Après le faux Marcel de 1904, quel autre ?

Après le faux Marcel de 1904, quel autre ?

 

C’était à prévoir ! Des photos inconnues de Proust vont sortir des tiroirs, des greniers, de l’oubli. Marcel est passé par ici, il repassera par là.

 

Ainsi, j’ai été contacté par un certain Jean-Paul dont le nom commence par la huitième lettre de l’alphabet et dont le pseudonyme est Siren. Ce Parisien, de son aveu même, n’était « pas vraiment intéressé par Proust », mais est devenu « passionné » par des photos possiblement de lui.

 

Sans doute impressionné par mon expertise en la matière (je plaisante), il me sollicite à propos d’une photo de deux petits enfants.

On connaît ce cliché des deux garçons de Mme Proust :

 

On connaît cet autre :

 

Siren m’envoie ce double portrait convaincu qu’il s’agit des mêmes :

 

Je lui ai répondu que je ne voyais pas d’opposition formelle à ce que ce soit les deux frères, même si les photos connues de leur jeunesse les montrent les cheveux plus courts, lui servant cependant le passage de Du coté de chez Swann sur « les terreurs enfantines » et des « boucles » tirées puis coupées.

 

Mon correspondant m’a relancé : « Je suis aussi collectionneur de photos de classe et j’ai déterminé quelques condisciples de Proust sur la célèbre photo de Condorcet, notamment Raoul Versini (sans aucun doute) et  j’ai écrit son article dans Wikipédia, ainsi que celui de Robert Dreyfus, de certains professeurs de Proust ainsi que l’article d’Otto Wegener qui était il n’y a encore que 3 ans plutôt mal connu. La photo à Condorcet, que je possède est celle-ci :

 

File:Condorcet vers 1890 PF.jpg – Wikimedia Commons

Proust serait-il assis au premier rang à droite, à coté justement de Versini ? J’ai de gros doutes à cause de détails anatomiques. La photo serait prise après 1889, le professeur est inconnu, on ne retrouve que 3 ou 4 élèves de la classe de Darlu. Je suppose que cette photo est une réunion de lauréats et non une classe. »

Là, je crois que Jean-Paul alias Siren a raison d’être « dubitatif ».

 

Si je voulais me moquer, j’ouvrirais la piste suivante : le moustachu en haut à droite de ce groupe de sportifs ne serait-il pas le futur auteur d’À la recherche du temps perdu ?

 

Après Marcel à l’église, Marcel au lycée ! À quand Marcel jouant aux barres ou prenant un bain de mer ?

 

Plus sérieusement, j’ai décidé, ému, de venir à l’aide de celui dont les « travaux sont arrivés maintenant au point mort après plusieurs sollicitations décevantes ». Parmi elles, une auprès de la Sampac : « Je les ai bien sûr informé de ma photo mais n’ai pas eu de réponse ce qui m’a énormément déçu. »

 

Ce serait bien de répondre à l’appel de Siren ?

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

14 comments to “Après le faux Marcel de 1904, quel autre ?”

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  1. Il faut donner à la Sampac le numéro. De Siren. (bon d’accord, je sors)

  2. Le faux Marcel de 1904 ? C’est bien d’avoir un don de divination.

  3. Je l’ai souligné je ne sais combien de fois: ceux qui pensent reconnaître Proust admettent qu’on se pose la question. Ceux qui affirment que ce n’est pas Proust n’admettent aucun doute de leur thèse : c’est LA vérité. Mais je n’en parlerai plus.

    • patricelouis says: -#2

      Oh, cher Luc, rien ne me serait plus déplaisant que d’apparaître dogmatique, sectaire et péremptoire. D’un naturel affable et ouvert, je hais l’intolérance. J’espère alors que vous ne pensez pas sérieusement que je refuse la discussion sur l’identité du jeune homme pressé de la Madeleine (descendeur ou slalomeur ?).

      Dans mes différentes chronique sur le film présenté dans la « Revue d’études proustiennes », j’ai toujours plaide pour l’échange. Voici trois formules parmi d’autres : « J’ajoute que le débat ne sera sans doute jamais clos et que c’est ce qui fait le sel des controverses », « doute cartésien », « questionnement raisonné ». Et je vous rappelle que je me suis proclamé « fou de Proust », pas fanatique.

      Grand amateur de confrontations d’idées, j’aime l’invitation de Montaigne de se frotter et limer la cervelle contre celle d’autrui.

      Nous avons déjà eu ici de savoureux échanges dont un, mémorable, sur page ou écuyer qui m’a offert l’occasion d’écrire : « Il y a eu la dispute de Berne en 1528, la controverse de Valladolid en 1550… Préparez-vous pour la querelle Fraisse-Louis de 2016. La première portait sur la Réforme ; la seconde, sur le statut des Indiens face aux colonisateurs espagnols. La dernière concerne l’entourage de Jeanne d’Arc. »

      De grâce, cher Luc, avec tous les contributeurs et toutes les contributrices de ce blogue, poursuivons nos débats argumentés, pensée en éveil et sourire aux lèvres.

  4. Merci Clopine pour cet excellent trait d’humour. Comme aurait pu dire Cottard : « cela va de Swann ».

  5. What makes sense to your eyes?

    1)
    The earliest photograph of the brothers, that I have found to date.
    1875, if you believe Patricia Mante-Proust and Mireille Naturel (page 17);
    Or
    1876, if you believe the ‘Album Proust,’ which I have proved to have made another error. (The famous Otto session with Robert and Lucien, they dated 1893 (!) instead of 1896.)
    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58417067/f23.image.r=Marcel%20Proust%20%20Condorcet

    *Would like to hear Siren’s « spin » on this photo of the brothers.
    Where are Marcel’s amazing eyes? (I also asked a research question about the shoes, but have yet to receive a response.)

    Siren’s Summary:
    « Description
    Français : Robert et Marcel Proust vers 1876, photographie par Otto Weneger (1849-1924). Retirage ou contretype sur carton du photographe vers 1880 (?), dimensions 17 x 25 cm. Photo inédite, collection personnelle du déposant. Les cheveux longs portés par Marcel Proust datent cette photo d’avant le 1er mars 1876.
    Date circa 1876
    Source Own work
    Author Otto Weneger »
    https://commons.m.wikimedia.org/wiki/File:Otto_Weneger_Proust_1876.jpg#mw-jump-to-license

    circa 1876

    *2) 1876 or 1877 (My favorite photo.) « Robert et Marcel Proust en compagnie de leur grand-mère paternelle Virginie Proust, née Catherine Virginie Torcheux . (Photographe inconnu, vers 1876/1877)

    Siren is using ME as a source! I almost spurted out my Veuve Clicquot, but that would have been rather unladylike. 😉 However, it reveals the seriousness of Siren’s « scholarship. »
    (I use Pinterest as my filing cabinet, so I can find things later. Many photos do not even match the content, as scholarly articles do not have any images « to pin. »
    https://commons.m.wikimedia.org/wiki/File:Frères_Proust.jpg

    *3) 1877 (Seems this photo was taken in the same year/same time as #2)
    « Robert et Marcel Proust (à droite) en 1877. Sur carton du photographe Modeste Chambay, photographe au Grand-Hôtel, Paris. Fond Roger-Violet. »
    https://commons.m.wikimedia.org/wiki/File:Robert_et_Marcel_Proust_1877.jpg

    4) MARS 1878 (?) Studio Chambay « MARCEL ET ROBERT PROUST EN COSTUME ÉCOSSAIS.
    http://www.sothebys.com/en/auctions/ecatalogue/2016/livres-manuscrits-pf1603/lot.121.html

  6. Also found Siren’s photo of « Robert and Marcel Proust by Otto WENEGAR »
    (https://commons.m.wikimedia.org/wiki/File:Otto_Weneger_Proust_1876.jpg#mw-jump-to-license)

    on Otto WEGENER’s Wiki page, as if it has been authenticated by Proust scholars. 😉
    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Otto_Wegener

    Robert tells me to stop « gardening in the weeds » and go read some Schopenhauer, so my spirits will be raised. 😉

  7. Sortir par le haut d’une controverse littéraire

    Le débat sur le film de 1904 revête certains aspects peu satisfaisants pour ses participants, voir la chronique http://lefoudeproust.fr/…/apres-le-faux-marcel-de-1904-que…/ et ses commentaires. Cette situation est provoquée par la disproportion entre le rouleau-compresseur médiatique unilatéral utilisé mi-février en faveur exclusive de la thèse de l’apparition de Proust, et l’intervention plus argumentée mais plus confidentielle des tenants de l’autre thèse. Cette dissymétrie produit des effets secondaires pernicieux ressentis négativement par toutes les parties, d’après certains «signaux faibles» que je vois passer.
    Même confidentiels, ces pages de discussion et ces blogues qui alimentent les dîners en ville, finissent par porter atteinte à la crédibilité universitaire des tenants de l’apparition de Proust. Je ne m’en réjouis pas et je n’en relève pas ici certains exemples désolants car ce qui me guide est la Recherche.
    En second lieu, l’image des Classiques Garnier est aussi entachée par l’aventureux « scoop ». Certains mettent en cause la préservation de la qualité éditoriale à l’occasion des rachats de maisons d’édition, et il ne faudrait pas que ceci porte préjudice au développement du livre et de l’expertise littéraire dans notre société.
    Puis-je enfin tenter de résumer le sentiment de lassitude des Proustiens sceptiques en disant qu’ils se désolent à chaque nouvelle référence imprudente au film comme image de Proust, et plus généralement s’indignent en pensant que Proust ne mérite pas cela ?
    Or on peut sortir par le haut de cette pénible situation en rétablissant un dialogue plus équilibré et ouvert.
    Sortir par le haut nécessite toujours un peu de créativité, d’énergie, de compromis et de volonté d’assumer. Il s’agirait ici de requalifier avec éclat ce faux-débat en controverse littéraire, et de parvenir à un win-win comme disent les Anglos-saxons.
    Sous les auspices de l’amour de la littérature en général et de celle de Proust en particulier, les Classiques Garnier offriraient un dîner proustien (steak aux pommes etc., ou en version cheap, un thé-madeleine) aux protagonistes, à l’Hôtel Littéraire Swann, par exemple. Au début de ce dîner serait signé un manifeste mettant en exergue tout l’intérêt et le plaisir ressentis à la diffusion du film, avec mention du travail du CNC et du don Gramont, stipulant que les photographies connues les plus contemporaines de l’événement correspondent peu à l’homme apparaissant sur les marches, alors que d’autres photos plus anciennes peuvent faire penser à Proust. On conclurait qu’à ce stade, il n’est pas possible d’affirmer qu’il s’agit de Proust, les hypothèses restant en l’état, et on soulignerait enfin l’intérêt du déroulement de cette controverse civilisée pour la recherche littéraire. L’événement serait alors relayé dans les médias par les mêmes canaux que ceux utilisés pour la diffusion initiale du film par le service de presse de l’éditeur.
    Ce dernier ferait ainsi preuve de son professionnalisme y compris en matière de publications électroniques et en tirerait un nouveau bénéfice médiatique; la Revue d’études proustiennes démontrerait son attachement au débat d’idées, son honnêteté intellectuelle et sa capacité de mobilisation de la communauté proustienne; les proustiens sceptiques auraient la satisfaction de voir mieux présentés les documents source faisant vivre la mémoire de l’écrivain ; enfin l’Hôtel Littéraire Swann aurait des retombées de presse et donnerait corps à son histoire.

    Je soumets à vos remarques et votre sagacité cette proposition.

  8. Bonjour, je n’ai pas suivi en direct cette discussion un peu décevante, je voudrais seulement corriger une erreur malencontreuse concernant le photo de Condorcet, l’assez peu probable Proust est à gauche et non à droite, quant à Raoul Versini il est très reconnaissable. Je reste disponible pour toute personne désirant approfondir le sujet.

    • patricelouis says: -#2

      1) Pardon de ne pas reconnaître Versini (d’autant que je ne le connaissais pas).
      2) Il n’y a pas d’erreur : l’homme que je désignais était dans l’autre photo, choisie au hasard sur internet et représentant les joueurs américains de football des Michigan Wolverines en 1900.
      3) Les auteurs des commentaires qualifiés de décevants apprécieront.

  9. Je me suis mal exprimé, c’est dans mon commentaire que vous avez recopié qu’il y avait une erreur,  »à droite » au lieu de à gauche sur la photo de Condorcet.
    Pour Versini, je comprends qu’il ne soit pas connu puisque c’est moi le premier qui l’ai déterminé sur plusieurs photos dont celle célèbre où Proust penche la tête vers lui (1888 à Condorcet). Cette information n’a pas encore été très diffusée, mon moyen de publication restant uniquement ‘Commons » mais au moins voilà une avancée réelle que j’ai apportée à la connaissance de la jeunesse de Proust. Raoul Versini est cité par J.Y.Tadié et dans les bio postérieures à 1980 environ grâce à une lettre importante retrouvée de Proust dont certains, comme Mme Bloch-Dano par exemple remettent en doute l’authenticité car son contenu est assez troublant.
    Au sujet des commentaires, ils sont décevant pour moi car les deux tiers parlent de la vidéo de 1904 au lieu de ma photo qui mérite pourtant une étude approfondie.

  10. Youille, je vous trouve bien sévère avec Caliméro !

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