La Raspelière, à Combray

La Raspelière, à Combray

 

Oui, vous lisez bien : à Combray !

Je sais lire : dans À la recherche du temps perdu, la Raspelière est un « château », sur une hauteur, dominant à la fois la mer et la vallée, « à deux kilomètres de Balbec » (I) — précision donnée deux fois. Il appartient aux Cambremer. La marquise, née Legrandin, l’appelle « notre vieille » Raspelière. Sa belle-mère possède également le château voisin de Féterne, lui au bord de la mer. Elle s’y est repliée depuis qu’elle a louée la Raspelière aux Verdurin qui y ont fait beaucoup de changements. Le couple, qui espère la racheter, y reproduit ses mercredis. La marquise douairière trouve Féterne « bien mieux » que la Raspelière (IV).

Pour se rendre en train à Feterne, il faut descendre à Doville-Féterne. La station pour la Raspelière est Saint-Martin-le-Vêtu.

 

Mais d’où vient le nom ? Les vieux de la vieille se souviennent que dans un dîner, « il y avait un M. de la Raspelière » (VII). Quant à la propriétaire, elle explique que c’est « une demeure de famille de [s]a grand’mère Arrachepel » (IV) — ou Rachepel. Précision de son fils : « L’histoire veut qu’au onzième siècle, le premier Arrachepel, Macé, dit Pelvilain, ait montré une habileté particulière dans les sièges pour arracher les pieux. D’où le surnom d’Arrachepel sous lequel il fut anobli, et les pieux que vous voyez à travers les siècles persister dans leurs armes (IV). La famille s’est alliée aux Féterne, dont un marquis a joué « un certain rôle dans la guerre des Chouans » (III).

 

Mais que vient donc faire Combray dans cette histoire ? La réponse, je l’ai découverte sur un plan d’Illiers-Combray et de ses environs placardé sur la place Maunoury, devant l’Office de Tourisme.

01 La Raspelière

 

 

 

 

 

 

 

 

Proust a donc trouvé l’inspiration dans la commune de ses vacances d’enfant. La preuve ? Il suffit d’ouvrir le livre de l’abbé J. Marquis, curé de la paroisse du temps de la jeunesse de Marcel, Illiers. Il signale, parmi les « hameaux détruits », La Rachepelière antique seigneurie, dont l’habitation a disparu en 1809. L’historien en soutane confirme qu’Arrachepel signifie « qui arrache les pieux », que l’un s’appelait Macé, et il ajoute joliment : « Depuis longtemps, les derniers vestiges ont été effacés, et aujourd’hui la charrue passe et les moissons croissent sur ce lieu ignoré qui fut la Rachepelière. Ses seigneurs avaient tour à tour possédé la maison de famille, Tansonville et Roussainville. »

Selon les indications du plan, elle doit se trouver ici — ou pas loin :

La Raspelière, 2014 (Photo PL)

La Raspelière, 2014 (Photo PL)

 

 

 

 

 

 

 

 

Par ailleurs, on sait quelles demeures réelles ont servi de modèle pour la fictive Raspelière.

 

Il y a le château de Réveillon, dans la Marne, résidence d’été de Madeleine Lemaire, où Proust a été invité en 1894 et 1895 :

Château de Réveillon

Château de Réveillon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a aussi la villa Les Frémonts, à Cabourg, propriété d’Arthur Baignères, oncle de son camarade de classe Jacques Baignères, où Proust passe une partie de l’automne 1891 ; il y revient en août 1892 alors que le manoir est loué par les Finaly, parents d’Horace, ami du lycée Condorcet :

Villa Les Frémonts

Villa Les Frémonts

 

 

 

 

 

 

 

 

Baladeuse Raspelière…

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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