Proust parle arabe, hébreu et persan

Proust parle arabe, hébreu et persan

 

Aman = garantie donnée à un adversaire qui se soumet d’avoir la vie sauve, d’être pardonné.

*Vaugoubert n’a pas eu à faire face seulement aux intrigues de couloirs mais aux injures de folliculaires à gages qui plus tard, lâches comme l’est tout journaliste stipendié, ont été des premiers à demander l’aman, mais qui en attendant n’ont pas reculé à faire état, contre notre représentant, des ineptes accusations de gens sans aveu. II

 

Casbah = maison

*[M. Verdurin sur Dechambre :] Je dirai plus, dans l’intérêt même de sa réputation il est mort au bon moment, à point, comme les demoiselles de Caen, grillées selon les recettes incomparables de Pampille, vont l’être, j’espère (à moins que vous ne vous éternisiez par vos jérémiades dans cette casbah ouverte à tous les vents). IV

 

Harem = ensemble de femmes vivant dans une partie réservée d’une maison

*[Charlus] dirigeait en cercle sur tous ces jeunes gens réunis un regard tendre et curieux et comptait bien avoir avec chacun le plaisir d’un bonjour tout platonique mais amoureusement prolongé. Je lui retrouvai de nouveau, dans toute la sémillante frivolité dont il fit preuve devant ce harem qui semblait presque l’intimider, ces hochements de taille et de tête, ces affinements du regard qui m’avaient frappé le soir de sa première entrée à La Raspelière, grâces héritées de quelque grand’mère que je n’avais pas connue et que dissimulaient dans l’ordinaire de la vie sur sa figure des expressions plus viriles, mais qui y épanouissait coquettement, dans certaines circonstances où il tenait à plaire à un milieu inférieur, le désir de paraître grande dame. VII

 

Houri = vierge du parais promise au bon musulman, dans le Coran (via le persan)

*[À propos des lilas dans le parc de M. Swann] Quelques-uns, à demi cachés par la petite maison en tuiles appelée maison des Archers, où logeait le gardien, dépassaient son pignon gothique de leur rose minaret. Les Nymphes du printemps eussent semblé vulgaires, auprès de ces jeunes houris qui gardaient dans ce jardin français les tons vifs et purs des miniatures de la Perse. I

 

Mameluck = membre d’une milice formée d’esclaves affranchis au service de souverains musulmans

*[La duchesse de Guermantes sur le fils Iéna :] Il a l’air d’un tapir. Les yeux sont un peu ceux d’une reine Hortense pour abat-jour. Mais il a probablement pensé qu’il serait un peu ridicule pour un homme de développer cette ressemblance, et cela se perd dans des joues encaustiquées qui lui donnent un air assez mameluck. On sent que le frotteur doit passer tous les matins. III

 

Salam = paix ; le mot est utilisé dans les formules courantes de salutation.

*Les Roumains, les Égyptiens et les Turcs peuvent détester les Juifs. Mais dans un salon français les différences entre ces peuples ne sont pas si perceptibles, et un Israélite faisant son entrée comme s’il sortait du fond du désert, le corps penché comme une hyène, la nuque obliquement inclinée et se répandant en grands « salams », contente parfaitement un goût d’orientalisme. III

 

Salamalec = de as salam alaykum, que la paix soit sur vous ; formule de politesse outrée et hypocrite

*Quant à ceux des Courvoisier qui se trouvaient chez Victurnienne au moment de la visite de Mme de Guermantes, l’arrivée de la duchesse les mettait généralement en fuite à cause de l’exaspération que leur causaient les «salamalecs exagérés» qu’on faisait pour Oriane. III

 

Sofa = divan

*Bientôt son amie entra. Mlle Vinteuil l’accueillit sans se lever, ses deux mains derrière la tête et se recula sur le bord opposé du sofa comme pour lui faire une place. Mais aussitôt elle sentit qu’elle semblait ainsi lui imposer une attitude qui lui était peut-être importune. Elle pensa que son amie aimerait peut-être mieux être loin d’elle sur une chaise, elle se trouva indiscrète, la délicatesse de son cœur s’en alarma; reprenant toute la place sur le sofa elle ferma les yeux et se mit à bâiller pour indiquer que l’envie de dormir était la seule raison pour laquelle elle s’était ainsi étendue. I

*Bientôt on vint lui dire que Robert la faisait demander dans un cabinet particulier où, en passant par une autre entrée, il était allé finir de déjeuner sans retraverser le restaurant. Je restai ainsi seul, puis à mon tour Robert me fit appeler. Je trouvai sa maîtresse étendue sur un sofa, riant sous les baisers, les caresses qu’il lui prodiguait. III

*— Le 43 doit être libre », dit le jeune homme qui était sûr de ne pas être tué parce qu’il avait vingt-deux ans. Et il se poussa légèrement sur le sofa pour me faire place. VII

 

… hébreu…

 

Mané, Thécel, Pharès = compté, pesé, divisé

Dans le Livre de Daniel, Balthazar, le dernier roi de Babylone, assiégé par Cyrus dans sa capitale, se livre à une orgie avec ses courtisans. Par une forfanterie d’impiété, il fait servir sur les tables les vases sacrés que Nabuchodonosor avait autrefois enlevés au temple de Jérusalem. Cette profanation à peine commise, le monarque voit avec épouvante une main qui trace sur la muraille, en traits de flamme, ces mots mystérieux : « Mane, Thecel, Phares » («Mené, Teqel et Parsîn » en hébreu soit « compté, pesé, divisé ») que le prophète Daniel, consulté, interprète ainsi : « Tes jours sont comptés ; tu as été trouvé trop léger dans la balance ; ton royaume sera partagé ». Dans la même nuit, en effet, la ville est prise. Balthazar est mis à mort et la Babylonie partagée entre les Perses et les Mèdes.

*Les personnes qui n’aiment pas se reporter comme exemples de cette loi aux messieurs de Charlus de leur connaissance, que pendant bien longtemps elles n’avaient pas soupçonnés, jusqu’au jour où, sur la surface unie de l’individu pareil aux autres, sont venus apparaître, tracés en une encre jusque-là, invisible, les caractères qui composent le mot cher aux anciens Grecs, n’ont, pour se persuader que le monde qui les entoure leur apparaît d’abord nu, dépouillé de mille ornements qu’il offre à de plus instruits, qu’à se souvenir combien de fois, dans la vie, il leur est arrivé d’être sur le point de commettre une gaffe. Rien, sur le visage privé de caractères de tel ou tel homme, ne pouvait leur faire supposer qu’il était précisément le frère, ou le fiancé, ou l’amant d’une femme dont elles allaient dire : « Quel chameau ! » Mais alors, par bonheur, un mot que leur chuchote un voisin arrête sur leurs lèvres le terme fatal. Aussitôt apparaissent, comme un Mané, Thécel, Pharès, ces mots : il est le fiancé, ou : il est le frère, ou il est l’amant de la femme qu’il ne convient pas d’appeler devant lui : « chameau ». Et cette seule notion nouvelle entraînera tout un regroupement, le retrait ou l’avance de la fraction des notions, désormais complétées, qu’on possédait sur le reste de la famille. IV

 

… et persan

 

Caravansérail = palais où s’arrêtent les caravanes

*[Bloch :] Comme je ne peux pas supporter d’attendre parmi le faux chic de ces grands caravansérails, et que les tziganes me feraient trouver mal, dites au « laïft » de les faire taire et de vous prévenir de suite. II

 

Orient

Le roi Théodose II

 

 

 

– l’Histoire de l’Orient : Brahma ; Assourbanipal ; Héliogabale ; Darius ; Xerxès ; Théodora ; « ce Mahomet II […] qui, ayant senti qu’il était amoureux fou d’une de ses femmes, la poignarda afin, dit naïvement son biographe vénitien, de retrouver sa liberté d’esprit. » I

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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