Le jeu japonais du suichuka

Le jeu japonais du suichuka

 

Proust nous étonnera toujours…

Il évoque un divertissement en vogue au Japon dans Du côté de chez Swann.

*Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela que prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

Raconté dans la foulée de la petite madeleine trempée dans du tilleul, c’en est une version imagée.

 

Ce passe-temps existe toujours au Japon où il s’appelle « suichuka » (水中花). Grâce à mon amie Yoko Oriyu, universitaire spécialiste d’Aimé Césaire, voici des informations pour nous aider à mieux comprendre le propos proustien.

Tout d’abord, en fait de bol de porcelaine, il est préférable d’utiliser un verre rempli d’eau pour que sa transparence offre le plus bel effet. Elle m’a même envoyé des illustrations :


Suichuka 1 Suichuka 2 Suichuka 3 Suichuka 4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On trouve des cours pour créer de suichukas, mais pas de magasins où en acheter, sauf sur internet.

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Suichuka 6

 

 

 

 

 

 

 

 

Suichuka 7

 

Ma chère Yoko — qui a fait le voyage d’Illiers-Combray — m’a promis de s’en procurer. Je vous tiens au courant de cette version japonisante de la madeleine. Elle était venue avec un présent éminemment proustien (voir la chronique Cosmopolitisme en Beauce) :

Madeleines japonaises

 

Une interrogation demeure : comment Proust connaissait-il ce jeu ? Dans le même volume, il évoque le « goût japonais », le « dessin japonais », une « lanterne japonaise », la « soie japonaise », la « salade japonaise » (de Francillon, pièce de Dumas fils), enfin des « jardiniers japonais qui pour obtenir une plus belle fleur, en sacrifient plusieurs autres ».

L’époque était friande d’exotisme venu de l’Empire du Soleil levant.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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