Proust en Afrique

Proust en Afrique

 

Pas de langues du continent noir, mais…

 

*Quant au petit bout de jardin qui s’étendait entre de hautes murailles, derrière l’hôtel, et où l’été Mme de Guermantes faisait après dîner servir des liqueurs et l’orangeade ; comment n’aurais-je pas pensé que s’asseoir, entre neuf et onze heures du soir, sur ses chaises de fer — douées d’un aussi grand pouvoir que le canapé de cuir — sans respirer, du même coup, les brises particulières au faubourg Saint-Germain, était aussi impossible que de faire la sieste dans l’oasis de Figuig, sans être par cela même en Afrique ? III

*Cependant mes regards furent détournés de la baignoire de la princesse de Guermantes par une petite femme mal vêtue, laide, les yeux en feu, qui vint, suivie de deux jeunes gens, s’asseoir à quelques places de moi. Puis le rideau se leva. Je ne pus constater sans mélancolie qu’il ne me restait rien de mes dispositions d’autrefois quand, pour ne rien perdre du phénomène extraordinaire que j’aurais été contempler au bout du monde, je tenais mon esprit préparé comme ces plaques sensibles que les astronomes vont installer en Afrique, aux Antilles, en vue de l’observation scrupuleuse d’une comète ou d’une éclipse ; III

*Après avoir gravi les hauteurs inaccessibles du nom de Guermantes, en descendant le versant interne de la vie de la duchesse, j’éprouvais à y trouver les noms, familiers ailleurs, de Victor Hugo, de Frans Hals et, hélas, de Vibert, le même étonnement qu’un voyageur, après avoir tenu compte, pour imaginer la singularité des mœurs dans un vallon sauvage de l’Amérique Centrale ou de l’Afrique du Nord, de l’éloignement géographique, de l’étrangeté des dénominations de la flore, éprouve à découvrir, une fois traversé un rideau d’aloès géants ou de mancenilliers, des habitants qui (parfois même devant les ruines d’un théâtre romain et d’une colonne dédiée à Vénus) sont en train de lire Mérope ou Alzire. III

*Comme en 1815 c’était le défilé le plus disparate des uniformes des troupes alliées ; et parmi elles des Africains en jupe-culotte rouge VII

*peut-être dans une hallucination de vieillard croyait-il [le duc de Guermantes] que c’était un trait d’esprit intempestif de Mme de Guermantes qui lui coupait la parole et se croyait-il à l’hôtel de Guermantes, comme ces fauves enchaînés qui se figurent un instant être encore libres dans les déserts de l’Afrique. VII

 

La guerre des Boers : le général Botha III

 

Au lac Victoria-Nyanza

Le lac Victoria ou Nyanza (encore appelé lac Ukéréoué – Ukerewe -, ou Nalubaale) est le plus grand d’Afrique. Traversé par l’équateur, dans la vallée du grand rift, il est la source du Nil blanc. Il doit son nom à l’explorateur britannique Speke, premier Européen à l’atteindre, en 1858, et qui le baptise en l’honneur de sa reine.

*[M. de Norpois :] j’ai le fils d’un de mes amis qui, mutatis mutandis, est comme vous (et il prit pour parler de nos dispositions communes le même ton rassurant que si elles avaient été des dispositions non pas à la littérature, mais au rhumatisme et s’il avait voulu me montrer qu’on n’en mourait pas). Aussi a-t-il préféré quitter le quai d’Orsay où la voie lui était pourtant toute tracée par son père et sans se soucier du qu’en dira-t-on, il s’est mis à produire. Il n’a certes pas lieu de s’en repentir. Il a publié il y a deux ans, — il est d’ailleurs beaucoup plus âgé que vous, naturellement, — un ouvrage relatif au sentiment de l’Infini sur la rive occidentale du lac Victoria-Nyanza et cette année un opuscule moins important, mais conduit d’une plume alerte parfois même acérée, sur le fusil à répétition dans l’armée bulgare, qui l’ont mis tout à fait hors de pair. II

 

Au Monomotapa

L’Empire Monomotapa, aussi appelé Empire du Grand Zimbabwe, est un royaume médiéval d’Afrique australe au sud du Zambèze. Il est établi par les Gokomere, ancêtres du peuple moderne shona. Le Monomotapa atteint son apogée autour des années 1440 grâce au commerce de l’or. Les Portugais le conquièrent en 1629.

Jean de La Fontaine l’immortalise dans la fable 11 du Second recueil (1678) intitulée Les deux amis :

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa :

L’un ne possédait rien qui n’appartînt à l’autre :

Les amis de ce pays-là

Valent bien dit-on ceux du nôtre.

 

*À Mme de Villeparisis qui le [Charlus] priait de décrire pour ma grand’mère un château où avait séjourné Mme de Sévigné, ajoutant qu’elle voyait un peu de littérature dans ce désespoir d’être séparée de cette ennuyeuse Mme de Grignan :

— Rien au contraire, répondit-il, ne me semble plus vrai. C’était du reste une époque où ces sentiments-là étaient bien compris. L’habitant du Monomotapa de La Fontaine, courant chez son ami qui lui est apparu un peu triste pendant son sommeil, le pigeon trouvant que le plus grand des maux est l’absence de l’autre pigeon, vous semblent peut-être, ma tante, aussi exagérés que Mme de Sévigné ne pouvant pas attendre le moment où elle sera seule avec sa fille. C’est si beau ce qu’elle dit quand elle la quitte : « Cette séparation me fait une douleur à l’âme que je sens comme un mal du corps. Dans l’absence on est libéral des heures. On avance dans un temps auquel on aspire. » II

 

À l’oasis de Figuig

Au Maroc, à la jonction entre les hauts plateaux et le nord du Sahara, la ville-palmeraie est cernée de trois côtés par l’Algérie. Figuig connaît l’existence d’une ébauche d’université sous l’impulsion d’Abdeljabbar el Figuigui au XVe siècle.

*Quant au petit bout de jardin qui s’étendait entre de hautes murailles, derrière l’hôtel, et où l’été Mme de Guermantes faisait après dîner servir des liqueurs et l’orangeade ; comment n’aurais-je pas pensé que s’asseoir, entre neuf et onze heures du soir, sur ses chaises de fer — douées d’un aussi grand pouvoir que le canapé de cuir — sans respirer, du même coup, les brises particulières au faubourg Saint-Germain, était aussi impossible que de faire la sieste dans l’oasis de Figuig, sans être par cela même en Afrique ? Il n’y a que l’imagination et la croyance qui peuvent différencier des autres certains objets, certains êtres, et créer une atmosphère. Hélas ! ces sites pittoresques, ces accidents naturels, ces curiosités locales, ces ouvrages d’art du faubourg Saint-Germain, il ne me serait sans doute jamais donné de poser mes pas parmi eux. Et je me contentais de tressaillir en apercevant de la haute mer (et sans espoir d’y jamais aborder) comme un minaret avancé, comme un premier palmier, comme le commencement de l’industrie ou de la végétation exotiques, le paillasson usé du rivage. III

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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