Les accidentés de la Recherche

Les accidentés de la Recherche

 

Sur les quarante-huit occurrences du substantif « accident » dans À la recherche du temps perdu, quinze font référence à de tels événements mettant en danger la vie de personnages jusqu’à les tuer.

Ils ont lieu en voiture attelée (un aristocrate au Rond-Point des Champs-Élysées — là le mot n’est pas écrit ; le cocher des Verdurin), en faisant du sport (le frère d’Andrée blessé à un membre inférieur — genou démis ou jambe cassée, c’est ambigu), mais si des hommes âgés boitent ce n’est pas parce qu’ils ont eu un accident d’auto mais parce qu’ils sont presque morts.

 

Certains accidents sont à raconter (dans une copie d’examen), d’autres rêvés (nos parents dans un cauchemar), d’autres encore espérés (Odette pour Swann, mais sans souffrir), quand il en est d’envisagés — envisagés, redoutés ou réclamés —  (Albertine par le Héros) puis devenus réalité, puisque la jeune fille succombe à une chute de cheval en Touraine.

 

Le pompon revient au Héros qui imagine mourir en évoquant des décès en mer, en avion, sur la route puis massacré dans un restaurant. Il est décidément morbide en vivant l’accident équestre avant même qu’il advienne. Mais c’est bien là le choix de Marcel Proust qui ne recule pas toujours devant les grosses ficelles narratives.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*Quelquefois il [Swann] espérait qu’elle [Odette] mourrait sans souffrances dans un accident, elle qui était dehors, dans les rues, sur les routes, du matin au soir. Et comme elle revenait saine et sauve, il admirait que le corps humain fût si souple et si fort, qu’il pût continuellement tenir en échec, déjouer tous les périls qui l’environnent (et que Swann trouvait innombrables depuis que son secret désir les avait supputés), et permît ainsi aux êtres de se livrer chaque jour et à peu près impunément à leur œuvre de mensonge, à la poursuite du plaisir. Et Swann sentait bien près de son cœur ce Mahomet II dont il aimait le portrait par Bellini et qui, ayant senti qu’il était devenu amoureux fou d’une de ses femmes la poignarda afin, dit naïvement son biographe vénitien, de retrouver sa liberté d’esprit. Puis il s’indignait de ne penser ainsi qu’à soi, et les souffrances qu’il avait éprouvées lui semblaient ne mériter aucune pitié puisque lui-même faisait si bon marché de la vie d’Odette. I

 

*par une contradiction qui n’était qu’apparente, c’est au moment où j’éprouvais un plaisir exceptionnel, où je sentais que ma vie pouvait être heureuse, où elle aurait dû avoir à mes yeux plus de prix, c’est à ce moment que, délivré des soucis qu’elle avait pu m’inspirer jusque-là, je la livrais sans hésitation au hasard d’un accident. Je ne faisais, du reste, en somme, que concentrer dans une soirée l’incurie qui pour les autres hommes est diluée dans leur existence entière où journellement ils affrontent sans nécessité le risque d’un voyage en mer, d’une promenade en aéroplane ou en automobile quand les attend à la maison l’être que leur mort briserait ou quand est encore lié à la fragilité de leur cerveau le livre dont la prochaine mise au jour est la seule raison de leur vie. Et de même, dans le restaurant de Rivebelle, les soirs où nous y restions, si quelqu’un était venu dans l’intention de me tuer, comme je ne voyais plus que dans un lointain sans réalité ma grand’mère, ma vie à venir, mes livres à composer, comme j’adhérais tout entier à l’odeur de la femme qui était à la table voisine, à la politesse des maîtres d’hôtel, au contour de la valse qu’on jouait, que j’étais collé à la sensation présente, n’ayant pas plus d’extension qu’elle ni d’autre but que de ne pas en être séparé, je serais mort contre elle, je me serais laissé massacrer sans offrir de défense, sans bouger, abeille engourdie par la fumée du tabac, qui n’a plus le souci de préserver la provision de ses efforts accumulés et l’espoir de sa ruche. II

 

*[Albertine sur Gisèle :] elle repart tantôt pour Paris. — Vos autres amies s’en vont avec elle ? — Non, elle seulement, elle et Miss, parce qu’elle a à repasser ses examens, elle va potasser, la pauvre gosse. Ce n’est pas gai je vous assure. Il peut arriver qu’on tombe sur un bon sujet. Le hasard est si grand. Ainsi une de nos amies a eu : « Racontez un accident auquel vous avez assisté ». Ça, c’est une veine. Mais je connais une jeune fille qui a eu à traiter (et à l’écrit encore) : « D’Alceste ou de Philinte, qui préféreriez-vous avoir comme ami ? » Ce que j’aurais séché là-dessus ! II

 

*Au delà encore sont les cauchemars dont les médecins prétendent stupidement qu’ils fatiguent plus que l’insomnie, alors qu’ils permettent au contraire au penseur de s’évader de l’attention ; les cauchemars avec leurs albums fantaisistes, où nos parents qui sont morts viennent de subir un grave accident qui n’exclut pas une guérison prochaine. En l’attendant nous les tenons dans une petite cage à rats, où ils sont plus petits que des souris blanches et, couverts de gros boutons rouges, plantés chacun d’une plume, nous tiennent des discours cicéroniens. III

 

*L’un racontait que sa voiture, se croyant arrivée au pont de la Concorde, avait fait trois fois le tour des Invalides ; un autre que la sienne, essayant de descendre l’avenue des Champs-Élysées, était entrée dans un massif du Rond-Point, d’où elle avait mis trois quarts d’heure à sortir. III

 

*Howsler était le frère très aimé du jeune cocher, et, s’il était resté à la maison, aurait pu lui porter secours. Pendant la promenade, assez bas pour que Howsler aîné ne pût nous entendre : « Voilà un bon garçon, dit Morel. Du reste, son frère l’est aussi. S’il n’avait pas cette funeste habitude de boire… — Comment, boire, dit Mme Verdurin, pâlissant à l’idée d’avoir un cocher qui buvait. — Vous ne vous en apercevez pas. Je me dis toujours que c’est un miracle qu’il ne lui soit pas arrivé d’accident pendant qu’il vous conduisait. — Mais il conduit donc d’autres personnes ? — Vous n’avez qu’à voir combien de fois il a versé, il a aujourd’hui la figure pleine d’ecchymoses. Je ne sais pas comment il ne s’est pas tué, il a cassé ses brancards. — Je ne l’ai pas vu aujourd’hui, dit Mme Verdurin tremblante à la pensée de ce qui aurait pu lui arriver à elle, vous me désolez. » IV

 

*Françoise m’apporta le Figaro. Un seul coup d’œil me permit de me rendre compte que mon article n’avait toujours pas passé. Elle me dit qu’Albertine demandait si elle ne pouvait pas entrer chez moi et me faisait dire qu’en tous cas elle avait renoncé à faire sa visite chez les Verdurin et comptait aller, comme je le lui avais conseillé, à la matinée « extraordinaire » du Trocadéro — ce qu’on appellerait aujourd’hui, en bien moins important toutefois, une matinée de gala — après une petite promenade à cheval qu’elle devait faire avec Andrée. […]

« Je vous en prie, ma petite chérie, pas de haute voltige comme vous avez fait l’autre jour. Pensez, Albertine, s’il vous arrivait un accident ! » Je ne lui souhaitais naturellement aucun mal. Mais quel plaisir si, avec ses chevaux, elle avait eu la bonne idée de partir je ne sais où, où elle se serait plu, et de ne plus jamais revenir à la maison ! Comme cela eût tout simplifié qu’elle allât vivre heureuse ailleurs, je ne tenais même pas à savoir où ! « Oh ! je sais bien que vous ne me survivriez pas quarante-huit heures, que vous vous tueriez. » Ainsi échangeâmes-nous des paroles menteuses. Mais une vérité plus profonde que celle que nous dirions si nous étions sincères peut quelquefois être exprimée et annoncée par une autre voie que celle de la sincérité. V

 

*[Le Héros à propos du chauffeur d’automobile qui a laissée Albertine plusieurs heures seule à Versailles] Dès le surlendemain, du reste, je vis que, plus que je ne l’avais cru un instant dans ma soupçonneuse folie, il savait exercer sur Albertine une surveillance discrète et perspicace. Car ayant pu le prendre à part et lui parler de ce qu’il m’avait dit de Versailles, je lui disais d’un air amical et dégagé : « Cette promenade à Versailles dont vous me parliez avant-hier, c’était parfait comme cela, vous avez été parfait comme toujours. Mais à titre de petite indication, sans importance du reste, j’ai une telle responsabilité depuis que Mme Bontemps a mis sa nièce sous ma garde, j’ai tellement peur des accidents, je me reproche tant de ne pas l’accompagner, que j’aime mieux que ce soit vous, vous tellement sûr, si merveilleusement adroit, à qui il ne peut pas arriver d’accident, qui conduisiez partout Mlle Albertine. Comme cela je ne crains rien. » Le charmant mécanicien apostolique sourit finement, la main posée sur sa roue en forme de croix de consécration. Puis il me dit ces paroles qui (chassant les inquiétudes de mon cœur où elles furent aussitôt remplacées par la joie) me donnèrent envie de lui sauter au cou : « N’ayez crainte, me dit-il. Il ne peut rien lui arriver car, quand mon volant ne la promène pas, mon œil la suit partout. V

 

*« Heureusement, ajouta Mme Bontemps, que cette pauvre Andrée va bientôt partir pour une campagne plus vivifiante, pour la vraie campagne, elle en a besoin, elle a si mauvaise mine. Il est vrai qu’elle n’a pas eu cet été le temps d’air qui lui est nécessaire. Pensez qu’elle a quitté Balbec à la fin de juillet, croyant revenir en septembre, et, comme son frère s’est démis le genou, elle n’a pas pu revenir. » Alors Albertine l’attendait à Balbec et me l’avait caché. Il est vrai que c’était d’autant plus gentil de m’avoir proposé de revenir. À moins que… « Oui, je me rappelle qu’Albertine m’avait parlé de cela… (ce n’était pas vrai). Quand donc a eu lieu cet accident ? Tout cela est un peu brouillé dans ma tête. —Mais, à mon sens, il a eu lieu juste à point, car un jour plus tard, la location de la villa était commencée et la grand’mère d’Andrée aurait été obligée de payer un mois inutile. Il s’est cassé la jambe le 14 septembre, elle a eu le temps de télégraphier à Albertine, le 15 au matin, qu’elle ne viendrait pas, et Albertine de prévenir l’agence. Un jour plus tard, cela courait jusqu’au 15 octobre. » V

 

*Pourquoi Albertine n’eût-elle pas eu envie d’aller en Touraine ? Seulement, au fond, je m’en apercevais maintenant, je ne l’aurais pas quittée, je ne serais pas allé à Venise. Même au fond de moi-même, tout en me disant : « Je la quitterai bientôt », je savais que je ne la quitterais plus, tout aussi bien que je savais que je ne me mettrais plus à travailler, ni à vivre d’une façon hygiénique, ni à rien faire de ce que chaque jour je me promettais pour le lendemain. Seulement, quoi que je crusse au fond, j’avais trouvé plus habile de la laisser vivre sous la menace d’une perpétuelle séparation. Et sans doute, grâce à ma détestable habileté, je l’avais trop bien convaincue. En tous cas maintenant cela ne pouvait plus durer ainsi, je ne pouvais pas la laisser en Touraine avec ces jeunes filles, avec cette actrice ; je ne pouvais supporter la pensée de cette vie qui m’échappait. J’écrirais et j’attendrais sa réponse à ma lettre : si elle faisait le mal, hélas ! un jour de plus ou de moins ne faisait rien (et peut-être je me disais cela parce que, n’ayant plus l’habitude de me faire rendre compte de chacune de ses minutes, dont une seule où elle eût été libre m’eût jadis affolé, ma jalousie n’avait plus la même division du temps). Mais aussitôt sa réponse reçue, si elle ne revenait pas j’irais la chercher; de gré ou de force je l’arracherais à ses amies. D’ailleurs, ne valait-il pas mieux que j’y allasse moi-même, maintenant que j’avais découvert la méchanceté, jusqu’ici insoupçonnée de moi, de Saint-Loup ? Qui sait s’il n’avait pas organisé tout un complot pour me séparer d’Albertine ?

Est-ce parce que j’avais changé, est-ce parce que je n’avais pas pu supposer alors que des causes naturelles m’amèneraient un jour à cette situation exceptionnelle, mais, comme j’aurais menti maintenant si je lui avais écrit, comme je le lui disais à Paris, que je souhaitais qu’il ne lui arrivât aucun accident ! Ah ! s’il lui en était arrivé un, ma vie, au lieu d’être à jamais empoisonnée par cette jalousie incessante, eût aussitôt retrouvé sinon le bonheur, du moins le calme par la suppression de la souffrance.

La suppression de la souffrance ? Ai-je pu vraiment le croire ? croire que la mort ne fait que biffer ce qui existe et laisser le reste en état ; qu’elle enlève la douleur dans le cœur de celui pour qui l’existence de l’autre n’est plus qu’une cause de douleurs ; qu’elle enlève la douleur et n’y met rien à la place ? La suppression de la douleur ! Parcourant les faits divers des journaux, je regrettais de ne pas avoir le courage de former le même souhait que Swann. Si Albertine avait pu être victime d’un accident, vivante, j’aurais eu un prétexte pour courir auprès d’elle, morte j’aurais retrouvé, comme disait Swann, la liberté de vivre. Je le croyais ? Il l’avait cru, cet homme si fin et qui croyait se bien connaître. Comme on sait peu ce qu’on a dans le cœur. Comme, un peu plus tard, s’il avait été encore vivant, j’aurais pu lui apprendre que son souhait, autant que criminel, était absurde, que la mort de celle qu’il aimait ne l’eût délivré de rien !

Je laissai toute fierté vis-à-vis d’Albertine, je lui envoyai un télégramme désespéré lui demandant de revenir à n’importe quelles conditions, qu’elle ferait tout ce qu’elle voudrait, que je demandais seulement à l’embrasser une minute trois fois par semaine avant qu’elle se couche. Et elle eût dit une fois seulement, que j’eusse accepté une fois.

Elle ne revint jamais. Mon télégramme venait de partir que j’en reçus un. Il était de Mme Bontemps. Le monde n’est pas créé une fois pour toutes pour chacun de nous. Il s’y ajoute au cours de la vie des choses que nous ne soupçonnions pas. Ah! ce ne fut pas la suppression de la souffrance que produisirent en moi les deux premières lignes du télégramme : « Mon pauvre ami, notre petite Albertine n’est plus, pardonnez-moi de vous dire cette chose affreuse, vous qui l’aimiez tant. Elle a été jetée par son cheval contre un arbre pendant une promenade. Tous nos efforts n’ont pu la ranimer. Que ne suis-je morte à sa place ? » Non, pas la suppression de la souffrance, mais une souffrance inconnue, celle d’apprendre qu’elle ne reviendrait pas. Mais ne m’étais-je pas dit plusieurs fois qu’elle ne reviendrait peut-être pas ? Je me l’étais dit, en effet, mais je m’apercevais maintenant que pas un instant je ne l’avais cru. VI

 

*J’avais cru mentir quand je lui avais dit, à Balbec : « Plus je vous verrai, plus je vous aimerai » (et pourtant c’était cette intimité de tous les instants qui, par le moyen de la jalousie, m’avait tant attaché à elle), « Je sais que je pourrais être utile à votre esprit » ; à Paris : « Tâchez d’être prudente. Pensez, s’il vous arrivait un accident je ne m’en consolerais pas », et elle : « Mais il peut m’arriver un accident » ; à Paris, le soir où j’avais fait semblant de vouloir la quitter : « Laissez-moi vous regarder encore puisque bientôt je ne vous verrai plus, et que ce sera pour jamais. » Et elle, quand ce même soir elle avait regardé autour d’elle : « Dire que je ne verrai plus cette chambre, ces livres, ce pianola, toute cette maison, je ne peux pas le croire, et pourtant c’est vrai. » Dans ses dernières lettres enfin, quand elle avait écrit (probablement en se disant « Je fais du chiqué ») : « Je vous laisse le meilleur de moi-même » (et n’était-ce pas en effet maintenant à la fidélité, aux forces, fragiles hélas aussi, de ma mémoire qu’étaient confiées son intelligence, sa bonté, sa beauté ?) et : « cet instant, deux fois crépusculaire puisque le jour tombait et que nous allions nous quitter, ne s’effacera de mon esprit que quand il sera envahi par la nuit complète », cette phrase écrite la veille du jour où, en effet, son esprit avait été envahi par la nuit complète et où peut-être bien, dans ces dernières lueurs si rapides mais que l’anxiété du moment divise jusqu’à l’infini, elle avait peut-être bien revu notre dernière promenade, et dans cet instant où tout nous abandonne et où on se crée une foi, comme les athées deviennent chrétiens sur le champ de bataille, elle avait peut-être appelé au secours l’ami si souvent maudit mais si respecté par elle, qui lui-même — car toutes les religions se ressemblent — avait la cruauté de souhaiter qu’elle eût eu aussi le temps de se reconnaître, de lui donner sa dernière pensée, de se confesser enfin à lui, de mourir en lui. VI

 

*Quelquefois ce n’était pas si loin, ce n’était pas dans un autre monde que j’imaginais notre réunion. De même qu’autrefois, quand je ne connaissais Gilberte que pour jouer avec elle aux Champs-Élysées, le soir à la maison je me figurais que j’allais recevoir une lettre d’elle où elle m’avouerait son amour, qu’elle allait entrer, une même force de désir, ne s’embarrassant pas plus des lois physiques qui le contrariaient que, la première fois, au sujet de Gilberte — où, en somme, il n’avait pas eu tort puisqu’il avait eu le dernier mot — me faisait penser maintenant que j’allais recevoir un mot d’Albertine, m’apprenant qu’elle avait bien eu un accident de cheval, mais que pour des raisons romanesques (et comme, en somme, il est quelquefois arrivé pour des personnages qu’on a crus longtemps morts) elle n’avait pas voulu que j’apprisse qu’elle avait guéri et, maintenant repentante, demandait à venir vivre pour toujours avec moi. Et, me faisant très bien comprendre ce que peuvent être certaines folies douces de personnes qui par ailleurs semblent raisonnables, je sentais coexister en moi la certitude qu’elle était morte et l’espoir incessant de la voir entrer. VI

 

*Certains hommes boitaient : on sentait bien que ce n’était pas par suite d’un accident de voiture, mais à cause d’une première attaque et parce qu’ils avaient déjà comme on dit un pied dans la tombe. VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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