Mortelle canicule

Mortelle canicule

 

Qui plus que le Héros de la Recherche peut témoigner des dangers de la chaleur en folie pour les personnes âgées ? Sa grand’mère en est morte !

 

*À cause de la façon dont était morte ma grand’mère, le sujet m’intéressait et j’avais lu récemment dans un livre d’un grand savant que la transpiration était nuisible aux reins en faisant passer par la peau ce dont l’issue est ailleurs. Je déplorais ces temps de canicule par lesquels ma grand’mère était morte et n’étais pas loin de les incriminer. Je n’en parlai pas au docteur E…, mais de lui-même il me dit : « L’avantage de ces temps très chauds, où la transpiration est très abondante, c’est que le rein en est soulagé d’autant. » La médecine n’est pas une science exacte. IV

 

Lui-même en a souffert lors d’une sortie avec Albertine autour de Balbec.

*La première fois nous prîmes un petit chemin de fer dans la direction opposée à Féterne, c’est-à-dire vers Grattevast. Mais c’était la canicule et ç’avait déjà été terrible de partir tout de suite après le déjeuner. J’eusse mieux aimé ne pas sortir si tôt ; l’air lumineux et brûlant éveillait des idées d’indolence et de rafraîchissement. Il remplissait nos chambres, à ma mère et à moi, selon leur exposition, à des températures inégales, comme des chambres de balnéation. Le cabinet de toilette de maman, festonné par le soleil, d’une blancheur éclatante et mauresque, avait l’air plongé au fond d’un puits, à cause des quatre murs en plâtras sur lesquels il donnait, tandis que tout en haut, dans le carré laissé vide, le ciel, dont on voyait glisser, les uns par-dessus les autres, les flots moelleux et superposés, semblait, à cause du désir qu’on avait, (soit situé sur une terrasse ou, vue à l’envers dans quelque glace accrochée à la fenêtre) une piscine pleine d’une eau bleue, réservée aux ablutions. Malgré cette brûlante température, nous avions été prendre le train d’une heure. Mais Albertine avait eu très chaud dans le wagon, plus encore dans le long trajet à pied, et j’avais peur qu’elle ne prît froid en restant ensuite immobile dans ce creux humide que le soleil n’atteint pas. D’autre part, et dès nos premières visites à Elstir, m’étant rendu compte qu’elle eût apprécié non seulement le luxe, mais même un certain confort dont son manque d’argent la privait, je m’étais entendu avec un loueur de Balbec afin que tous les jours une voiture vînt nous chercher. Pour avoir moins chaud nous prenions par la forêt de Chantepie. IV

 

Une seule solution quand le soleil frappe trop fort : rester à l’ombre des jeunes filles en fleurs !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : J’avoue sans peine avoir piqué l’idée de l’ombre à Sukinaniho, Japonaise (ou japonisante) sur Twitter :

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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