Passer le bac ou le prendre ?

Passer le bac ou le prendre ?

 

Au moment où quelques centaines de milliers de jeunes s’apprêtent à plancher sur les épreuves du baccalauréat, souvenons-nous que c’est le 8 mars 1887 que Marcel Proust a réussi sa première partie et le 7 mai 1889 qu’il fait de même au baccalauréat ès-lettres, décrochant le prix d’honneur de dissertation française.

Dans Du côté de chez Swann, c’est pour le héros l’occasion de citer des exploits de son père :

*Il était si puissant, si en faveur auprès des gens en place qu’il arrivait à nous faire transgresser les lois que Françoise m’avait appris à considérer comme plus inéluctables que celles de la vie et de la mort, à faire retarder d’un an pour notre maison, seule de tout le quartier, les travaux de « ravalement », à obtenir du ministre pour le fils de Mme Sazerat qui voulait aller aux eaux, l’autorisation qu’il passât le baccalauréat deux mois d’avance, dans la série des candidats dont le nom commençait par un A au lieu d’attendre le tour des S.

Dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs, le bachot permet de citer le marquis de Norpois :

*« Qu’on le sache bien au quai d’Orsay, qu’on l’enseigne désormais dans tous les manuels de géographie qui se montrent incomplets à cet égard, qu’on refuse impitoyablement au baccalauréat tout candidat qui ne saura pas le dire : « Si tous les chemins mènent à Rome, en revanche la route qui va de Paris à Londres passe nécessairement par Pétersbourg. »

Autre évocation dans Le Côté de Guermantes :

*Bloch avait pu, grâce à un avocat nationaliste qu’il connaissait, entrer à plusieurs audiences du procès Zola. Il arrivait là le matin, pour n’en sortir que le soir, avec une provision de sandwiches et une bouteille de café, comme au concours général ou aux compositions de baccalauréat, et ce changement d’habitudes réveillant l’éréthisme nerveux que le café et les émotions du procès portaient à son comble, il sortait de là tellement amoureux de tout ce qui s’y était passé que, le soir, rentré chez lui, il voulait se replonger dans le beau songe et courait retrouver dans un restaurant fréquenté par les deux partis des camarades avec qui il reparlait sans fin de ce qui s’était passé dans la journée et réparait, par un souper commandé sur un ton impérieux qui lui donnait l’illusion du pouvoir, le jeûne et les fatigues d’une journée commencée si tôt et où on n’avait pas déjeuné.

Et une dernière dans Le Temps retrouvé :

Une grosse dame me dit un bonjour pendant la courte durée duquel les pensées les plus différentes se pressèrent dans mon esprit. J’hésitai un instant à lui répondre, craignant que ne reconnaissant pas les gens mieux que moi, elle eût cru que j’étais quelqu’un d’autre, puis son assurance me fit au contraire, de peur que ce fût quelqu’un avec qui j’avais été lié, exagérer l’amabilité de mon sourire, pendant que mes regards continuaient à chercher dans ses traits le nom que je ne trouvais pas. Tel un candidat au baccalauréat, incertain de ce qu’il doit répondre attache ses regards sur la figure de l’examinateur et espère vainement y trouver la réponse qu’il ferait mieux de chercher dans sa propre mémoire, tel, tout en lui souriant, j’attachais mes regards sur les traits de la grosse dame. Ils me semblèrent être ceux de Mme de Forcheville, aussi mon sourire se nuança-t-il de respect, pendant que mon indécision commençait à cesser. Alors j’entendis la grosse dame me dire, une seconde plus tard : « Vous me preniez pour maman, en effet je commence à lui ressembler beaucoup ». Et je reconnus Gilberte.

 

Ici à Royan — que je quitte ce matin après une après-midi exaltante et une soirée magique à l’invitation des Rendez-vous littéraires (et que je vous raconterai demain) —, quand on parle du bac…

1 Bac

 

… c’est du bateau qui mène de l’autre côté de l’estuaire de la Gironde, à la pointe de Grave.

 

Deux rencontres lors de ma promenade matinale : avec mon ombre à la Conche de Foncillon…

2 Ombre

 

… et avec un cygne au port de plaisance.

3 Cygne

 

Je vais maintenant remonter dans mon cabriolet et retourner sur mes terres d’Illiers-Combray. L’air marin m’a grisé.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Passer le bac ou le prendre ?”

You can leave a reply or Trackback this post.
  1. Il y a aussi la BAC, mais Proust ne pouvait connaître que les brigades du Tigre.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et