On m’écrit d’Odessa, de Londres et d’ailleurs

On m’écrit d’Odessa, de Londres et d’ailleurs

 

Gâté, je suis gâté… Ma boîte de courriels reçoit quelques sollicitations de personnes qui souhaitent que le fou de Proust parlent d’elles (et de ce qu’elles font) tandis que d’autres mettent ma connaissance du texte de la Recherche à l’épreuve. Les unes et les autres me flattent et me plaisent.

 

Saluons d’abord François Polge de Combret (pas un inconnu pour qui a suivi la politique au temps du président Giscard d’Estaing puis la finance internationale), Proustien éminent qui vit à Londres, et qui me lance ce qu’il appelle des « taquineries ».

Il a dégainé, fin 2017 : « Cher Monsieur, je suis un fervent lecteur de votre blog et je vous suis très reconnaissant des remarquables messages que vous publiez car ils permettent de mieux comprendre et savourer “La recherche.” J’ai recours à vous aujourd’hui pour la raison suivante : j’ai en tête des célèbres citations de Proust telles que :

-“Les chagrins, serviteurs atroces, irremplaçables et qui par des voies souterraines nous mènent à la vérité et à la mort.”

-“Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination,”

-“Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur, elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries.”

-“On dédaigne volontiers un but qu’on n’a pas réussi à atteindre qu’on a atteint définitivement.”

-« Les charmes d’une personne sont une cause moins fréquente d’amour qu’une phrase du genre de celle-ci: non, ce soir je ne suis pas libre.”

-« On n’aime personne quand on aime.”

-« Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres.”

-« On n’aime que ce qu’on ne possède pas tout entier.”

Je voudrais pouvoir placer ces phrases dans leur contexte. Vous qui avez une connaissance si intime de “La recherche”, auriez-vous la gentillesse de me guider, etc.

 

Aussitôt demandé, aussitôt plongé dans la mission et j’ai pu lui répondre peu après : « Je crois l’avoir remplie malgré quelques difficultés que vous auriez pu semer pour tester ma connaissance de l’œuvre de Proust ! En effet, deux citations que vous m’avez confiées étaient déformées et une troisième ailleurs que dans la Recherche. Mais j’ai déjoué vos pièges et suis heureux de vous apporter les réponses souhaitées. Etc. »

 

Quoi de plus agréable que de lire en retour : « Cher Monsieur, vous êtes ma référence absolue pour votre connaissance et votre intelligence de l’œuvre de Proust. Par taquinerie, je voudrais vous poser une colle: dans “La recherche”, le narrateur coiffe deux fois Odette d’un « chapeau de paille ». Sauriez-vous me dire en quelles circonstances ? »

Il m’a fallu moins de temps pour lui répondre que ce n’est pas deux fois mais quatre que Proust coiffe Odette d’un chapeau de paille (sans doute plusieurs fois le même !).

J’ai reçu de nouveaux compliments : « Cher Patrice, votre connaissance de “La recherche” est si éblouissante que je ne résiste pas à la tentation d’une nouvelle taquinerie… L’expression “faire rire les poules” figure deux fois dans “La recherche”. Quel est ou qui sont les personnages qui parlent ainsi? Ah, ah ah !… François »

 

Vous remarquerez que nous sommes passé du solennel « Monsieur » aux amicaux prénoms.

 

Mission encore accomplie :  l’expression sort de la bouche du duc de Guermantes sur un mariage de Mme de Villeparisis avec M. de Norpois (III) et de celle de son frère, Charlus, sur les prétentions mondaines de la comtesse Molé (V).

Dernière appréciation : « Vous êtes tout simplement éblouissant, Patrice… Chapeau bas ! Comment faites-vous pour avoir une telle maitrise de ce chef d’œuvre si complexe ? Un grand bravo ! »

 

Cela fait toujours plaisir de lire de tels mots, valant bien plus que tout salaire. Cher François, que j’appellerai désormais Polge de Combray, j’attends le prochain défi avec délectation — c’est valable pour chacune et chacun.

 

Quittons les bords de la Tamise et passons à mon correspondant d’Ukraine. Il s’appelle Jean-Michel René Souche. Quadragénaire, il est compositeur sous le pseudonyme de Jan Leontsky, il est aussi peintre, « fondateur du Losangisme », fasciné qu’il est par cette forme. C’est donc un portrait de Proust dans un losange qu’il m’a envoyé.

 

En prime, il attire mon attention sur un livre, Portrait d’Elstir, Etude sur le peintre de « À la recherche du temps perdu » | 1) Les prétendus modèles d’Elstir 2) Elstir peintre 3) Le caractère d’Elstir 4) Elstir l’impressionniste 5) Jugements sur Elstir. Xxx

Prix : 9,50 € (HT), imprimé en 3 à 5 jours ouvrés.

 

Sur ma demande, l’artiste m’en a confié davantage : « S’agissant de Marcel PROUST, j’ai terminé récemment une troisième lecture de la Recherche, car le personnage d’Elstir m’a toujours beaucoup intéressé. […] Ce modeste essai voudrait apporter, si possible, quelques éléments « nouveaux » concernant ce personnage. Cet essai est le regard d’un peintre sur Elstir. L’œuvre du Maître est insondable, vous le savez mieux que personne, et je ne prétends pas avoir atteint à des vérités. Tout au plus sont-ce ici des impressions que je livre, en m’appuyant sur une lecture rigoureuse du texte. »

Pour en savoir plus : www.souche-paintings.com

 

Quittons les bords de la mer Noire et mettons le cap sur les bords de la Loire à Nantes. Deux femmes savantes continuent de broder plaisamment sur les relations de Proust avec les cosmétiques : Céline Couteau, maître de conférences en pharmacie industrielle et cosmétologie et Laurence Coiffard, professeur en galénique et cosmétologie, toutes deux à l’Université de Nantes. J’ai eu l’occasion de leur consacrer une chronique et elles m’informent régulièrement de leurs publications dont voici la dernière :

https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/marcel-proust-a-la-recherche-du-produit-anti-repousse-469/

 

J’aime recevoir du courrier — s’il porte sur notre cher Marcel.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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