Une filiation de nom, pas de sang

Une filiation de nom, pas de sang

 

Non, le sang bleu de Florent d’Illiers ne coule plus dans aucune veine…

Marcelle Desrousseaux de Vandières n’est pas sa descendante (Voir la chronique d’hier).

Jointe au téléphone, elle a eu la gentillesse de préciser sa situation familiale déjà esquissée grâce à internet. Je vous le dis tout de suite : ça ne la rapproche pas de celui qui a inspiré Marcel Proust pour peindre Gilbert le Mauvais.

 

Elle est née le 13 juillet 1938. Marcelle est la fille aînée d’Edouard Desrousseaux, duc de Vandières, et de Marie-France d’Illiers. Mariée au comte Alain de Beaumont, elle a eu deux fils, Roland et Adrien de Beaumont de Verneuil d’Auty.

Si du côté de sa mère, la lignée aristocratique est incontestable, celle du côté de son père est plus récente : Ardennois, Joseph-Auguste Desrousseaux, fabricant de draps à Sedan et propriétaire de glaces et verreries à Monthermé et Saint-Quirin, est élu sénateur en 1813 et c’est deux ans plus tard qu’il du roi Louis XVIII des lettres de confirmation de noblesse. Il modifie alors son patronyme en Desrousseaux de Monthermé. Il achète en 1816 le château de Vandières, dans la Marne, que sa famille habite toujours.

 

Elle m’a livré la vérité sur ses liens avec Florent d’Illiers. Notre héroïne d’Orléans s’appelle aujourd’hui Marie-Marcelle de Beaumont. Marquise, son arbre généalogique ne la conduit pas au compagnon d’arme de Jeanne d’Arc, fondateur de l’église d’Illiers dont il était le seigneur.

 

Elle descend de Léon-Hector Paul Patas de Mesliers. Né en 1748, ce monsieur est l’époux de Marie Colas des Francs et le père d’un Léon Patas d’Illiers, seigneur de Mesliers.

En 1783, six ans avant la Révolution, il acquiert le marquisat d’Illiers. S’il en obtient le nom, c’est donc contre de l’argent sonnant et trébuchant. Et celui à qui il l’achète l’a lui-même payé, comme son prédécesseur.

Résumons : au XVIIe siècle, la seigneurie d’Illiers est encore dans la famille de Florent, Charlotte du Lude. Son fils, Antoine-Gaston de Roquelaure la vend avec la terre au chancelier Louis Phélippeaux de Pontchartrain en 1713. Le roi érige pour lui le marquisat d’Illiers. La propriété passe de main en main, à un de Watteville, puis au comte de Maurepas et à la duchesse de Nivernais, jusqu’à notre Patas.

 

Si la jeune Marcelle se retrouve dans le rôle de Jeanne d’Arc à Orléans en 1955, c’est parce qu’à seize ans elle est alors élève de seconde dans une des écoles catholiques de la ville où, de tradition, on sélectionnait la figurante de la Pucelle. Elle le doit moins à son père officier de cavalerie en garnison dans la ville qu’à son grand-père auteur d’une histoire locale de référence.

 

Mme de Beaumont partage aujourd’hui sa vie entre la Capitale et l’Est. Très discrète, elle m’a juste confié que Paris-Match à l’époque lui avait consacré un reportage (« Jeanne pour un jour », n° 320) et qu’elle a eu le goût de la peinture. De Proust, elle a lu une partie de la Recherche et c’est moi qui lui ai raconté comment le vrai Florent d’Illiers, son faux aïeul, est devenu le romanesque Gilbert le Mauvais. Le nom n’est pas rayé des registres, des cousins à elle s’appellent encore Patas d’Illiers.

Elle n’a jamais mis les pieds à Illiers-Combray. Si le cœur lui en dit, je l’y accueillerais avec la déférence due à la légende qu’elle a incarnée…

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis d’Illiers-Combray

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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