Cabinet particulier

Cabinet particulier

 

Appelé une fois « petite pièce » et deux « cabinet », il sent toujours l’iris. Le Héros s’y enferme pour autre chose que pour son usage « spécial » et « vulgaire » — pas plus racontable.

Tel est cet endroit au dernier étage de la maison de tante Léonie à Combray. S’il sent si bon, c’est parce qu’il est environné d’iris et qu’un cassis sauvage se glisse à l’intérieur par la fenêtre. Au loin on peut voir (sauf si on est déjà assis !) la tour du donjon de Roussainville-le-Pin.

Peu inspiré par le paysage et pas venu pour des besoins naturels, le Héros, jeune, s’y applique à des occupations variées : il lit, rêve, pleure et… se masturbe. Désolé, mais c’est le mot approprié, même si Proust le traduit par « volupté » et évoque la route qu’il se fraye en lui-même avec la conséquence qu’il décrit en termes animaliers…

 

Aujourd’hui, dans la demeure littéraire d’Illiers-Combray, cette pièce n’est pas dans le circuit qui mène de la cuisine à la chambre de tante Léonie. Celle qui se trouve sur le parcours n’est ni indiquée ni sous les combles.

Moi, je l’ai découverte à l’occasion d’une de ces réunions aussi savantes que chaleureuses que la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray (Sampac) organise.

Bravant l’interdit de prendre des photos, l’un des participants m’a fait parvenir trois clichés pris à ses risques et périls.

 

La porte discrète au rez-de-chaussée.

 

L’intérieur.

 

L’extérieur tel qu’on le devine, rideau ouvert.

(Photos X.)

 

Ce « petit endroit » ou « n° 100 » (expressions que l’on peut lire dans Sodome et Gomorrhe) est propre et bien entretenu. De nos, jours, si l’on veut y humer les senteurs de l’iris, il faut se munir du déodorant idoine.

 

Demain, un autre cabinet à part.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*je montais sangloter tout en haut de la maison à côté de la salle d’études, sous les toits, dans une petite pièce sentant l’iris, et que parfumait aussi un cassis sauvage poussé au dehors entre les pierres de la muraille et qui passait une branche de fleurs par la fenêtre entr’ouverte. Destinée à un usage plus spécial et plus vulgaire, cette pièce, d’où l’on voyait pendant le jour jusqu’au donjon de Roussainville-le-Pin, servit longtemps de refuge pour moi, sans doute parce qu’elle était la seule qu’il me fût permis de fermer à clef, à toutes celles de mes occupations qui réclamaient une inviolable solitude : la lecture, la rêverie, les larmes et la volupté. I

*Hélas, c’était en vain que j’implorais le donjon de Roussainville, que je lui demandais de faire venir auprès de moi quelque enfant de son village, comme au seul confident que j’avais eu de mes premiers désirs, quand au haut de notre maison de Combray, dans le petit cabinet sentant l’iris, je ne voyais que sa tour au milieu du carreau de la fenêtre entr’ouverte, pendant qu’avec les hésitations héroïques du voyageur qui entreprend une exploration ou du désespéré qui se suicide, défaillant, je me frayais en moi-même une route inconnue et que je croyais mortelle, jusqu’au moment où une trace naturelle comme celle d’un colimaçon s’ajoutait aux feuilles du cassis sauvage qui se penchaient jusqu’à moi. I

*Pourtant j’étais heureux de me dire que ce bonheur vers lequel se tendaient toutes mes forces alors, et que rien ne pouvait plus me rendre, eût existé ailleurs que dans ma pensée, en réalité si près de moi, dans ce Roussainville dont je parlais si souvent, que j’apercevais du cabinet sentant l’iris. VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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