#BalanceTonProust

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Par les temps qui courent, j’invite Gaston Gallimard et la NRF à annuler leur contrat avec M. Marcel Proust et à expurger À la recherche du temps perdu de la scène de La Fugitive où un homme majeur abuse d’une fillette : pensant comme un zoophile, il la compare à une bête soumise, pratique sur elle des attouchements et la corrompt financièrement. Le délit de détournement de mineure est constitué et le crime de viol suspecté.

 

Il semblerait que le Héros proustien ait eu d’autres attitudes contraires à la morale et aux bonnes mœurs avec ses différentes partenaires. Ainsi, autre passage à caviarder, celui du Temps retrouvé où, devenu vieux, le Héros rêve de baiser — le substantif — avec des jeunes filles.

 

D’autres êtres — femmes et hommes — nés de l’imagination de l’écrivain sont sous le coup d’accusations de pédophilie, sadisme, pratiques sexuelles déviantes, mais aussi de racisme (« négro »), d’antisémitisme (« youpin »), de xénophobie (« rastaquouère »)…

 

Tout bien réfléchi, il m’apparaît que le personnage coupable doive totalement disparaître de l’œuvre ainsi que ses relations qui l’ont couvert par leur silence et qui ne se comportent pas mieux.

Je viens de lire dans le n° 2 du Nouveau Magazine Littéraire, février 2018 : « Aux États-Unis, le « respect » dû aux victimes va si loin que les maisons d’édition font de plus en plus appel à des sensitivez readers, des lecteurs payés pour déceler ce qui, dans un texte, pourrait heurter la sensibilité de telle ou telle minorité ou des femmes. »

 

Moi, je le fais gratuitement. Une première analyse des sept tomes de la Recherche permet de conserver les passages suivants :

Du côté de chez Swann : « Sur la table, il y avait la même assiette de massepains que d’habitude ; »

À l’ombre des jeunes filles en fleurs : « — Ouil you uouil ! patatras ! Voyez-vous ça ! »

Le Côté de Guermantes : « L’esprit des Guermantes — entité aussi inexistante que la quadrature du cercle, selon la duchesse, qui se jugeait la seule Guermantes à le posséder — était une réputation comme les rillettes de Tours ou les biscuits de Reims. »

Sodome et Gomorrhe : Rien !

La Prisonnière : « Le mouvement seul rend la pensée, et quand on a effectivement pressé la poire électrique, on peut dire avec lenteur mais nettement : « Il est bien dix heures, Françoise, donnez-moi mon café au lait. »

La Fugitive : « Quand Andrée fut partie, l’heure du dîner était arrivée. »

Le Temps retrouvé : « Long à écrire. »

 

Il ne faut désespérer de rien.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

*Devant la porte d’Albertine, je trouvai une petite fille pauvre qui me regardait avec de grands yeux et qui avait l’air si bon que je lui demandai si elle ne voulait pas venir chez moi, comme j’eusse fait d’un chien au regard fidèle. Elle en eut l’air content. À la maison, je la berçai quelque temps sur mes genoux, mais bientôt sa présence, en me faisant trop sentir l’absence d’Albertine, me fut insupportable. Et je la priai de s’en aller, après lui avoir remis un billet de cinq cents francs. Et pourtant, bientôt après, la pensée d’avoir quelque autre petite fille près de moi, de ne jamais être seul, sans le secours d’une présence innocente, fut le seul rêve qui me permît de supporter l’idée que peut-être Albertine resterait quelque temps sans revenir. VI

 

*Je dis [à Gilberte] qu’elle me ferait toujours plaisir en m’invitant avec des jeunes filles, sans que j’eusse d’ailleurs à leur rien demander que de faire renaître en moi les rêveries, les tristesses d’autrefois, peut-être un jour improbable, un chaste baiser. […] Gilberte, qui tenait sans doute un peu de l’ascendance de sa mère (et c’est bien cette facilité que j’avais sans m’en rendre compte escomptée, en lui demandant de me faire connaître de très jeunes filles), tira après réflexion de la demande que j’avais faite, et sans doute pour que le profit ne sortît pas de la famille, une conclusion plus hardie que toutes celles que j’avais pu supposer, et revenant vers moi me dit : « Si vous le permettez, je vais aller chercher ma fille pour vous la présenter. Elle est là-bas qui cause avec le petit Mortemart et d’autres bambins sans intérêt. Je suis sûre qu’elle sera une gentille amie pour vous ». VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “#BalanceTonProust”

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  1. Très drôle, merci Patrice ! La réécriture des 7 volumes de la Recherche m’enchante…

  2. Vos propos nous enchantent. Quel talent !

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