Barnum (enfin presque) à Illiers-Combray

Barnum (enfin presque) à Illiers-Combray

 

Contemporain de Marcel, né la même année, Phineas Taylor a droit à sa citation dans À la recherche du temps perdu. (Voir la chronique Un coup de chapeau proustien à Barnum)

L’entrepreneur de spectacle américain est le cirque incarné.

Barnum, USA

Barnum, France, 1902

 

Barnum est cité ironiquement par Brichot :

*du temps où Elstir et Swann allaient chez Mme Verdurin, Dechambre était déjà une notoriété parisienne, et, chose admirable, sans avoir reçu à l’étranger le baptême du succès. Ah ! Il n’était pas un adepte de l’Évangile selon saint Barnum, celui-là. IV

 

La tradition du spectacle vivant ambulant sous chapiteau est perpétuée à Illiers-Combray. Avant chaque rentrée scolaire, le cirque Hart plante son chapiteau sur la place du Calvaire — « Bonjour les petits-z-enfants » !

Une vue de la grande place herbeuse la veille de l’installation :

 

D’autres après avec cette déambulation quelques heures avant la première représentation (merci aux responsables — vive les beaux-Hart !) :

(Photos PL)

 

Il est six citations de « cirque » dans la Recherche.

*[Aux Champs-Élysées] Tout à coup l’air se déchira : entre le guignol et le cirque, à l’horizon embelli, sur le ciel entr’ouvert, je venais d’apercevoir, comme un signe fabuleux, le plumet bleu de Mademoiselle. I

*— Odette, Sagan qui vous dit bonjour », faisait remarquer Swann à sa femme. Et, en effet, le prince faisant comme dans une apothéose de théâtre, de cirque, ou dans un tableau ancien, faire front à son cheval dans une magnifique apothéose, adressait à Odette un grand salut théâtral et comme allégorique où s’amplifiait toute la chevaleresque courtoisie du grand seigneur inclinant son respect devant la Femme, fût-elle incarnée en une femme que sa mère ou sa sœur ne pourraient pas fréquenter. II

*[Au Grand-Hôtel de Balbec] À tous moments, tenant à la main la serviette raide et empesée où était écrit le nom de l’hôtel et avec laquelle je faisais d’inutiles efforts pour me sécher, je retournais près de la fenêtre jeter encore un regard sur ce vaste cirque éblouissant et montagneux et sur les sommets neigeux de ses vagues en pierre d’émeraude çà et là polie et translucide, lesquelles avec une placide violence et un froncement léonin, laissaient s’accomplir et dévaler l’écoulement de leurs pentes auxquelles le soleil ajoutait un sourire sans visage. II

*Comme nous venions de quitter le fiacre à l’entrée de l’avenue Gabriel, dans les Champs-Élysées, je vis ma grand’mère qui, sans me parler, s’était détournée et se dirigeait vers le petit pavillon ancien, grillagé de vert, où un jour j’avais attendu Françoise. Le même garde forestier qui s’y trouvait alors y était encore auprès de la « marquise », quand, suivant ma grand’mère qui, parce qu’elle avait sans doute une nausée, tenait sa main devant sa bouche, je montai les degrés du petit théâtre rustique édifié au milieu des jardins. Au contrôle, comme dans ces cirques forains où le clown, prêt à entrer en scène et tout enfariné, reçoit lui-même à la porte le prix des places, la « marquise », percevant les entrées, était toujours là avec son museau énorme et irrégulier enduit de plâtre grossier, et son petit bonnet de rieurs rouges et de dentelle noire surmontant sa perruque rousse. III

*[À la Raspelière] on venait s’asseoir tour à tour sur celui d’où on découvrait Balbec, ou Parville, ou Douville. Même, dans une seule direction, avait été placé un banc plus ou moins à pic sur la falaise, plus ou moins en retrait. De ces derniers, on avait un premier plan de verdure et un horizon qui semblait déjà le plus vaste possible, mais qui s’agrandissait infiniment si, continuant par un petit sentier, on allait jusqu’à un banc suivant d’où l’on embrassait tout le cirque de la mer. IV

*Nous arrivâmes au Bois. Je pensais que, si Albertine n’était pas sortie avec moi, je pourrais en ce moment, au cirque des Champs-Élysées, entendre la tempête wagnérienne faire gémir tous les cordages de l’orchestre, attirer à elle, comme une écume légère, l’air de chalumeau que j’avais joué tout à l’heure, le faire voler, le pétrir, le déformer, le diviser, l’entraîner dans un tourbillon grandissant. V

 

Qui, comme Marcel avec celui des Champs-Élysées, se souvient du cirque de son enfance ? Moi, c’était le cirque Amar, à Versailles.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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