Madeleine et cocaïne

Madeleine et cocaïne

 

Est-ce la face sombre de Cabourg ? Mon frère cadet, Olivier (dont je crois vous avoir déjà entretenu), est un peu plus au fait de la chose mathématique que moi — certes —, mais il est encore trop tendre pour rivaliser sur l’art de dénicher l’intérêt que l’univers proustien suscite quotidiennement.

Ainsi, il vient d’attirer mon attention sur un article du Pays d’Auge pour que j’y trouve sans doute matière à chronique. C’est à la rubrique « Cabourg » : « La madeleine, ce trésor de Proust venu tout droit de Lorraine… », où il est expliqué que le gâteau « fait fureur auprès des touristes » grâce à l’écrivain mais que le lien entre les deux est « loin d’être évident ».

Or, non seulement, mon œil l’avait déjà repéré mais Olivier aurait été plus inspiré de se souvenir que l’origine de la madeleine a été traitée ici (voir la chronique du 8 juin 2014, Pour la madeleine, commencer à Commercy…).

 

En réalité, dans la même édition du journal normand, l’article le plus intéressant est autre : « Enquête sur un trafic de cocaïne à Cabourg », qui relate l’interpellation, « au niveau du centre commercial Balbec », d’un pilote de scooter de vingt ans, « originaire du secteur », en possession de cocaïne, dont trois grammes seront trouvés en plus à son domicile.

Plus que la sempiternelle madeleine, c’est cette révélation qui « interpelle ». Y aurait-il un cartel de Cabourg comme il en est de Medellin ou de Tijuana ? La cité proustienne est-elle en train de rivaliser avec celui de tante Léonie (voir la chronique du 9 juin 2015, Trafic de drogue à Illiers-Combray) ?

 

Quant au lien de l’alcaloïde tropanique, psychotrope et vasoconstricteur, avec Proust, il est direct :

*la Patronne, tout en faisant semblant de n’avoir rien entendu et en conservant à son beau regard, cerné par l’habitude de Debussy plus que n’aurait fait celle de la cocaïne, l’air exténué que lui donnaient les seules ivresses de la musique, n’en roulait pas moins, sous son front magnifique, bombé par tant de quatuors et les migraines consécutives, des pensées qui n’étaient pas exclusivement polyphoniques, et, n’y tenant plus, ne pouvant plus attendre une seconde sa piqûre, elle se jetait sur les deux causeurs, les entraînait à part, et disait au nouveau en désignant le fidèle : « Vous ne voulez pas venir dîner avec lui, samedi par exemple, ou bien le jour que vous voudrez, avec des gens gentils ? V

*[Saint-Loup] trouvait, chastement sans doute, à vivre à la belle étoile avec des Sénégalais qui faisaient à tout instant le sacrifice de leur vie, une volupté cérébrale où il entrait beaucoup de mépris pour les « petits messieurs musqués », et qui, si opposée qu’elle lui semble, n’était pas si différente de celle que lui donnait cette cocaïne dont il avait abusé à Tansonville, et dont l’héroïsme – comme un remède qui supplée à un autre – le guérissait. VII

*depuis trois ans [la vicomtesse de Saint-Fiacre] prenait de la cocaïne et d’autres drogues. VII

 

Sidonie cocaïnomane ! Plutôt une droguée métaphorique, mais Robert et une vicomtesse, sûrement. La Recherche ne dit pas, en revanche, que Léonie était accro à la madeleine.

 

Dénicher des thèmes de chroniques, mon petit Olivier, c’est une occupation sinon à temps plein, addictive sûrement.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique, Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Madeleine et cocaïne”

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  1. Encore un drame familial!

  2. Tout ça parce que je n’ai pas voulu échanger son droit d’ainesse contre ma bosse des maths!

  3. On ne peut pas échanger pile ou face de deux Louis d’or.

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