M. Proust dort chez Mme de Kernovenoy

M. Proust dort chez Mme de Kernovenoy

 

Le titre de cette chronique n’est pas si étrange qu’il paraît…

Le titre de cette chronique n’est pas si étrange qu’il paraît…

La semaine dernière, j’ai visité le musée Carnavalet. Enfin ! Moi, né natif à Paris, y ayant vécu l’essentiel de ma vie, je n’avais jamais mis les pieds dans ce musée consacré à l’histoire de la capitale et de ses habitants. Pour être honnête, je n’ai mis un terme à cette injustice que parce que la chambre de Marcel Proust y est reconstitué des panneaux de liège, des meubles et des objets ayant appartenu à l’écrivain et minutie.

(Photo PL)

(Photo PL)

 

Mais que vient faire cette aristocrate dans l’histoire ? Mme de Kernovenoy naît Françoise de la Baume au milieu du XVIe siècle. Elle épouse le comte de Montrevel. Devenue veuve, elle convole avec François de Kernovenoy, comte breton, précepteur du duc d’Anjou, écuyer d’Henri IV. En 1548, Jacques des Ligneris fait construire un hôtel particulier au cœur de Paris, sur la rive droite. Trois décennies plus tard, ses héritiers le vendent à madame de Kernovenoy. À nouveau veuve — « très belle et bien aimable », selon Brantôme —, elle revend la maison en 1602, mais c’est son nom qui va rester. Les Parisiens ayant du mal à le prononcer, l’hôtel devient dans leurs bouches « Carnavalet ».

Ces informations, je les reproduis d’un livre aussi érudit que ludique, C’est beau mais c’est faux, (Arléa, 2000, réédité en poche en 2003) dont l’auteur est… le signataire de cette chronique. Et voilà comment je puis affirmer que notre auteur favori, quoique mort, passe ses nuits chez la dite dame !

À propos d’à-peu-près, toujours à Paris (si l’on en croit le même ouvrage décidément riche), c’est par pudeur que la rue du Poil-au-cul, 1er arr., a été rebaptisée rue du Pélican. Le nom d’origine est dû, à la présence, au XIVe siècle, des nombreuses « boutiques à péché » qui la bordaient. Quant à la rue du Petit-Musc, IVe arr., elle s’appelait de la Pute-y-Muse.

 

Allez au musée Carnavalet. Je ne vous aurai pas fait perdre votre argent. L’accès aux collections permanentes — dont la chambre de Proust — est gratuit.

Musée Carnavalet, ticket

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. J’ai déjà (par trois fois) visité cet excellent musée consacré à Paris, qui, non seulement présente la chambre de l’écrivain, mais encore permet de voir les peintures des modèles de ses héroïnes, et de goûter l’atmosphère parisienne qui a entouré Proust, grâce aux peintures, objets, etc. Mais je trouve qu’en cas de « promenade proustienne » à Paris, il faut cependant compléter la visite du Carnavalet par celle du musée Jacquemart-André. Non que Proust y ait jamais mis les pieds, mais parce que c’est l’exemple parfait d’un habitat de luxe du début du vingtième siècle. C’est bien simple : on se croirait vraiment transporté d’un coup chez les Guermantes, un soir de bal…

    Je pense donc qu’il faudrait, si (par exemple) une certaine Marcelita Swann vient un jour à Paris, que (par exemple) un certain Patrice Louis lui serve de cicerone, et l’emmène au Carnavalet, au Jacquemart-André, bien entendu dans les jardins des Champs-Elysées et dans un restaurant chic ; là, il leur faudrait commander des asperges, légume proustien par excellence, de la pauvre fille de cuisine torturée par Françoise au tableau d’Elstir-Manet chez les Guermantes, en passant par les conséquences « physiologiques » de l’absorption d’asperges chez le Narrateur…

    (en plus, c’est la saison !)

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