Brichot m’a rendu visite

Brichot m’a rendu visite

 

Pas le pédant, le féru.

C’est le mollet ferme que j’ai rencontré Francis Robin (voir la chronique Bicyclette, vélocipède et bécane). Ce passionné de cycles a honoré sa promesse de venir me voir, en pédalant, à Illiers-Combray. Nous avons échangé sur nos sujets de prédilection — le vélo pour lui, Proust pour moi.

 

Je l’ai emmené au Pré Catelan.

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Dans ce haut-lieu proustien, l’ami Francis m’a appris que son homonyme du bois de Boulogne avait été conçu dans les années 1850 et confié à la ville de Paris au début de la décennie suivante.

Celui que l’oncle de Marcel, Jules Amiot, a dessiné et ouvert date de 1860. Un doute me saisit sur son nom parvenu jusqu’à nous : j’ignore quand ce monsieur a nommé son jardin — privé mais, semble-t-il, ouvert aux enfants du village pour qu’ils y jouent (des lumières me seraient utiles).

 

Si je compare M. Robin à Brichot, c’est qu’il partage avec lui une partie de son système pileux (le professeur à la Sorbonne a, certes, le « menton » et les « lèvres rasés », mais aussi des « favoris de maître d’hôtel ».

En réalité, c’est surtout leur même passion pour l’étymologie qui m’a frappé. Président de ParisVelocipedia (parisvelocipedia.fr/) — excusez du peu —, mon visiteur est l’auteur d’un Traité de Cyclonomie, sous-titré Les principaux noms des deux-roues en France avant 1900 : origine, analyse et diffusion dans le monde.

Au fil de ses trente-six pages, illustrées de documents d’époque, il raconte qu’à l’origine, il y eut le « vélocifère » (1803), puis le « célérifère » (1817), le « vélocipède de Drais » (1818), « l’omnibus tricycle » (1828), l’« hexacycle » (1840), le « bitricycle » (1863), le « vélocipède de Michaux » (1864), le « véloce » (1867, le « bicycle » (1868), le « vélo » (1869), « The Bicyclette » (1880) et la « bicyclette », française (1886).

Ah, ces bicyclettes si chères aux jeunes filles en fleurs, à Balbec ou au bois de Boulogne…

 

Ses travaux l’ont mené fort loin comme le montre cette illustration :

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Le professeur Robin explique encore comment vélo et bicyclette sont des « parasynonymes ». Il cite une strophe d’Edmond Haraucourt dans Le Cycle du 18 août 1895 avec la première attestation de « petite reine » en relation avec les vélocipèdes : « Ainsi parée, elle apparaît / Sur les routes de la forêt / La petite Reine à deux roues, / Cyclant sans bruit, cyclant, / cyclant ».

Il liste enfin cent vingt-six traductions de bicyclette : « berniclette » en angevin, « velasiped » en biélorusse, « bekani » en comorien, « sihkkelat » en lapon, « velociped » en russe, « bakan » en tchadien… tandis que deux importants pays d’Europe n’utilisent pas de mots d’origine française pour la bicyclette, l’Allemagne (« Fahrrad ») et la Pologne (« Rower »).

 

L’ivresse étymologique de l’auteur de cette Recherche du cycle perdu n’est pas exclusive. Il a promis de m’envoyer les mille mots gaulois encore présents dans notre français. Ah, nos ancêtres les mots gaulois ! Garçon, resservez-moi une cervoise.

 

Avant de remonter sur son vélo, regardant sa carte routière, Francis Robin s’est extasié devant le nom du village du coin, Yys, se promettant sûrement de rechercher l’étymologie de ce nom de trois lettres dont deux y.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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