M. Warlikowski exagère

M. Warlikowski exagère

Ces derniers jours, la presse française fait grand cas de la création d’un Polonais au théâtre.

Son nom : Warlikowski. Je l’appelle « M. » parce qu’il me faudrait une plombe pour écrire son prénom : k, r, z, y, s, z, t, o, f — sept consonnes dont deux z pour deux voyelles. Le premier qui me signale que la version française, c, h, r, i, s, t, o, p, h, e, ne vaut guère mieux avec sept consonnes pour trois voyelles dont une qui ne se prononce pas va s’en prendre une sous peu !

Tous les médias encensent son adaptation (lui parle d’installation) d’À la recherche du temps perdu déconstruite en une pièce de cinq heures et deux entractes mêlant théâtre, vidéo, danse et chant. Son titre : Les Français.

 

Si j’en crois L’Express, il a déclaré : « En France, on ne parle pas de Proust juif. Le Proust homosexuel, le Proust malade, en marge de la société, est occulté ». Ah bon ! J’ignorais que nous en faisions un notable hétéro et baffreur qui plus est grenouille de bénitier.

Lui, pour faire bon poids, il a décidé d’occulter la fameuse madeleine et les jeunes filles en fleurs. Ça, c’est créatif. Sa Mme Verdurin apparaît avec un masque de singe sur la tête et Rachel chante sur les pointes des mélodies aux accents pop.

 

Après les Auvergnats de Limoges, le public à venir est champenois (Reims fin janvier), suisse (Genève en février), pyrénéen (Tarbes en mars) et parisien (Chaillot en novembre).

Entretemps, M. Warlikowski doit monter Phèdre à l’Odéon. D’ici à ce qu’il nous assène qu’en France on ne parle pas de Phèdre amoureuse de son beau-fils et que l’alexandrin est occulté…

Comme le dit le capitaine Haddock à propos de récitals de la Castafiore : « Encore des régions cruellement éprouvées ».

Je plaisante !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : J’ai tout de même savouré une interview du cher Warlikovski à M le magazine du Monde : « Proust a toujours été une référence pour les Polonais. Même à l’époque du communisme, il représente un repère culturel et un lien jamais rompu entre l’Est et l’Ouest. À Varsovie, c’est une blague populaire de dire qu’en traversant un pont pour passer sur la rive Est de la Vistule, vous franchissez la frontière à partir de laquelle on cesse de lire Proust en Europe. »

Lors d’un voyage en Pologne à l’aube des années 90, des Varsoviens m’avaient certifié à propos de la rive orientale de la Vistule : « C’est l’Asie ! »

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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