Pâlichonne Recherche

Pâlichonne Recherche

 

Admirez cette photo prise hier au Musée Marcel Proust d’Illiers-Combray :

 

Voyez comme le soleil a terni la couverture de ce tome de la Recherche, comme les lettres s’effacent sous l’action de la lumière. Ce n’est pas n’importe lequel : Le Temps retrouvé, soit le dernier de l’œuvre.

 

Mieux que les pesants discours, ce cliché illustre ce qui se vend et ce qui reste dans les rayons quand on parle de Proust.

 

Je m’étais astreint, dans une ancienne chronique, à comptabiliser les lecteurs qui le lisent jusqu’à la dernière ligne.

J’avais une base d’un million pour les sept exemplaires du monument littéraire disponibles au lectorat.

Sans état d’âme, j’en avais retranché la moitié correspondant aux exemplaires ouverts pour des premières pages jugées rebutantes et qui tombent donc des mains du lecteur ou de la lectrice qui ne les rouvriront jamais pour la quasi totalité.

 

J’en arrivais donc à 500 000 livres que l’on peut découper aisément. Les spécialistes s’accordent à estimer que 50 % de celles et ceux qui finissent le premier tome s’arrêtent là et qu’encore 50 % des restants n’ouvrent pas le troisième tome. La décroissance ensuite ralentit (on entre dans le groupe des fidèles) mais continue (tous ne sont pas des mordus). Ce découpage pose comme postulat qu’on ne lit pas les derniers tomes sans avoir lu les premiers.

 

Détaillons alors :

Du côté de chez Swann : 500 000 lectures ;

À l’ombre des jeunes filles en fleurs : 250 000 ;

Le Côté de Guermantes : 125 000 ;

Sodome et Gomorrhe : 100 000

La Prisonnière : 80 000 ;

La Fugitive : 70 000 ;

Le Temps retrouvé : 66 000.

 

Résultat définitif : sachant que nous sommes 66 millions de Français, il s’en trouve 1 % pour avoir lu toute la Recherche — du moins théoriquement. Seulement, il faut intégrer les achats effectués par les étrangers que nous évoluerons à 15 %. Et, finalement, 44 000 lectures intégrales représentent 0,7 des compatriotes de Proust qui l’ont lu.

 

Cette démonstration — osée mais crédible —, je l’ai retrouvée en allant payer mon inscription à la Journée des Aubépines du 19 mai prochain. La vitrine de la maison de tante Léonie propose plusieurs éditions d’À la recherche du temps perdu, dont celle de la NRF.

Les premiers tomes :

 

Les derniers :

(Photos PL)

 

 

Eh oui, plus ça avance, moins ça se vend ainsi que le montrent les couvertures.

Plus elles sont intactes, plus il y a renouvellement. Plus elles sont pâles et moins les livres se vendent.

 

Lumineux, non ?

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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