Centenaires

Centenaires

 

Un an de répit avant de renouer avec les centenaires proustiens… Qui se souvient de celui de sa naissance, marqué par l’incroyable changement de nom de la commune de tante Léonie ? La célébration du siècle du premier tome de la Recherche a eu lieu il y a cinq ans. Pour le deuxième, celui du Goncourt, ce sera l’an prochain. Suivront, en 2020, Le Côté de Guermantes (25 octobre), en 2021, Sodome et Gomorrhe I (2 mai), en 2022, Sodome et Gomorrhe II (2 mai). Et naturellement, le 18 novembre de dans quatre ans, le centenaire de la mort de Proust.

Un an pour souffler, donc, avant de souffler ces bougies. Ce n’est pas de trop pour réfléchir, proposer et échanger sur les meilleures façons de fêter l’écrivain. Clopine Trouillefou avait avancé l’idée de la constitution d’un « Comité pour le centenaire » de la disparition de notre cher Marcel. Elle invitait à « voir grand » : « Pourquoi pas mobiliser la haute-couture pour l’évocation des robes de Fortuny, un ou deux grands chefs pour la gastronomie, deux ou trois metteurs en scène pour parsemer Illiers-Combray des tableaux évoqués dans l’œuvre, une représentation racinienne pour rappeler la Berma, etc., etc. ? »

Même si l’œuvre est avare en occurrences de « centenaire » (mais pas totalement muette), la pompe est amorcée pour des célébrations en grandes pompes.

 

Et voilà que — les grands esprits étant appelés à se rencontrer — que j’ai été contacté par un monsieur charmant et fort urbain pour échanger sur le centenaire du Goncourt. Il a un nom a particule et sa carte de « conseiller spécial » concerne un département voisin mais c’est bien au titre de celui qui abrite Illiers-Combray qu’il a voulu me voir.

La rencontre (au sommet) a eu lieu dans un restaurant de la place (de l’Église) hier. Nous nous sommes utilement frotté nos cerveaux. Sa besace d’idées était loin d’être vide et mes propres réflexions lui serviront peut-être.

 

En tous cas, sur un but fixé, le chemin reste à tracer et nous apporterons nos pierres. Promis juré.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

Les extraits

*— Croyez-vous que cet impertinent jeune homme, dit-il en me désignant à Mme de Surgis, vient de me demander, sans le moindre souci qu’on doit avoir de cacher ces sortes de besoins, si j’allais chez Mme de Saint-Euverte, c’est-à-dire, je pense, si j’avais la colique. Je tâcherais en tous cas de m’en soulager dans un endroit plus confortable que chez une personne qui, si j’ai bonne mémoire, célébrait son centenaire quand je commençai à aller dans le monde, c’est-à-dire pas chez elle. Et pourtant, qui plus qu’elle serait intéressante à entendre ? Que de souvenirs historiques, vus et vécus du temps du Premier Empire et de la Restauration, que d’histoires intimes aussi qui n’avaient certainement rien de « Saint », mais devaient être très « Vertes », si l’on en croit la cuisse restée légère de la vénérable gambadeuse. Ce qui m’empêcherait de l’interroger sur ces époques passionnantes, c’est la sensibilité de mon appareil olfactif. La proximité de la dame suffit. Je me dis tout d’un coup : « Oh ! mon Dieu, on a crevé ma fosse d’aisances », c’est simplement la marquise qui, dans quelque but d’invitation, vient d’ouvrir la bouche. Et vous comprenez que si j’avais le malheur d’aller chez elle, la fosse d’aisances se multiplierait en un formidable tonneau de vidange. Elle porte pourtant un nom mystique qui me fait toujours penser avec jubilation, quoiqu’elle ait passé depuis longtemps la date de son jubilé, à ce stupide vers dit « déliquescent » : « Ah ! verte, combien verte était mon âme ce jour-là… » Mais il me faut une plus propre verdure. On me dit que l’infatigable marcheuse donne des « garden-parties », moi j’appellerais ça « des invites à se promener dans les égouts ». Est-ce que vous allez vous crotter là ? demanda-t-il à Mme de Surgis, qui cette fois se trouva ennuyée. Car voulant feindre de n’y pas aller, vis-à-vis du baron, et sachant qu’elle donnerait des jours de sa propre vie plutôt que de manquer la matinée Saint-Euverte, elle s’en tira par une moyenne, c’est-à-dire l’incertitude. Cette incertitude prit une forme si bêtement dilettante et si mesquinement couturière, que M. de Charlus, ne craignant pas d’offenser Mme de Surgis, à laquelle pourtant il désirait plaire, se mit à rire pour lui montrer que « ça ne prenait pas ». IV

 

*[Journal inédit des Goncourt] après le déjeuner, tout le monde sortait, même les jours de grains, dans le coup de soleil, le rayonnement d’une ondée lignant de son filtrage lumineux les nodosités d’un magnifique départ de hêtres centenaires qui mettaient devant la grille le beau végétal affectionné par le XVIIIe siècle, et d’arbustes ayant pour boutons fleurissants, dans la suspension de leurs rameaux, des gouttes de pluie. VII

 

*Le vieillissement, d’ailleurs, ne se marquait pas pour tous d’une manière analogue. Je vis quelqu’un qui demandait mon nom, on me dit que c’était M. de Cambremer. Et alors pour me montrer qu’il m’avait reconnu : « Est-ce que vous avez toujours vos étouffements ? » me demanda-t-il, et sur ma réponse affirmative : « Vous voyez que ça n’empêche pas la longévité », me dit-il, comme si j’étais décidément centenaire. VII

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Tenez-nous au courant (avec bougie ou électricité, pour rappeler le billet d’hier !)

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