Bigre, bougre, etc…

Bigre, bougre, etc…

 

Les jurons sont bien pâlichons dans la Recherche

Rien de plus violent que « bigre ! », « bougre ! », diable (et ses variantes : comment diable, du diable, que diable), Dieu (id. : crénom de, nom de, tonnerre de), « jarniguié », « goddam », « nom d’une pipe », « saperlipopette », « sapristi », « Tonnerre de Brest », « Zeus » (et ses variantes : par le Kronîon, mille tonnerre de), « zut ».

Le tout est délicieusement désuet.

 

Qui jure chez Proust ?

Un Anglais : goddam (attribué)

Un avocat : diable

Bloch : Zeus

Bloch père : Bougre (2 fois)

Mme Bontemps : zut (2 fois)

Brichot : Dieu ; Zeus

Cambremer : diable

Les célibataires de l’Art : Dieu ; nom d’une pipe

Cottard : diable ; cré nom ; nom d’une pipe (2 fois) ; saperlipopette ; sapristi ; Tonnerre de Brest

Forcheville : Bigre (2 fois), saperlipopette

Goncourt : diable

Le grand-père du Héros : diable

Basin de Guermantes : diable (5 fois) ; Dieu (2 fois)

Oriane de Guermantes : diable ; sapristi

Palamède de Guermantes : diable ; sapristi

Le Héros : sapristi ; zut (5 fois)

Certains militaires, certains diplomates homosexuels : Dieu

On : sapristi

Un paysan : jarniguié (attribué)

Le premier président : sapristi

La princesse Sherbatoff : diable

Swann : bigre (attribué) ; sapristi

Le prince von : diable ; sapristi

 

Les jurons les plus proférés : diable 14 fois), sapristi (8), zut (7), Dieu (4), nom d’une pipe (3), bigre (3) ; saperlipopette (2), bougre (2).

Ceux qui jurent le plus : Cottard et le duc de Guermantes (7 fois).

 

Suite, demain, avec fiche et foutre !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

Bigre

*[Forcheville sur Tiche :] Monsieur a une facilité de parole, une mémoire ! avait-il dit à Mme Verdurin quand le peintre eut terminé, comme j’en ai rarement rencontré. Bigre ! je voudrais bien en avoir autant. I

*— Je vais jouer la phrase de la Sonate pour M. Swann, dit le pianiste.

— Ah ! bigre ! ce n’est pas au moins le « Serpent à Sonates » ? demanda M. de Forcheville pour faire de l’effet. I

*« Comme c’est bien de faire doubler son chapeau de vert, dit la duchesse à qui rien n’échappait. D’ailleurs, en vous, Charles, tout est joli, aussi bien ce que vous portez que ce que vous dites, ce que vous lisez et ce que vous faites. » Swann, cependant, sans avoir l’air d’entendre, considérait la duchesse comme il eût fait d’une toile de maître et chercha ensuite son regard en faisant avec la bouche la moue qui veut dire : « Bigre ! » Mme de Guermantes éclata de rire. III

 

Bougre

*M. Bloch père, quand son fils lui avait dit qu’il amènerait à dîner un de ses amis, dont il avait décliné sur un ton de satisfaction sarcastique le titre et le nom : « Le marquis de Saint-Loup-en-Bray» avait éprouvé une commotion violente. «Le marquis de Saint-Loup-en-Bray! Ah ! bougre ! » s’était-il écrié, usant du juron qui était chez lui la marque la plus forte de la déférence sociale. Et il avait jeté sur son fils, capable de s’être fait de telles relations, un regard admiratif qui signifiait : « Il est vraiment étonnant. Ce prodige est-il mon enfant ? » et causa autant de plaisir à mon camarade que si cinquante francs avaient été ajoutés à sa pension mensuelle. Car Bloch était mal à l’aise chez lui et sentait que son père le traitait de dévoyé parce qu’il vivait dans l’admiration de Leconte de Lisle, Heredia et autres « bohèmes ». Mais des relations avec Saint-Loup-en-Bray dont le père avait été président du Canal de Suez ! (ah ! bougre !) c’était un résultat « indiscutable ». II

 

Diable

*Hé bien ! vous voyez, vous ne l’avez pas remercié pour l’Asti », ajouta mon grand-père en se tournant vers ses deux belles-sœurs. « Comment, nous ne l’avons pas remercié ? je crois, entre nous, que je lui ai même tourné cela assez délicatement », répondit ma tante Flora. « Oui, tu as très bien arrangé cela : je t’ai admirée », dit ma tante Céline. « Mais toi tu as été très bien aussi. — Oui j’étais assez fière de ma phrase sur les voisins aimables. — Comment, c’est cela que vous appelez remercier ! s’écria mon grand-père. J’ai bien entendu cela, mais du diable si j’ai cru que c’était pour Swann. Vous pouvez être sûres qu’il n’a rien compris. I

*Cottard disait : « Hé bien, il y avait seulement les maîtres de maison, le duc et la duchesse de Vendôme — (en souriant avantageusement) le professeur et Mme Cottard, et ma foi du diable, si on a jamais su pourquoi, car ils allaient là comme des cheveux sur la soupe, M. et Mme Bontemps. » II

*[Oriane sur Rachel :] — Que diable aussi, on ne nous sort pas des numéros de cette force-là! Si encore cette femme avait du talent, mais elle n’en a et n’en aura jamais aucun. II

*— De quoi palabrent-ils là-bas dans un coin, demanda M. de Guermantes à Mme de Villeparisis en montrant M. de Norpois et Bloch.

— De l’affaire Dreyfus.

— Ah ! diable ! III

*[Le duc de Guermantes :] mais enfin, que diable ! quand on s’appelle le marquis de Saint-Loup, on n’est pas dreyfusard, que voulez-vous que je vous dise ! III

*Et sans doute un naïf, un docteur Cottard, se fût dit : « Voyons, il est là chez moi, c’est lui qui a tenu à venir parce qu’il me considère comme un personnage plus important que lui, il me dit qu’il serait heureux que je sois de l’Académie, les mots ont tout de même un sens, que diable ! sans doute s’il ne me propose pas de voter pour moi, c’est qu’il n’y pense pas. III

*L’hiver suivant, le prince [von] fut très malade, il guérit, mais son cœur resta irrémédiablement atteint. « Diable ! se dit-il, il ne faudrait pas perdre de temps pour l’Institut car, si je suis trop long, je risque de mourir avant d’être nommé. Ce serait vraiment désagréable. » III

*[Le duc de Guermantes à Swann :] Et puis vous, ne vous laissez pas frapper par ces bêtises des médecins, que diable ! Ce sont des ânes. Vous vous portez comme le Pont-Neuf. Vous nous enterrerez tous ! III

*[Le duc de Guermantes à un valet :] « Mon casque est bien arrivé ? — Oui, Monsieur le duc. — Il y a bien un petit trou pour respirer ? Je n’ai pas envie d’être asphyxié, que diable ! IV

*« Le train de Paris est signalé, Monsieur », dit l’employé qui portait les valises. « Mais je ne prends pas le train, mettez tout cela en consigne, que diable ! » dit M. de Charlus en donnant vingt francs à l’employé stupéfait du revirement et charmé du pourboire. IV

*[La princesse Sherbatoff à Cottard après la mort de Dechambre :] M. Verdurin m’a dit qu’il avait eu beaucoup de peine à l’empêcher d’aller à Paris pour la cérémonie ; il a été obligé de lui faire croire que tout se ferait à la campagne. — Ah ! diable, elle voulait aller à Paris. Mais je sais bien que c’est une femme de cœur, peut-être de trop de cœur même. IV

*[M. de Cambremer :] je suis bien allé mille fois à Pont-à-Couleuvre pour lui une, et du diable si j’y ai jamais vu un seul de ces vilains serpents, je dis vilains, malgré l’éloge qu’en fait le bon La Fontaine IV

*il est compréhensible que, dans l’immensité disparate de la bourgeoisie, un avocat dise à quelqu’un qui connaît un de ses camarades de collège : « Mais comment diable connaissez-vous un tel ? » IV

*[Goncourt :] le nom de la rue du Bac – du diable si j’y avais jamais pensé – viendrait du bac sur lequel des religieuses d’autrefois, les Miramiones, se rendaient aux offices de Notre-Dame. VII

 

Dieu

*« Non, Monsieur le duc, il n’est pas encore revenu. — Cré nom de Dieu ! on ne fait jamais ici les choses qu’à la dernière heure », dit le duc à la pensée qu’Amanien avait eu le temps de « claquer » pour un journal du soir et de lui faire rater sa redoute. III

*[Le duc de Guermantes :] Ah ! tonnerre de Dieu, c’est un soir de malheur. Oriane, j’ai oublié de demander à Babal si les souliers à la poulaine étaient pour vous ! — Mais, mon petit, puisque le costumier de l’Opéra-Comique est là, il nous le dira. Moi, je ne crois pas que ça puisse aller avec vos éperons. — Allons trouver le costumier, dit le duc. IV

Cré nom, s’écria le docteur [Cottard], ma femme a oublié de faire changer les boutons de mon gilet blanc. Ah ! les femmes, ça ne pense à rien. Ne vous mariez jamais, voyez-vous », me dit-il. IV

*De chaque côté, une double haie de jeunes professeurs le saluait ; Brichot, désireux de ne pas avoir l’air de poser pour ces jeunes gens, aux yeux de qui il se savait un grand pontife, leur envoyait mille clins d’œil, mille hochements de tête de connivence, auxquels son souci de rester martial et bon Français donnait l’air d’une sorte d’encouragement cordial d’un vieux grognard qui dit : « Nom de Dieu on saura se battre. » V

*En dehors de l’homosexualité chez les gens les plus opposés par nature à l’homosexualité, il existe un certain idéal conventionnel de virilité, qui, si l’homosexuel n’est pas un être supérieur, se trouve à sa disposition, pour qu’il le dénature d’ailleurs. Cet idéal – de certains militaires, de certains diplomates – est particulièrement exaspérant. Sous sa forme la plus basse, il est simplement la rudesse du cœur qui ne veut pas avoir l’air d’être ému, et qui au moment d’une séparation avec un ami qui va peut-être être tué, a au fond une envie de pleurer dont personne ne se doute, parce qu’il la recouvre sous une colère grandissante qui finit par cette explosion au moment où on se quitte : « Allons, tonnerre de Dieu ! bougre d’idiot, embrasse-moi donc et prends donc cette bourse qui me gêne, espèce d’imbécile. » VII

*[Les célibataires de l’Art :] Tonnerre de Dieu, ce que j’entends là c’est exaspérant, c’est mal écrit, mais c’est épastrouillant, ce n’est pas l’œuvre de tout le monde». Encore si risibles que soient ces amateurs, ils ne sont pas tout à fait à dédaigner. VII

 

Jarniguié, goddam

*[Charlus :] les gens incompétents s’imaginent absolument être caractéristiques de ce que vous dites, comme ils croient qu’un paysan ne dit pas deux mots sans ajouter : « jarniguié », ou un Anglais « goddam ». C’est de la conversation pour théâtre des boulevards. V

 

Nom d’une pipe

*Pendant les premières secondes où le petit groupe se fut engouffré dans le wagon, je ne pus même pas parler à Cottard, car il était suffoqué, moins d’avoir couru pour ne pas manquer le train, que par l’émerveillement de l’avoir attrapé si juste. Il en éprouvait plus que la joie d’une réussite, presque l’hilarité d’une joyeuse farce. « Ah ! elle est bien bonne! dit-il quand il se fut remis. Un peu plus ! nom d’une pipe, c’est ce qui s’appelle arriver à pic ! » ajouta-t-il en clignant de l’œil, non pas pour demander si l’expression était juste, car il débordait maintenant d’assurance, mais par satisfaction. IV

*— Nom d’une pipe, j’ai dû perdre mon billet, je ne le retrouve pas », s’écria Cottard sans s’inquiéter d’ailleurs outre mesure. Il savait qu’à Douville, où deux landaus allaient nous attendre, l’employé le laisserait passer sans billet et ne s’en découvrirait que plus bas afin de donner par ce salut l’explication de son indulgence, à savoir qu’il avait bien reconnu en Cottard un habitué des Verdurin. « On ne me mettra pas à la salle de police pour cela, conclut le docteur. IV

*[Les célibataires de l’Art] croient accomplir un acte, en hurlant à se casser la voix : « Bravo, bravo », après l’exécution d’une œuvre qu’ils aiment. Mais ces manifestations ne les forcent pas à éclaircir la nature de leur amour, ils ne la connaissent pas. Cependant celui-ci inutilisé, reflue même sur leurs conversations les plus calmes, leur fait faire de grands gestes, des grimaces, des hochements de tête quand ils parlent d’art. « J’ai été à un concert où on jouait une musique qui, je vous avouerai, ne m’emballait pas. On commence alors le quatuor. Ah ! mais nom d’une pipe ! ça change (la figure de l’amateur à ce moment-là exprime une inquiétude anxieuse comme s’il pensait : « Mais je vois des étincelles, ça sent le roussi, il y a le feu »). VII

 

Saperlipopette

*[Forcheville :] Mme de Crécy voilà une petite femme qui a l’air intelligente, ah ! saperlipopette, on voit tout de suite qu’elle a l’œil américain, celle-là ! I

Saperlipopette, s’écria le docteur Cottard, quand nous fûmes devant la barrière où on prenait les billets et feignant seulement de s’en apercevoir, je ne peux pas retrouver mon ticket, j’ai dû le perdre. » IV

 

Sapristi

*On disait : […] Moi je ne suis pas pour contrarier les vocations artistiques des enfants. Vinteuil non plus à ce qu’il paraît. Et puis lui aussi il fait de la musique avec l’amie de sa fille. Ah ! sapristi on en fait une musique dans c’te boîte-là. I

Et si, au moment d’aller chez elle, montant dans sa voiture avec un ami qu’il devait laisser en route, l’autre lui disait : « Tiens, ce n’est pas Lorédan qui est sur le siège ? », avec quelle joie mélancolique Swann lui répondait :

— Oh ! sapristi non ! je te dirai, je ne peux pas prendre Lorédan quand je vais rue La Pérouse. Odette n’aime pas que je prenne Lorédan, elle ne le trouve pas bien pour moi ; I

*[Oriane sur Rachel :] Si encore cette femme avait du talent, mais elle n’en a et n’en aura jamais aucun. Sapristi ! II

*Le prince [von] se dit, comme quelqu’un qui vient d’essayer d’une autre clef pour une serrure : « Ce n’est pas encore celle-ci », et se sentant un peu essoufflé en reconduisant M. de Norpois, pensa : « Sapristi, ces gaillards-là me laisseront crever avant de me faire entrer. Dépêchons. » III

*Enfin pensez à ma proposition, me dit M. de Charlus avant de me quitter, je vous donne quelques jours pour y réfléchir, écrivez-moi. Je vous le répète, il faudra que je vous voie chaque jour et que je reçoive de vous des garanties de loyauté, de discrétion que d’ailleurs, je dois le dire, vous semblez offrir. Mais, au cours de ma vie, j’ai été si souvent trompé par les apparences que je ne veux plus m’y fier. Sapristi ! c’est bien le moins qu’avant d’abandonner un trésor je sache en quelles mains je le remets. III

*— Ce soir, le marquis et la marquise de Cambremer ! s’écria Cottard. Mais je n’en savais absolument rien. Naturellement je savais comme vous tous qu’ils devaient venir un jour, mais je ne savais pas que ce fût si proche. Sapristi, dit-il en se tournant vers moi, qu’est-ce que je vous ai dit : la princesse Sherbatoff, le marquis et la marquise de Cambremer. » IV

*Et dans le hall, le premier président nous disait : « Ah ! vous allez à la Raspelière ! Sapristi, elle a du toupet, Mme Verdurin, de vous faire faire une heure de chemin de fer dans la nuit, pour dîner seulement. Et puis recommencer le trajet à dix heures du soir, dans un vent de tous les diables. On voit bien qu’il faut que vous n’ayez rien à faire», ajoutait-il en se frottant les mains. IV

*[Le Héros sur son article du Figaro :] Et quand je sentais une défaillance trop grande, me réfugiant dans l’âme du lecteur quelconque émerveillé, je me disais : « Bah ! comment un lecteur peut-il s’apercevoir de cela ? Il manque quelque chose là, c’est possible. Mais, sapristi, s’ils ne sont pas contents ! Il y a assez de jolies choses comme cela, plus qu’ils n’en ont d’habitude. » VI

 

Tonnerre de Brest

*[Cottard :] « Pourquoi : bête comme chou ? Croyez-vous que les choux soient plus bêtes qu’autre chose ? Vous dites : répéter trente-six fois la même chose. Pourquoi particulièrement trente-six ? Pourquoi : dormir comme un pieu ? Pourquoi : Tonnerre de Brest ? Pourquoi : faire les quatre cents coups ? » IV

 

Zeus

*Nous avions connu le détail de ces médisances chacun dès le lendemain, non que nous nous les fussions répétées l’un à l’autre, ce qui nous eût semblé très coupable, mais paraissait si naturel et presque si inévitable à Bloch que dans son inquiétude, et tenant pour certain qu’il ne ferait qu’apprendre à l’un ou à l’autre ce qu’ils allaient savoir, il préféra prendre les devants, et emmenant Saint-Loup à part lui avoua qu’il avait dit du mal de lui, exprès, pour que cela lui fût redit, lui jura « par le Kroniôn Zeus, gardien des serments », qu’il l’aimait, qu’il donnerait sa vie pour lui et essuya une larme. II

*Quant à Brichot, comme il était très brave homme et parfaitement dupe de ce que M. Verdurin disait de sa femme, il redoutait pour son amie les émotions d’un pareil chagrin [après la port de Dechambre]. «Oui, elle sait tout depuis ce matin, dit la princesse, on n’a pas pu lui cacher. — Ah ! mille tonnerres de Zeus, s’écria Brichot, ah ! ça a dû être un coup terrible, un ami de vingt-cinq ans ! En voilà un qui était des nôtres ! IV

 

Zut

*Après une heure de pluie et de vent contre lesquels j’avais lutté avec allégresse, comme j’arrivais au bord de la mare de Montjouvain devant une petite cahute recouverte en tuiles où le jardinier de M. Vinteuil serrait ses instruments de jardinage, le soleil venait de reparaître, et ses dorures lavées par l’averse reluisaient à neuf dans le ciel, sur les arbres, sur le mur de la cahute, sur son toit de tuile encore mouillé, à la crête duquel se promenait une poule. Le vent qui soufflait tirait horizontalement les herbes folles qui avaient poussé dans la paroi du mur, et les plumes de duvet de la poule, qui, les unes et les autres se laissaient filer au gré de son souffle jusqu’à l’extrémité de leur longueur, avec l’abandon de choses inertes et légères. Le toit de tuile faisait dans la mare, que le soleil rendait de nouveau réfléchissante, une marbrure rose, à laquelle je n’avais encore jamais fait attention. Et voyant sur l’eau et à la face du mur un pâle sourire répondre au sourire du ciel, je m’écriai dans mon enthousiasme en brandissant mon parapluie refermé : « Zut, zut, zut, zut. » Mais en même temps je sentis que mon devoir eût été de ne pas m’en tenir à ces mots opaques et de tâcher de voir plus clair dans mon ravissement. I

*[Mme Bontemps :] Madame, c’est encore comme le chef du protocole qui est bossu, c’est réglé, il n’est pas depuis cinq minutes chez moi que je vais toucher sa bosse. Mon mari dit que je le ferai révoquer. Eh bien ! zut pour le ministère ! Oui, zut pour le ministère ! je voulais faire mettre ça comme devise sur mon papier à lettres. Je suis sûre que je vous scandalise parce que vous êtes bonne, moi j’avoue que rien ne m’amuse comme les petites méchancetés. Sans cela la vie serait bien monotone. II

*Si j’essayais de me rendre compte de ce qui se passe en effet en nous au moment où une chose nous fait une certaine impression, […] comme ce jour où en passant sur le pont de la Vivonne, l’ombre d’un nuage sur l’eau m’avait fait crier « Zut alors ! » en sautant de joie… VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et