… et naître

… et naître

 

Les naissances dans la Recherche sont moins nombreuses que les décès.

Le mot lui-même n’apparaît que 69 fois contre 778 pour « mort ». Et encore, le plus souvent, il est utilisé pour définir une situation « dans le monde » selon qu’elle est « haute », « grande », « noble » — ou non.

 

Le Héros évoque explicitement la sienne sept fois :

*au sujet d’un amour que Swann avait eu avant ma naissance I

*c’est vers l’époque de ma naissance que commença la grande liaison de Swann I

*les couleurs qui avaient été devant mes yeux depuis le jour de ma naissance II

*[La tristesse] était comme un arome irrespirable que depuis ma naissance exhalait pour moi toute chambre nouvelle III

*d’après les récits que j’avais entendus, avant ma naissance IV

*L’être que je serai après la mort n’a pas plus de raisons de se souvenir de l’homme que je suis depuis ma naissance que ce dernier ne se souvient de ce que j’ai été avant elle. IV

*J’étais triste ce dernier soir en remontant dans ma chambre de penser que je n’avais pas été une seule fois revoir l’église de Combray qui semblait m’attendre au milieu des verdures dans une fenêtre toute violacée. Je me disais : « Tant pis, ce sera pour une autre année si je ne meurs pas d’ici là », ne voyant pas d’autre obstacle que ma mort et n’imaginant pas celle de l’église qui me semblait devoir durer longtemps après ma mort comme elle avait duré longtemps avant ma naissance. VII

 

La naissance la plus évidente est celle de Gilberte. Rien n’est dit de son arrivée sur Terre et elle a déjà une douzaine d’années quand on fait sa connaissance dans le parc de Tansonville et ce n’est que plus tard qu’on lira la rencontre puis l’union de ses parents, Charles Swann et Odette de Crécy. I

 

D’autres mariages seront connus sans que l’on sache s’ils ont été suivis d’une procréation : la fille du docteur Percepied unie à l’église de Combray, en présence de la duchesse de Guermantes et du Héros (I) ; Andrée se marie avec Octave (qu’un temps Mme Bontemps « gard[e] comme une poire pour la soif » comme fiancé possible pour sa nièce Albertine, scénario partagé avec Mme Verdurin) (VII) ; Mlle de Saint-Loup, épousera un homme obscur. VII

Fiancée à Morel, la nièce de Jupien et, fille adoptive de Charlus, devenue Mlle d’Oloron, épousera Léonor de Cambremer pour mourir peu après. VI

L’œuvre se referme sans que l’on connaisse la suite des fiançailles de quelques personnages : Théodore, avec Jeannette ; Poullein, valet de pied des Guermantes, empêché de voir sa promise et persécuté par le concierge III ; deux garçons du Grand-Hôtel dont Aimé désapprouve les fiançailles IV

Quant aux Héros, il se fait passer pour le futur mari d’Albertine [« nous dirons que nous sommes un peu fiancés. Qu’est-ce que cela fait, puisque vous savez que cela n’est pas vrai » IV].

Pour en finir avec les fiançailles, c’est par erreur que l’on annonce celles de Robert de Saint-Loup avec Mlle d’Ambresac — il se fiancera avec Gilberte avant de l’épouser [Mme de Marsantes, qui était pointilleuse plus que personne, le prit de haut, changea ses batteries, revint à Gilberte, fit faire la demande pour Saint-Loup, et les fiançailles eurent lieu immédiatement, VI].

 

Femmes enceintes — deux en tout et pour tout :

L’épouse d’Aimé (II) et Mme de Monserfeuil (qualifiée de « cette pauvre » à cause de son état — « encore enceinte »). III

 

Jusqu’ici je m’étais trouvé, en face de M. de Charlus, de la même façon qu’un homme distrait, lequel, devant une femme enceinte dont il n’a pas remarqué la taille alourdie, s’obstine, tandis qu’elle lui répète en souriant : « Oui, je suis un peu fatiguée en ce moment », à lui demander indiscrètement : « Qu’avez-vous donc ? » Mais que quelqu’un lui dise : « Elle est grosse », soudain il aperçoit le ventre et ne verra plus que lui. IV

 

Rideau.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et