Proust au cinéma : La grande bellezza

Proust au cinéma : La grande bellezza

 

La grande bellezza est une comédie dramatique de l’Italien Paolo Sorrentino (2013).

Jep Gambardella (Toni Servillo) est un écrivain désabusé et séduisant qui parcourt les évènements mondains romains. Auteur d’un seul ouvrage, L’apparato umano (L’Appareil humain), il est devenu journaliste et critique de théâtre, n’écrivant plus de livre depuis quarante ans, par paresse ou par goût des mondanités.

Le film raconte la recherche de sens de Jep, entre balades dans Rome, fêtes, amour, sexe, esthétisme, souvenirs, mort et religion.

 

Deux scènes y évoquent Proust.

Un dialogue entre deux personnages, à la fête organisée pour l’anniversaire du personnage principal :

— Et toi, tu en es où ?

— Je vais laisser tomber le cinéma. Dans ce pays de merde, on n’écrit pas de bons rôles féminins. Je vais me concentrer sur mon premier roman, un truc proustien.

— C’est vrai ? Proust est mon écrivain préféré.

 

Un échange au restaurant entre le personnage principal et un jeune homme très névrosé :

— Andrea. Tu es avec ta mère ?

— Elle se gare.

— Comment vas-tu ?

— Mal. Proust écrit que la mort pourrait nous cueillir cet après-midi. Il fait peur, Proust. Pas demain ou dans un an, mais cet après-midi

— Maintenant, c’est le soir. L’après-midi, ce sera demain.

— Et Tourgueniev : « La mort avait jeté son regard sur moi, me remarquant »

— Ne prends pas ces écrivains trop au sérieux.

— Si je ne prends pas Proust au sérieux, qui alors ?

 

Au-delà de ces évocations, Anne-Marie Baron, dans L’École des Lettres, voit dans cette œuvre une influence du grand Marcel : « La Grande Bellezza est surtout un film proustien qui pourrait s’intituler Le Temps retrouvé. Revenu de tout, Jep observe sans indulgence la mascarade tragique de ses contemporains. Ses fêtes où se joue la comédie du néant ressemblent à celle où Marcel ne reconnaît plus ses anciens amis défigurés par l’âge. Face à la corruption générale, qui n’épargne ni l’Église ni la société civile, Jep est hanté par le souvenir d’un amour de jeunesse auquel il se raccroche. Car seules la pureté enfantine, l’innocence des amours adolescentes méritent qu’il sorte de sa paresse et de son dégoût, qu’il exorcise par une construction de mots la peur du vide qui n’oublie personne. Et, comme pour Proust, c’est le souvenir qui va déclencher le processus d’écriture. »

 

À vous de juger.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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