même façon qu’un homme distrait, lequel, devant une femme enceinte dont il n’a pas remarqué la taille alourdie, s’obstine, tandis qu’elle lui répète en souriant : « Oui, je suis un peu fatiguée en ce moment », à lui demander indiscrètement : « Qu’avez-vous donc ? » Mais que quelqu’un lui dise : « Elle est grosse », soudain il aperçoit le ventre et ne verra plus que lui. C’est la raison qui ouvre les yeux.

*« Nouveau-né » ne naît jamais sous la plume de Proust.

*« Bébé » se présente une fois dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs ; une dans Sodome et Gomorrhe, mais c’est parce que Jupien appelle Charlus « Mon bébé » ; une enfin dans Le Temps retrouvé : » Alors la vie nous apparaît comme la féerie où on voit d’acte en acte le bébé devenir adolescent, homme mûr et se courber vers la tombe. »

 

Parmi les célibataires :

Les grand’tantes : Céline et Flora (I)

Le grand oncle maternel : il terrorise l’enfant en lui tirant ses boucles (I).

L’oncle Adolphe : homme à femmes, amant de la dame en rose (I)

Bergotte : [Norpois :] « il ne voyageait pas seul et bien plus il prétendait ne pas être invité sans sa compagne » (II)

Brichot : une maîtresse  blanchisseuse, (IV) ; amoureux de Mme de Cambremer-Legrandin (IV)

 

Le célibat est un état bien porté chez les Verdurin. Ne sont pas (ou pas encore) mariés : le jeune pianiste, sa tante, Brichot, Viradobetski, Odette, Swann, Forcheville, Saniette, la princesse Sherbatoff.

 

Oriane de Guermantes a les mêmes penchants : « la duchesse aimait à recevoir certains hommes d’élite, à la condition toutefois qu’ils fussent garçons, condition que, même mariés, ils remplissaient toujours pour elle, car comme leurs femmes, toujours plus ou moins vulgaires, eussent fait tache dans un salon où il n’y avait que les plus élégantes beautés de Paris, c’est toujours sans elles qu’ils étaient invités » (III).

 

Pour être complet, il faut citer les « célibataires de l’Art » (VII).

 

Femmes enceintes — deux en tout et pour tout :

L’épouse d’Aimé (II) et Mme de Monserfeuil (qualifiée de « cette pauvre » à cause de son état, « encore enceinte »).

 

Les couples sans enfant :

Le grand oncle Octave et Léonie : elle fait du Héros son héritier (II).

Les Bontemps : Albertine Simonet est leur nièce (II).

Le baron de Charlus et Mme, princesse de Bourbon (décédée) (IV)

Elstir et Gabrielle.

Basin et Oriane de Guermantes : ce n’est pas en faisant chambre à part qu’ils vont en avoir. Basin à Oriane :« si [la photographie] est dans votre chambre, j’ai chance de ne la voir jamais, dit le duc, sans penser à la révélation qu’il faisait aussi étourdiment sur le caractère négatif de ses rapports conjugaux. » (III)

Gilbert et Marie-Hedwige de Guermantes.

Le prince et la princesse de Parme (sa cousine).

Gustave et Sidonie Verdurin.

Le marquis de Norpois et Mme, née La Rochefoucauld (décédée) : de plus, il se revendique célibataire : « Je crois ne pas être plus pudibond qu’un autre et étant célibataire, je pouvais peut-être ouvrir un peu plus largement les portes de l’Ambassade que si j’eusse été marié et père de famille. » (II)

 

Parent(s) avec un seul enfant :

La Berma : une fille (ou un fils) : « La Berma avait convié quelques personnes à venir prendre le thé pour fêter son fils et sa belle-fille » et quelques lignes plus loin : « La Berma, atteinte d’une maladie mortelle qui la forçait à fréquenter peu de monde, avait vu son état s’aggraver quand, pour subvenir aux besoins de luxe de sa fille, besoins que son gendre souffrant et paresseux ne pouvait satisfaire, elle s’était remise à jouer » (VII).

Brichot a une fille avec une blanchisseuse (IV).

Françoise, veuve : Marguerite (I), elle-même mariée à Julien et mère d’un garçon (I).

Robert et Gilberte de Saint-Loup : une fille, Mlle de Saint-Loup (VII).

M. et Mme Simonet : Albertine (II).

Charles et Odette Swann : Gilberte (I).

Vinteuil (rien sur son épouse) : une fille (I).

 

Parent(s) avec deux enfants :

Mme de Surgis : Arnulphe et Victurnien (IV).

Le comte (ou marquis) de Marsantes et Marie de Guermantes : Robert, marquis de Saint-Loup-en-Bray, et Mlle de Marsantes, future épouse du prince de Léon.

Bloch : au moins deux filles, dont une mariée à un catholique (VII) [« Je ne savais pas qu’il eût des enfants, je ne le savais même pas marié, me dit la duchesse / (car contrairement à ce que croyait la duchesse de Guermantes, il était marié)].

 

Parents avec trois enfants :

Le duc et la duchesse de Guermantes : Basin, Palamède, Marie, Mlle de Guermantes.

À voir comment ils ont évolué, ils ont dû être des sales gosses.

 

Parents avec quatre enfants ou plus :

Le docteur et Mme Cottard : deux filles (au moins) et deux garçons (au moins) : *Une des jeunes filles que je ne connaissais pas se mit au piano, et Andrée demanda à Albertine de valser avec elle. Heureux, dans ce petit Casino, de penser que j’allais rester avec ces jeunes filles, je fis remarquer à Cottard comme elles dansaient bien. Mais lui, du point de vue spécial du médecin, et avec une mauvaise éducation qui ne tenait pas compte de ce que je connaissais ces jeunes filles, à qui il avait pourtant dû me voir dire bonjour, me répondit : « Oui, mais les parents sont bien imprudents qui laissent leurs filles prendre de pareilles habitudes. Je ne permettrais certainement pas aux miennes de venir ici. / « Ié coupe », dit, en contrefaisant l’accent rastaquouère, Cottard, dont les enfants s’esclaffèrent / Mon ami…, pria Mme Cottard. — Naturellement, ma femme proteste, ce sont toutes des névrosées. — Mais, mon petit docteur, je ne suis pas névrosée, murmura Mme Cottard. — Comment, elle n’est pas névrosée ? quand son fils est malade, elle présente des phénomènes d’insomnie. (IV)

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et