Les habitants de Combray sont les…

Les habitants de Combray sont les…

 

Si Illiers n’est pas que réel, Combray n’est pas que fictif !

Ainsi se nomme une petite commune du Calvados— 147 habitants au dernier recensement.

 

Il en a fallu des heures pour pondre la chronique d’hier (pour parler comme Albertine dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs : « Jamais je n’aurais cru Gisèle capable de pondre un devoir pareil. » ; ou comme Oriane à propos de Mme d’Heudicourt dans Le Côté de Guermantes : « Avec ma cousine, il arrive la même chose qu’avec les auteurs constipés qui pondent tous les quinze ans une pièce en un acte ou un sonnet. ») Mon propos d’aujourd’hui est le fruit d’autres recherches pas moins épuisantes.

 

Au XIe siècle, Geoffroi de Combray est un des compagnons de Guillaume le Conquérant.

Née au XVIIIe, Geneviève, marquise de Combray, dame de Tournebut, Champevoye, Baspilière, Aubevoye et autres lieux, est une fervente monarchiste. Contre-révolutionnaire, elle s’engage dans la chouannerie normande, tout comme sa fille Caroline. Fomentant des complots royalistes sous l’Empire, elles sont arrêtées en 1807 et jugées à Rouen.

La mère, « la dame de Combray », est condamnée à vingt-deux ans de réclusion. Elle les passe au bagne et au pilori. Exposée en public, elle est entourée des dames de haute qualité de la ville qui montent une garde d’honneur autour de l’échafaud. Sa condamnation est annulée en août 1814, sous la première Restauration. Louis XVIII érige la seigneurie de Combray en marquisat en sa faveur. Elle meurt en 1829 dans sa 82e année.

Sa fille, Caroline de Combray, a eu moins de chance. Elle meurt guillotinée en 1809.

 

Elles seraient les modèles de personnages de L’Envers de l’histoire contemporaine, d’Honoré de Balzac (1848). Le premier épisode, Madame de la Chanterie, raconte comment Barbe-Philiberte de Champignelles, se marie avec Henri de la Chanterie, futur président du tribunal révolutionnaire et condamné à la chute de Robespierre. Madame de la Chanterie sauve son mari de la prison. Leur fille, Henriette, se marie avec le baron Polydore Bryond des Tours-Minières (le futur Contenson, agent de police secrète) et se laisse traîner par son mari dans une affaire de  chouannerie. Elle est condamnée à mort et exécutée, sa mère est envoyée, elle, en prison mais est rétablie à la Restauration.

 

Voilà pour Combray dont rien n’indique que Marcel Proust ait eu vent de son existence.

Il doit en être autant du château du même nom situé à près de cent kilomètres de là mais toujours dans le Calvados.

 

Fâché avec « Islériens », j’ai donc cherché un nom de substitution pour les habitants d’Illiers-Combray. La gamme existante (Hilairiens, Hilairois, Illiens) étant plus décevante qu’hilarante, j’ai pensé à une création, mais Illiersiens comme Illiersois ou Illiersais ne sont guère convaincants. Quant à Illarréens inspiré du Villaréens des habitants de Villiers, Indre, c’est une impasse.

 

Alors pourquoi ne pas chercher la solution ailleurs ? Le nom complet n’offre pas de solution pertinente : imaginez-vous un gentilé du genre Illierots-Combraysiens ou Combrayto-Illiersians ? Non. Cherchons plutôt dans la seconde partie du nom, Combray ?

 

La piste est intéressante, à plus forte raison si l’on veut bien souvenir que le patronyme complet du neveu d’Oriane de Guermantes est Robert de Saint-Loup-en-Bray, présent neuf fois dans la Recherche, la première dans À l’ombre des jeunes filles en fleursce jeune marquis de Saint-Loup-en-Bray était célèbre pour son élégance —, les Bloch goûtant cette forme — le père l’utilise deux fois et le fils, cinq.

 

Bray apparaît encore dans la bouche de Brichot à propos de l’ancien curé de Combray, féru comme lui d’étymologie, dans Sodome et Gomorrhe : « ses plus grosses bévues viennent moins de son ignorance que de ses préjugés. Si bon Français qu’on soit, faut-il nier l’évidence et prendre Saint-Laurent-en-Bray pour le prêtre romain si connu, alors qu’il s’agit de saint Lawrence o’Toole, archevêque de Dublin ? »

 

Au passage, signalons qu’Hélier de Jersey (croisé dans la chronique d’hier) est mort décapité par des pirates. Les reliques du saint ont été conservées jusqu’à la Révolution française dans une abbaye cistercienne normande, à Beaubec-la-Rosière, créée par Hugues de Gournay. La ville du coin s’appelle toujours Gournay-en-Bray.

 

De quel fonds dispose-t-on ? Le village de la Suisse normande abrite donc des… Eh bien, il n’y a pas de réponse ! J’ai joint la mairie par courriel et par téléphone (elle n’est ouverte qu’une matinée par semaine). J’ai eu une charmante interlocutrice qui avait posé la question en arrivant à ce poste il y a deux ans. Personne n’a su lui répondre. Ma demande lui a fait reposer la question. Les anciens maires consultés n’ont pas été plus utiles. Comme me l’a dit l’employée de mairie : « Le sujet n’avait jamais été évoqué » ! Très coopérante, elle m’a dit avoir contacté la préfecture à la suite de ma démarche. Nous en sommes là : les habitants de Combray n’ont pas de nom.

 

Allons voir ailleurs : à Bray, dans l’Eure, ce sont des Brayens ; àBray, en Belgique wallonne, des Brayois ; à Bray-sur-Seine, en Seine-et-Marne, des Braytois. Le Pays de Bray, cher à Clopine Trouillefou, est peuplé de Brayons et de Brayonnes.

 

Prolongeons et inventons : Combrayards (trop bruyant), Combrayeurs (pareil), Combrayots (trop fayot), Combrayoux (what else ?)… Et quoi encore ? Que choisir ?

 

Quant aux habitants de Cambrai, dans le Nord, ce sont les Cambrésiens. Mais ça n’a rien à voir.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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