Pourquoi Picon ? Parce que c’est bon !

Pourquoi Picon ? Parce que c’est bon !

 

Le sous-titre de la nouvelle biographie de Marcel Proust est d’une réelle finesse : Une vie à s’écrire. L’auteur, Jérôme Picon, n’a pas reculé devant le défi et il a bien fait : il y a encore et toujours à dire sur l’auteur d’À la recherche du temps perdu. Après Painter, c’était plié, mais Tadié vint ; après Tadié, c’était complet ; mais après lui — et d’autres pas moins intéressants, un Picon s’est lancé, s’appuyant sur des milliers de lettres, brouillons et notes de l’écrivain pour en reconstituer l’existence.

995 Proust, Picon

 

Avec ses plus de six cents pages, le pavé est impressionnant. Ne l’ayant pas achevé, je ne puis le commenter sauf à dire qu’il est savant mais pas moins agréable et que l’approche est originale.

Bourré d’extraits, il présente un défaut — certes mineur mais qui perturbe la lecture quand on est attaché au respect de la langue française : M. Picon ne fait pas correspondre le sujet de ses phrases et les pronoms qui y renvoient. Je m’explique. Dès le début du premier chapitre, il écrit à propos d’une lettre du jeune Marcel à une certaine Pauline :

*À peine relève-t-on la posture d’ailleurs charmante d’un Marcel de neuf ans qui « remercie beaucoup des livres » envoyés par sa jeune parente. L’un d’eux l’a « infiniment intéressé » : partant demain pour Dieppe, il va profiter des autres, étant « enchanté de pouvoir m’amuser à lire ».

La correction impose d’écrire :

*il va profiter des autres, étant « enchanté de pouvoir s’amuser à lire » ; ou, pour être plus précis, il va profiter des autres, étant « enchanté de pouvoir [s]’amuser à lire ». Le pronom à la première personne ne vaut pas avec « il ». Autre solution, utiliser un style direct, ce qui donnerait :

*il va profiter des autres. Il ajoute : « je suis enchanté de pouvoir m’amuser à lire ». Mais c’est supposer que le « je suis » appartient à la citation, ce qui n’est pas indiqué.

Et pour être complet, il aurait aussi fallu écrire :

*partant le lendemain pour Dieppe — et non pas partant demain pour Dieppe.

Le choix fait par le biographe reproduit tout du long perturbe quelque peu la lecture.

 

Je m’interroge sur la parenté de ce Picon-là, historien de l’art et spécialiste de l’œuvre de Proust, éditeur, dans la collection GF, de la Correspondance de Proust (lettres choisies) et de ses Écrits sur l’art, avec Gaëtan Picon, autre grand proustologue. S’il en est le fils, il serait aussi l’arrière-arrière-grand-neveu, de l’inventeur en 1837 en Algérie d’un quinquina, l’« amer Picon », connu également sous le nom de Picon-bière.

Son succès et la réclame conduiront à cet échange de bistro :

– Garçon, un Picon.

– Pourquoi un Picon ?

– Parce que Picon, c’est bon !

 

La formule vaut encore en 2016 pour Marcel Proust, Une vie à s’écrire, chez Flammarion.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Sans chercher la petite bête, il me semble que deux erreurs se sont glissées page 23 : Illiers n’est pas « dans le Perche, en lisière de la Beauce », mais en Beauce aux portes du Perche ; et où Jérôme Picon a-t-il déniché qu’« ici Marcel vient à Pâques et une partie de l’été, de façon irrégulière, jusqu’à ses quinze ans » ? Sauf erreur, il n’a plus remis les pieds à Illiers au-delà de ses neuf ans.

 

 


CATEGORIES : Non classé/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et