Nous n’entendrons plus le vent souffler dans le sapin

Nous n’entendrons plus le vent souffler dans le sapin

 

Pleurons une victime à retardement de la tempête de la semaine dernière (voir la chronique Des nouvelles de la météo).

 

L’allée des Gloriettes, près de chez moi à Illiers-Combray est fermée à ses deux bouts par deux superbes sapins — ou plutôt, était… En effet, l’un a eu des branches arrachées par le vent et il faut croire que les blessures étaient fatales. La municipalité a du l’abattre.

 

Voici la vue avant.

 

Et après — d’un côté…

 

… et de l’autre.

 

L’on se prend à songer à Mme de Cambremer :

*Vivant dans une famille provinciale qui avait peu de relations, n’allant guère au bal, elle s’était grisée dans la solitude de son manoir, à ralentir, à précipiter la danse de tous ces couples imaginaires, à les égrener comme des fleurs, à quitter un moment le bal pour entendre le vent souffler dans les sapins, au bord du lac, et à y voir tout d’un coup s’avancer, plus différent de tout ce qu’on a jamais rêvé que ne sont les amants de la terre, un mince jeune homme à la voix un peu chantante, étrangère et fausse, en gants blancs. I

 

Comme elle, nous aimions entendre le vent souffler dans ces grands arbres. Notre paysage proche et familier en est tristement modifié.

Cette photo n’est plus possible :

 

Et le mur de l’immeuble que le sapin cachait s’offre désormais au regard.

 

Nous nous en remettrons. L’autre sapin a tenu.

 

Égoïstement, je me réjouis de conserver les deux conifères de mon jardin.

(Photos PL)

 

J’espère continuer d’y entendre souffler le vent.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Nous n’entendrons plus le vent souffler dans le sapin”

You can leave a reply or Trackback this post.
  1. Such sadness, when a tree is lost.
    Not exactly appropriate, but this passage did flash by:

    “Tree(s),” I thought, “you no longer have anything to say to me. »
    MP

    Patrice, I hope there wasn’t a ‘lost soul’ trapped inside your tree.

    « I feel that there is much to be said for the Celtic belief that the souls of those whom we have lost are held captive in some inferior being, in an animal, in a plant, in some inanimate object, and thus effectively lost to us until the day (which to many never comes) when we happen to pass by the tree or to obtain possession of the object which forms their prison. »
    MP

Write a Reply or Comment

Your email address will not be published.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et