« Docteur Dieu »

« Docteur Dieu »

 

Il s’appelait Samuel Pozzi… Il est né à Bergerac en 1846, issu d’une famille d’origine italienne. Il fait sa médecine à Paris, devient externe des Hôpitaux puis interne. Pendant la guerre de 1870, il découvre sa vocation dans la traumatologie guerrière. Docteur puis agrégé, il devient chirurgien des hôpitaux en 1877. Il vulgarise les pansements antiseptiques, et imagine de nombreux procédés de désinfection des plaies. Les années passant, il se consacre de plus en plus à la gynécologie dont il est un des pionniers. Il est élu membre de l’Académie de Médecine en 1896.

Réputé, le docteur Pozzi est accueilli dans le monde, fréquentant les salons de Mme Straus, de Mme Aubernon de Nerville, de la princesse Mathilde, de Mme Arman de Caillavet et de la comtesse Potocka.

Ses clients ne sont pas moins célèbres. Il soigne Robert de Montesquiou, le prince Edmond de Polignac, Anatole France, Leconte de Lisle, Jean Lorrain, les Rothschild, John Singer Sargent et… Marcel Proust familier qu’il est de son père. Il rencontré Marcel dans un dîner donné par ses parents en 1886. En 1914, c’est lui qui procure à l’écrivain la dispense qui lui permet de ne pas être envoyé au front.

Mari volage, il a de nombreuses maîtresses dont Réjane et Sarah Bernhardt En 1915, il ne peut se résoudre à amputer « la Divine » victime de la gangrène et c’est un autre chirurgien qui lui coupe la jambe droite au-dessus du genou.

Samuel Pozzi meurt en 1918, assassiné dans son cabinet parisien par un de ses patients frappé de démence qui lui crible l’abdomen de plusieurs balles de pistolet.

Samuel Pozzi, par John Singer Sargent

Son surnom de « Docteur Dieu », donné par Sarah Bernhardt, lui survit et Proust le transmet au docteur Cottard dont il a été l’un des modèles. La formule se retrouve attribuée à Mme Verdurin :

*— Vous savez, il est charmant, dit Mme Verdurin, il a un joli côté de bonhomie narquoise. Et puis il a ramené mon mari des portes du tombeau quand toute la Faculté l’avait condamné. Il a passé trois nuits près de lui, sans se coucher. Aussi Cottard pour moi, vous savez, ajouta-t-elle d’un ton grave et presque menaçant, en levant la main vers les deux sphères aux mèches blanches de ses tempes musicales et comme si nous avions voulu toucher au docteur, c’est sacré ! Il pourrait demander tout ce qu’il voudrait. Du reste, je ne l’appelle pas le Docteur Cottard, je l’appelle le Docteur Dieu ! Et encore en disant cela je le calomnie, car ce Dieu répare dans la mesure du possible une partie des malheurs dont l’autre est responsable. IV

 

Marcel Proust adresse une lettre à Mme Straus au lendemain de la mort du Professeur Pozzi :

« J’ai depuis bien connu Pozzi qui venait souvent dîner à la maison quand j’avais quinze ans et mon premier dîner en société a été chez lui, été place Vendôme.

En ce moment, plus que la douleur, je ressens la singularité effrayante de ce drame qui m’a fait penser au ravage de ces villes détruites pendant la guerre comme Soissons… je pense à sa bonté, à sa générosité, à son talent, à sa beauté et puis à mon frère qui aimait et vénérait Pozzi.

J’ai écrit une longue lettre à son fils mais, quant à sa femme, ne sachant pas quelles étaient leurs relations, vous savez que je n’ai jamais aimé les ragots et les potins sur un sujet aussi sensible que la mort. Donc, je n’arrive pas à me décider comment il me faut agir avec elle dans ce domaine. »

 

Le dernier paragraphe est divin !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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