Un bijou de chronique

Un bijou de chronique

 

Les habitué(e)s de ce blogue savent la tendresse que je porte à Anna P., qui feuilletonne semaine après semaine l’évolution de sa thèse sur Proust, ses bonheurs et ses affres.

Sa 87e chronique porte sur la visite qu’elle a rendue au musée Galliéra pour l’exposition sur les robes de la comtesse Greffulhe, inspiration pour la duchesse de Guermantes, me suivant de peu (voir Comtesse Greffulhe et princesse A. [A. pas pour Anna !]).

Son texte est un bijou ; Anna, une orfèvre et ce blogue un modeste écrin.

 

Extraits :

Être la comtesse Élisabeth Greffulhe, née Caraman-Chimay.

Se réveiller, dans des dentelles de Venise, quand le Paris des travailleurs fourmille déjà depuis les premières heures du jour pour accomplir toutes les tâches invisibles qui nous consacrent reine du faubourg Saint-Germain.

Feuilleter dans son lit le journal du matin, qui décrit en détail notre tenue de la veille, une robe en crêpe ivoire et noir à plumes d’autruches, un manteau lamé or brodé de paillettes nacrées, une aigrette féérique que surmonte une larme indécente de diamant.

Appeler sa femme de chambre pour décider de sa tenue du jour, de sa tea-gown et de sa robe du soir. Ne pas faire la vaisselle de son petit déjeuner.

Se prélasser dans une robe de chambre Fortuny, inspirée d’un tableau de Carpaccio, en lisant son courrier. Écrire un petit mot à Fauré, qui vient de nous dédier Pavane, rédiger quelques lettres enflammées qui défendent l’innocence du capitaine Dreyfus, envoyer quelques fonds à Pierre et Marie Curie pour les aider dans leurs recherches. Remercier le tsar Nicolas II pour son riche manteau de Boukhara, dont on se fera une belle cape.

S’arrêter pour un essayage chez Jeanne Lanvin, passer se faire photographier par le fils de Nadar, aller voir notre dernier portrait par Paul-César Helleu.

Rentrer chez soi, sans rester à la rue quand on a oublié ses clés, et voir les portes s’ouvrir mystérieusement dès qu’on veut entrer dans une pièce.

Aller chez son cousin Robert de Montesquiou, le dernier grand dandy du XIXe siècle, qui inspirera le superbe Charlus d’À la Recherche du temps perdu. Y croiser Marcel Proust, qui n’en dort plus pendant des jours.

Déjeuner avec Diaghilev, qui nous raconte ses ballets russes.

Devenir la duchesse de Guermantes, parce qu’on est la seule femme qui ait su  concurrencer la mère de Proust, et rester à jamais la snob la plus élégante et l’oiseau le plus spirituel de la littérature.

 

Quel talent ! Ça brille de mille éclats.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

http://culturebox.francetvinfo.fr/des-mots-de-minuit/

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Un bijou de chronique”

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  1. Magnifique en effet. Cependant il ne faut pas oublier que cette grande dame n’était pas que coquette. Si elle rencontrait Fauré , Diaghilev…, c’est qu’elle contribuait à la vie artistique, politique, scientifique de son époque.

  2. Toujours accompagnée de la dernière chronique d’Anna P. préalablement imprimée recto-verso sur du papier A4 (pas de smartphone dans ma besace), je rends visite tous les lundis à un ami très occupé qui n’a pas le temps de naviguer sur Internet.

    Et le rituel commence… Mon ami s’installe confortablement, l’oeil pétillant, le sourire aux lèvres, avide de connaître la dernière pépite d’Anna P. qu’il me plaît de lui lire à haute voix.

    Un plaisir partagé donc… autour de l’univers d’une jeune femme « brillante, vraiment attachante », selon les dires de mon ami – ne deviendrais-je pas un peu jalouse, moi ?! (Ah, si seulement je pouvais écrire comme elle ! à défaut d’écrire comme Proust… non, je plaisante !!!). En attendant, il ne me reste plus qu’à me rendre au Musée Galliera…

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