Proust 1919, l’affaire Goncourt (1)

Prologue

 

Quel époque !

 

Un sujet s’est glissé derrière le sujet…

 

Ce feuilleton vise à raconter — documents à l’appui — l’histoire de l’attribution du prix Goncourt à un romancier hors norme.

 

Proust sorti, le lot dévoile son ordinaire à nos regards distraits. Au début du siècle passé, les choix des Académiciens révèlent la platitude du paysage romanesque.

Chargés de le magnifier en couronnant les meilleurs, les Académiciens, tout comme les hommes de plume journalistique priés d’en parler, ne déparent pas. Leurs noms se sont évaporés tout comme ceux des écrivains censés demeurer.

 

Sur quels rayons vous retrouver, vainqueurs nommés Moselly (Émile), Leblond (Marius-Ary), Savignon (André), Elder (Marc), Malherbe (Henry) ?

Vous autres, auteurs de Force ennemie, Terres lorraines, Écrit sur de l’eau… ?, rappelez-nous comment vous vous appeliez.

Dans quels fonds êtes-vous engloutis, Bourges (Élémir), Hennique (Léon), Bergerat (Émile), Geffroy (Gustave), augustes académiciens ?

De quels journalistes êtes-vous les modèles, Georges Parville, Jean Pellerin, Jean de Pierrefeu, Émile de Feuquières, Georges de la Fouchardière ?

Quant à vous, finalistes du Goncourt 1919, pourquoi cet effacement ? Sur le vaste internet, aucune photo d’Arnoux (Alexandre) ; pas davantage de Josipovici (Albert), tandis que son compère, Adès (Albert), ne figure qu’en buste sur sa tombe au cimetière de Montparnasse, et du roman de Martinet (Marcel), il n’est pas un exemplaire trouvable.

Qui peut imaginer qu’à propos de Proust, des articles citaient en références Joachim Gasquet, poète aixois ; Louis-Hyacinthe Bouilhet, conservateur de la Bibliothèque de Rouen ; Henri Patin professeur d’éloquence puis de poésie latine ?

 

Face à Marcel Soleil, le roman qui lui est contemporain ressemble à quelque étoile naine et les journaux à des astres morts.

 

On se croirait dans Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand, 1897), quand un bourgeois au théâtre liste à son fils les académiciens présents à l’hôtel de Bourgogne :

« Mais… j’en vois plus d’un membre,

Voici Boudu, Boissat, et Cureau de la Chambre ;

Porchères, Colomby, Bourzeys, Bourdon, Arbaud…

Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c’est beau ! »

 

D’abord consacrées au héros du centenaire de son prix, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, les pages qui suivent parlent aussi de ces lauréats ensevelis sous l’oubli, de ces articles louangeurs ou assassins enterrés sous des signatures. Les exhumer avec gourmandise, c’est montrer le monde qu’a bouleversé l’auteur d’À la recherche du temps perdu.

 

Plus lus du tout, ces messieurs ont disparu sous les décombres de l’affaire Goncourt.

Lu ou pas, Proust, lui, est resté, luisant en son firmament.

 

Outre les incontournables spécialistes de Proust (de Painter à Tadié) dont je me suis nourri, j’ai aussi puisé dans l’encyclopédique Wikipédia et utilisé l’indispensable site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France pour les articles de la presse de 1919

 

Premier épisode vendredi, Une France bouleversée.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Feuilleton/ AUTHOR : patricelouis

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