Un repas de roi

Un repas de roi

 

De ces trois, qui s’affiche royaliste dans À la recherche du temps perdu ? Oriane de Guermantes ? Saint-Loup ? Françoise ?

Si vous répondez « la duchesse », vos avez faux, de son propre aveu : « Mon époux va me trouver bien mauvaise royaliste, mais je suis très mal pensante, vous savez ».

Si vous optez pour le jeune marquis, son neveu, vous avez encore plus faux. C’est donc « Françoise » qu’il fallait cocher : « Elle eut bientôt à l’égard de Saint-Loup qu’elle adorait une désillusion d’un autre genre, et d’une moindre dureté : elle apprit qu’il était républicain. Or bien qu’en parlant par exemple de la reine de Portugal, elle dît avec cet irrespect qui dans le peuple est le respect suprême « Amélie, la sœur à Philippe », Françoise était royaliste. »

 

Eh oui ! Comme leur auteur, les personnages de l’œuvre nous étonneront toujours. La fidèle domestique rejoint ainsi le prince de Guermantes, « royaliste convaincu » et son cousin, le baron de Charlus, « monarchiste impénitent » (selon Saint-Loup).

 

Républicain certain, je ne connais qu’une reine : mon épouse. J’ai eu à fêter un événement important dans ses activités professionnelles qui ne doit qu’à ses qualités. Par bonheur, on vient de me signaler une adresse gastronomique dans le coin où j’ai eu plaisir de la mener. Il s’agit du « Relais de Poste Saint-Jacques » à Dangeau, à une dizaine de kilomètres d’Illiers-Combray. L’« hostellerye » revendique d’être l’une des plus vieilles du monde puisque, dans une Vidamie du XIIIe siècle, sur le chemin de Compostelle, elle accueille des clients depuis 1490, quand Guillaume Rossard s’y est installé comme hôtelier maréchal-ferrant.

 

Je n’ai pas été déçu, d’autant que l’on m’avait confié, d’un air entendu, que les actuels propriétaires étaient partisans de la royauté. Quand je me suis assis devant mon assiette recouverte d’une serviette, j’ai eu comme une confirmation…

01 Serviette fleur de lys

 

M’assurant auprès de la maîtresse de maison que je voyais bien une fleur de lys, elle m’a répondu, rosissante, que c’était « symbolique ». Le chandelier de la bougie qu’elle a ensuite allumée, m’a fourni, un autre indice.

02 Chandelier à couronne

 

Il ne me restait plus qu’à trinquer avec Violette (ma reine) à sa réussite…

03 Trinquer avec Violette

 

Nous nous sommes ensuite régalé d’un déjeuner effectivement aussi gourmand que majestueux. Si vos pas vous conduisent à dans ce restaurant — jusqu’à présent le meilleur et le plus plaisant dont j’ai poussé la porte dans les environs —, ne vous privez pas d’aller prendre le café dans le jardin intérieur.

04 Jardin intérieur

 

Il est accueillant — à ceux qui partagent les convictions de Françoise comme à ceux qui préfèrent Marianne.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Un repas de roi”

You can leave a reply or Trackback this post.
  1. C’est aussi un de mes bons souvenirs que ce Relais (n’a-t-il pas un problème de toiture non résolu depuis des années ?) Avec mon Clopin à moi, nous nous y sommes arrêtés une année, pendant les vacances de Noël. La maîtresse des lieux avait installé un décor invraisemblable, avec petit train escaladant une montagne enneigée, multiples personnages, tours et détours : une profusion proustienne…

    Et, sur la table au linge impeccable et damassé, la verrerie était là aussi à la fois étincelante et comme provenant du passé. Je me souviens d’une carafe « canard » qui a déclenché chez moi, ce qui est plutôt rare, une forte convoitise…

    Et le royalisme qui s’affiche (discrètement) ici n’est pas effrayant, je trouve. Il s’attache surtout à certaines formes matérielles qui sont comme l’écho des tables royales d’antan. Une profusion, là encore, de petit mobilier gracieux et contourné, de vaisselle décorée, de tentures et de couverts lourds…

    Plus qu’à Marcel Proust, cette maison renvoie à Balzac, à mon sens. Comme un prolongement du « Cabinet des Antiques »… (ce qui devrait faire plaisir à ses propriétaires !)

    Bien contente de partager ce souvenir avec vous, Patrice, et d’apercevoir ainsi votre charmante épouse !

  2. Dear Patrice~
    Now, curious about the honor….and the confusing translation:
    « I had to celebrate an important event in professional activities which must only its qualities. »

    However, this needs no translation! 😉
    « …I know only one queen, my wife. »

    Alas, the Narrator never knew such love.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et