Fruncé-Combray

Fruncé-Combray

 

Quand l’humour de Proust s’enrichit de celui des proustiens…

Jacques Géraud est facétieux. Ce qu’il propose mérite d’être (re)publié en cette veille de 1er avril

Quand il se présente, il dit qu’il « est (s’efforce d’être) écrivain ». Après des études austères (khâgne, ENS de Saint-Cloud, agrégation de lettres modernes) il a enseigné en lycée dans la région parisienne. Il a publié des livres atypiques pas moins de trois livres de fiction où [il s’] approprie le plus célèbre « Je » de la littérature : Proustites (P.O.L), Petits proustillants (PUF), Proustissimots (Champ Vallon) » — que je n’ai pas lus.

L’autre jour, il a posté un commentaire sur une chronique ancienne. Comme vous risquez de l’avoir raté,  le voici :

 

FRUNCÉ SI VOUS SAVIEZ…

A peine tombée, la nouvelle affole la communauté des proustiens : Illiers, Eure-et-Loir, ne serait devenu Illiers-Combray que sur la foi d’une erreur tragique,  car c’est le petit village de Fruncé, Eure-et-Loir, qui, et lui seul, mériterait ce label, pour la bonne raison que la véritable maison de la tante Léonie, l’alitée de la Recherche, dont le grand Marcel s’amuse à se dire un avatar, générant la littérature, ne se serait jamais trouvée sur les terres d’Illiers, mais de Fruncé ! « Illiers, écrit le professeur émérite Lestiboudoisdans la première livraison du Nouveau bulletin proustien, n’est redevable de l’imposture de sa fortune qu’au jeu de mots subliminal qui, à l’inconscient abusé des Islériens,  aura  fait croire depuis presque un siècle qu’ Il y est … Lui qui n’y fut jamais, lui qui était à Fruncé, où sur le site de la vraie maison de la tante Léonie, démolie depuis des décennies, règne aujourd’hui le pavillon d’un retraité de la Poste, une maison Phénix … » ; mais, ajoute le Professeur, « N’avons-nous pas dans ce Phénix l’augure d’une renaissance?« . Et d’inviter tous les Islériens, tous les tenants de la toponymie trompeuse, à déserter Illiers pour laisser leurs désirs partir en caravane vers ce Fruncé qui, médiocre bourgade, dès lors que baptisé Fruncé-Combray n’en sera que mieux le support d’une transfiguration. Reste à savoir combien de nos proustiens, même ébranlés dans leur croyance, voudront ou sauront se détacher des murs d’une maison qui, serait-elle illégitime, est aussi sacrée à leurs yeux qu’aux mahométans la pierre noire de la Mecque. Selon  de bons connaisseurs de la confrérie, un schisme n’est pas exclu, avec deux Combray ennemis,  Islériens et Fruncéens se regardant en chien de faïence, s’anathématisant, se lançant la Recherche à la tête ; de nouveaux manuscrits, même, pourraient sortir des tiroirs, de nouvelles paperoles accréditant ou censées accréditer Fruncé. Les plus pessimistes craignent une guerre de cent ans, bien de nature à écorner la gloire inouïe qui nimbe le nom du génial écrivain. Quant à notre professeur émérite, en son inlassable ardeur, aux objets renouvelés, il serait sur le point de lancer un Néo-bulletin voltairien aux fins de météoriquement jeter, dans le jardin des dévots du grand écrivain des Lumières, cette non moins terrible pierre : Ferney-Voltaire est une erreur, le véritable château du philosophe du canton de Gex se dresse à quelques kilomètres de Ferney, dans une localité dont la première livraison du Néo-Bulletin fera éclater le nom. D’autres bisbilles en perspective, dont nous ne manquerons pas d’informer nos lecteurs.

http://geronimots.blogspot.fr/

 

À mon premier regard, en survol, je me suis dit que la folie Proust pouvait taper trop fort et qu’il y avait des dingos pathologiques. En relisant, et en regardant la signature, j’ai compris qu’il s’agissait d’une pochade. Comme me l’a écrit l’ami Géraud un jour, « Proust rend fou, c’est connu, mais d’une folie saine, la vôtre ou la mienne ».

 

Cette folie n’exige aucun soin.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

PS : Cette chronique porte le n° 1 000 dans ma besace, mais 1 934 sur le compte de ce blogue. Entre les séries comptées pour un ou les rediffusions, je suppose que le bon chiffre est entre les deux. Ce qui importe, c’est que vous ne manquiez de rien !

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Fruncé-Combray”

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  1. Merci, cher Patrice Louis, d’avoir glissé ce petit délire sur votre site indispensable aux proustiens. Et je suis assez content que vous ayez d’abord pu l’imputer à une dinguerie franchement pathologique. Notre héros est, entre autres supériorités, l’auteur le plus drôle du patrimoine, certains proustiens, un peu infirmes, ont du mal à en prendre la mesure. Jusqu’à mon correcteur d’orthographe qui voudrait absolument et systématiquement remplacer « proustien » par « prussien »!!!

  2. Si Tante Léonie avait vécu à Fruncé, même une fois sa maison détruite, promis nous ne l’aurions pas oubliée !

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