Il y a plus long que la Recherche

Il y a plus long que la Recherche

 

Pourquoi ce procès ? Ceux qui ne l’ont pas lue considèrent que l’œuvre de Marcel Proust est interminable. Leur verdict est sans appel : trop long ! Qu’importe l’ivresse, pourvu qu’on puisse condamner le flacon.

 

Certes, À la recherche du temps perdu est un livre considérable par le nombre de ses mots : 1 219 967 mots, même si, séparément, ses sept parties sont raisonnables :

Du côté de chez Swann : 167 494

À l’ombre des jeunes filles en fleurs : 205 910

Le Côté de Guermantes : 228 646

Sodome et Gomorrhe : 208 261

La Prisonnière : 160 129

La Fugitive : 106 542

Le Temps retrouvé : 142 995

 

Les experts en « le plus long » — pont, mot, baiser, film, nombre premier, etc. — s’accordent, côté romans français, à attribuer la palme de la longueur à Artamène ou le Grand Cyrus (1649-1653), de Madeleine et Georges de Scudéry, 10 volumes 2 100 000 mots.

 

Si Proust bat de 200 000 mots Les Mohicans de Paris d’Alexandre Dumas, ce dernier a écrit deux cent soixante volumes ; 174 pièces d’Eugène Labiche ont été jouées ; Les Voyages extraordinaires de Jules Verne comportent 68 romans et Les Hommes de bonne volonté de Jules Romains totalisent 27 volumes.

 

Au passage, avec ses près de 2 600 personnages, Proust ne rivalise pas avec Saint-Simon (8 500personnages) ou Honoré de Balzac (12 200 personnages), mais la Bible fait pâle figure (la Bible (300 personnages, dont 5 Marie (la mère de Jésus, celle de Jacques, de Bétanie, de Magdala et Salomé ; les septante disciples comptant pour un tout comme les quatre cavaliers de l’Apocalypse).

 

Précisément, si l’on intègre les lettres étrangères, Shakespeare écrase ce pauvre Marcel avec ses 37 œuvres dramatiques : 11 tragédies, 12 comédies, 9 pièces historiques plus 5 romances tardives sans compter les poèmes et les œuvres perdues.

Jane Austen et ses six romans en 2 500 pages soutient la comparaison avec les sept de la Recherche, mais J.K. Rowling les écrase tous deux avec plus de 4 000 pages en sept tomes des aventures de Harry Potter. Et l’on affirme que la génération internet ne lit plus !

Les Mille et Une Nuits — « Ce serait un livre aussi long que Les Mille et une Nuits peut-être, mais tout autre » confie le Héros dans Le Temps retrouvé — sont dans les mêmes eaux. Petits bras, Tolstoï, avec Guerre et Paix, et Hugo, avec Les Misérables ne proposent qu’un demi-million de mots pour chacune de ces deux œuvres. On taira le poids des écrits complets du père Victor, correspondance comprise, tandis que celles de Voltaire et de Sand comptent plus de 20 000 lettres chacune.

 

Curieusement, il faut aller chercher du côté de la littérature criminelle pour avoir le tournis :

Sir Arthur Conan Doyle : 4 romans, 56 nouvelles d’enquêtes de Sherlock Holmes.

Agatha Christie : 66 romans, 154 nouvelles, 20 pièces de théâtre de celles d’Hercule Poirot et de Miss Marple.

Georges Simenon : 103 épisodes de Maigret dans 75 romans et 28 nouvelles.

Frédéric Dard : 175 volumes de San Antonio.

Jean Bruce : 88 aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath, agent secret codifié OSS 117 ; son épouse Josette en écrit 143 ; sa fille et son gendre, Martine et François, en signent 24. Total : 255.

Gérard de Villiers : 200 aventures de Marko Linge, agent de la CIA et prince autrichien, alias SAS.

Ian Fleming : 12 romans et 9 nouvelles de James Bond 007.

James Hadley Chase : 42 romans policiers sans compter les 13 sous la signature de Raymond Marshall et celui sous le nom d’Ambrose Grant.

 

Alors, Proust, c’est de la petite bière ! Et que les inquiets se rassurent car la Recherche aurait pu s’allonger, de l’aveu même de l’auteur dans une notation glissée dans Sodome et Gomorrhe : « Les proportions de cet ouvrage ne me permettent pas d’expliquer ici à la suite de quels incidents de jeunesse M. de Vaugoubert était un des seuls hommes du monde (peut-être le seul) qui se trouvât ce qu’on appelle à Sodome être « en confidences » avec M. de Charlus. »

 

Enfin, je connais des livres courts dont on ne voit pas la fin !

Qu’importe la longueur pourvu qu’on ait l’ivresse.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Il y a plus long que la Recherche”

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  1. Un autre critère de comparaison pourrait être le rapport nombre de mots/temps mis à les écrire ou nombre de mots écrits par jour par exemple. Proust ayant mis environ quinze ans pour écrire la Recherche, ça donnerait 223 mots par jour. A première vue, ça ne paraît pas surhumain. Bien sûr, il y a tout le reste, brouillons, lettres…

  2. C’est surement dans la science-fiction que l’on retrouve les plus longue série, en France G-J Arnaud et les 98 épisodes de La Compagnie des glaces bat tout le monde même la série allemande Perry Rodhan et ses 2600 épisodes mais écrit depuis 1961 par plusieurs auteurs.

    • Bienvenue parmi les contributeurs à Alain Le Mouël… Il s’agit du directeur de l’Hôtel du Parc à Cabourg, établissement fort agréable. L’homme est attachant avec son passé de libraire à Paris (dans l’une des quatre librairies Gallimard) et à Montréal.
      Je le quitte à peine (oui, merci, je suis bien de retour à Illiers-Combray) et le voici déjà sur ce blogue. J’ai plaisir à le recevoir comme il m’a reçu — chaleureusement.

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