Fiche — Épouse d’un vieux banquier, l’ (Balbec)

Épouse d’un vieux banquier, l’ [II]

Touriste française

 

Personnage fictif.

 

En vacances à Balbec.

 

 

Elle assied son mari sur un pliant, dehors, à Balbec. Elle hésite entre plusieurs endroits avant de choisir l’exposition face à la digue, abrité du vent et du soleil par un kiosque à musique. Elle va ensuite acheter un journal. Elle le laisse ainsi seul, mais exprès pour lui donner l’illusion, avec de fréquentes et courtes absences, qu’il peut vivre sans aide. Elle ne voit donc pas Andrée sauter par-dessus son mari en se servant de la tribune des musiciens comme tremplin.

 

 

*La femme d’un vieux banquier, après avoir hésité pour son mari entre diverses expositions, l’avait assis, sur un pliant, face à la digue, abrité du vent et du soleil par le kiosque des musiciens. Le voyant bien installé, elle venait de le quitter pour aller lui acheter un journal qu’elle lui lirait et qui le distrairait, petites absences pendant lesquelles elle le laissait seul et qu’elle ne prolongeait jamais au delà de cinq minutes, ce qui lui semblait bien long, mais qu’elle renouvelait assez fréquemment pour que le vieil époux à qui elle prodiguait à la fois et dissimulait ses soins eût l’impression qu’il était encore en état de vivre comme tout le monde et n’avait nul besoin de protection. La tribune des musiciens formait au-dessus de lui un tremplin naturel et tentant sur lequel sans une hésitation l’aînée de la petite bande se mit à courir : elle sauta par-dessus le vieillard épouvanté, dont la casquette marine fut effleurée par les pieds agiles, au grand amusement des autres jeunes filles, surtout de deux yeux verts dans une figure poupine qui exprimèrent pour cet acte une admiration et une gaieté où je crus discerner un peu de timidité, d’une timidité honteuse et fanfaronne, qui n’existait pas chez les autres. «C’pauvre vieux, i m’fait d’la peine, il a l’air à moitié crevé», dit l’une de ces filles d’une voix rogommeuse et avec un accent à demi-ironique. Elles firent quelques pas encore, puis s’arrêtèrent un moment au milieu du chemin sans s’occuper d’arrêter la circulation des passants, en un conciliabule, un agrégat de forme irrégulière, compact, insolite et piaillant, comme des oiseaux qui s’assemblent au moment de s’envoler; puis elles reprirent leur lente promenade le long de la digue, au-dessus de la mer.

Maintenant, leurs traits charmants n’étaient plus indistincts et mêlés. Je les avais répartis et agglomérés (à défaut du nom de chacune, que j’ignorais) autour de la grande qui avait sauté par dessus le vieux banquier; (II, 258-259)

 

 


CATEGORIES : Personnage fictif, Roturier/ière/ AUTHOR : patricelouis

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