Jean Adloff, un lascar au Canada

Jean Adloff, un lascar au Canada

 

Voici un sacré numéro ! Je ne sais rien d’autre de M. Adloff qu’il est proustien et vit au Canada.

J’ai déjà signalé ici son Proust démythifié, À la recherche des « sens cachés » dans À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, sept cahiers de réflexion correspondant à chacun des volumes de l’œuvre.

 

Son éditeur, Édilivre, précise que Jean Adloff « est un bourlingueur. À l’adolescence, il quitte la France pour le Canada, où il a vécu un temps. Il effectue ses études supérieures en Californie. Après l’obtention de son doctorat à U.C.L.A., il crée un « Espace français » où il enseigne la littérature. Récemment, il est revenu s’installer au Canada. Il réside dans les Laurentides dans une thébaïde blottie au fond d’un bois hanté par des bêtes sauvages. Ses passions : les mots, Proust, Wagner, la peinture et les escapades aux quatre coins du monde. »

 

C’est là qu’il a écrit un roman nourri des prétendues lettres — vingt-deux plus une réponse du destinataire — qu’Alfred Agostinelli a adressé à Proust, son bienfaiteur dont il était le chauffeur-secrétaire, entre décembre 1913 et le 30 mai 1914, jour de sa mort en avion. L’auteur, fripon, assure que ces textes viennent « miraculeusement » de resurgir du passé et nous les livre à sa sauce, recréées, réécrites par lui sous le titre Lettres de Marcel Swann à Marcel Proust.

 

Je me suis empressé d’acheter le bouquin dans sa version électronique (11,40 €). Le résultat, récit fictif, est piquant, enrichi de nombreuses notes érudites sur les sources réelles — un joli numéro d’acrobate. Son objectif est affiché : réhabiliter celui qui a été considéré comme un « profiteur », un « gigolo », un « écornifleur », un « arriviste », un « ingrat », un « aventurier de peu de principes et de valeurs ».

 

Les clins d’œil sont légion et le premier, dans la première lettre qui commence par un original « Mon cher bon tout bon Marcel », tient en quatre mots : « Monsieur Alfred est parti ! ». Pour les faire paraître plus « authentiques », Jean Adloff abuse du style parlé, gommant systématiquement les négations — ainsi, vingt-cinq fois « vous pouvez pas savoir », ça lasse à la longue ! « Auteur inconnu du grand public et du monde proustien », il joue au faux ingénu et au vrai retors et peut aussi bien attirer qu’agacer. Son ouvrage est singulier, véritable « opni » (ouvrage proustien non identifié).

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Jean Adloff, un lascar au Canada”

You can leave a reply or Trackback this post.
  1. Cher Patrice,

    Je vous sais infiniment gré de votre commentaire sur mes Lettres de Marcel Swann à Marcel Proust. Je vous sais surtout gré de l’avoir lu sans a priori comme les gens du monde académique qui à l’orée se sont contentés d’affirmer qu’il s’agissait d’une supercherie et n’ont pas dépassé le stade de la première page. En ce sens, je crois que vous et moi avons ceci en commun : nous n’aimons pas les sentiers battus, surtout ceux qui sentent à plein nez l’académisme.

    En très haute, cordiale estime,

    Jean Adloff, le « lascar » de Wentworth-Nord, Canada.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et