J’ai retrouvé le bureau de Proust à la bibliothèque Mazarine

J’ai retrouvé le bureau de Proust

à la bibliothèque Mazarine

 

En finir avec le cliché d’un Marcel oisif ignorant du mot travail ?

D’abord, comment croire qu’écrire À la recherche du temps perdu n’est pas une occupation à plein temps ? L’auteur s’est littéralement tué à la tâche.

 

Ensuite, Proust a eu un emploi pendant quatre ans et demi. Il s’y est rendu… au moins une fois !

 

Le lieu est prestigieux : le quai de Conti longe la Seine, dans le VIe arr. de Paris. Il commence au Pont Neuf et finit au Pont des Arts.

 

Le dernier numéro, le 23, est l’adresse de l’Institut de France. Il abrite les cinq académies (française, des inscriptions et belles-lettres, des Sciences, l’Académie des beaux-arts et des sciences morales et politiques) ainsi que la bibliothèque Mazarine — la plus ancienne bibliothèque publique de France ainsi nommée car elle est issue de la bibliothèque personnelle du cardinal Mazarin.

(Photo DR)

 

Marcel Proust a été inscrit sur la liste des employés entre juin 1895 et janvier 1900. Il est censé y occuper le poste de troisième assistant bibliothécaire.

 

Pour vous, j’ai refait le trajet qu’il devait suivre. Attention, scoop à la fin.

Entrer dans la cour.

 

Pénétrer dans le bâtiment.

 

Monter l’escalier.

 

Jeter un œil en bas avant de franchir la porte.

 

Traverser la bibliothèque.

 

Se pencher sur un discret avis.

 

Trouver enfin la place qui n’attend que Marcel !

(Photos PL)

 

Si c’est un tel bureau, modeste, qui a pu être attribué à Proust, il n’a pas dû y user le fond de son pantalon. Ses collègues ne l’ont vu que parce qu’il venait déposer des demandes de congé (à moins qu’il économisât aussi ce déplacement en faisant la démarche par écrit). Sa présence à la Mazarine est avérée une fois, le jour où il est venu leur offrir Les plaisirs et les jours.

L’administration, bonne fille, avalise ces vacances perpétuelles jusqu’à ce qu’elle considère la plaisanterie saumâtre. Au bout de cinq ans, elle demande à Proust de démissionner.

Au final, il n’aura rien coûté au contribuable : l’emploi était non rémunéré.

 

*Mais comme le voyageur, déçu par le premier aspect d’une ville, se dit qu’il en pénétrera peut-être le charme en en visitant les musées, en liant connaissance avec le peuple, en travaillant dans les bibliothèques, III

 

Impayable Marcel !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Merci ! Grâce à vous, j’ai visité la très belle bibliothèque Mazarine et j’ai marché avec une grande émotion dans les pas de Marcel Proust jusqu’à « son bureau ».
    Et j’ai constaté en riant que ce bureau n’était pas plus occupé aujourd’hui qu’au temps de cet impayable Marcel que vous rendez si vivant !

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