Consoler une jeune proustienne

Consoler une jeune proustienne

 

Comment se remettre d’un chagrin d’amour ? J’ai reçu un émouvant courriel d’une visiteuse de ce blogue. Je ne livrerai que les initiales de son prénom, M-C.

 

« Ma première histoire, sérieuse et tendre, vient de se terminer, m’écrit-elle. Elle a été profondément marquée par les mots de Marcel Proust. »

Et de me raconter que son « amant », «   jeune homme passionné de littérature », lui a fait redécouvrir la Recherche dont, adolescente, elle n’avait pu achever le premier volume : « Que de moments délicieux j’ai éprouvés, m’imaginant les aubépines de Combray, les assiettes-historiettes de la tante Léonie, les remontrances de Françoise, le sourire d’Oriane de Guermantes, la douceur du regard de Swann, la grâce de Gilberte et la malice d’Albertine ! »…

Plus loin : « Comme Marcel pleura la fuite d’Albertine, je me désole sur la fin de ma relation. Mon ami m’offrit l’intégrale de la Recherche comme cadeau de rupture, un geste très délicat. Car mon attachement à cette œuvre persévère, comme un fil d’argent qui me relie au temps perdu. »

 

J’aurais pu garder pour moi cette correspondance (dont je me suis demandé si elle n’était pas un faux destiné à arracher des larmes à Margot) si elle ne s’était achever par une prière : « De la part d’une passionnée de littérature à un spécialiste passionné de Proust, puis-je vous demander, selon vous, quel passage de la Recherche mettrait un peu de baume au cœur d’une jeune femme qui vient de se séparer de son premier amour ? »

 

C’est là que j’ai besoin de vous. Je ne veux pas éteindre sa peine en reprenant Swann sur Odette pour suggérer que le vilain «  n’était pas [s]on genre ». Je ne veux pas non plus paraphraser le père devant son fils privé de baiser : « ce petit a du chagrin, il a l’air désolé, cet enfant ; voyons, nous ne sommes pas des bourreaux ! »

Alors, souffrez que je vous mette à contribution : que répondre à « M-C » ? Merci de l’aider à guérir son petit cœur.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Consoler une jeune proustienne”

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  1. Eh bien, il me semble que le tout début de la rémission est bien décrit dans « la fugitive » :

    « Le spécifique pour guérir un événement malheureux (les trois quarts des événements le sont) c’est une décision ; car elle a pour effet, par un brusque renversement de nos pensées, d’interrompre le flux de celles qui viennent de l’événement passé et en prolongent la vibration, de le briser par un flux inverse de pensées inverses, venu du dehors, de l’avenir. Mais ces pensées nouvelles nous sont surtout bienfaisantes (et c’était le cas pour celles qui m’assiégeaient en ce moment) quand du fond de cet avenir c’est une espérance qu’elles nous apportent. »

    Proust écrit cela alors que, dans le livre, il est complètement terrassé par le départ d’Albertine. Certes il ajoute, pour relativiser, que le soulagement apporté par la prise de décision et la foi dans l’avenir était, chez lui, causé par ses démarches pour faire revenir, le jour même, son amie chez lui… Mais néanmoins, c’est là le début du processus qui va se poursuivre à Venise et va transformer la douleur du narrateur en pitié pour son amie disparue !

    Donc, il faudrait conseiller à votre jeune amie, pour qu’elle échappe aux tristes pensées issues de son chagrin d’amour, de croire ce que Proust nous dit, et donc de PRENDRE UNE DECISION et d’avoir FOI EN L’AVENIR. Le reste suivra : car ce n’est, en fait, qu’une question de temps…

  2. « On construit sa vie pour une personne et, quand enfin on peut l’y recevoir, cette personne ne vient pas, puis meurt pour vous et on vit prisonnier dans ce qui n’était destiné qu’à elle. » (JF)

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