Proust prend le train (3)

Proust prend le train (3)

 

À quoi ressemblaient les déplacements ferroviaires du temps de Proust, il y a un peu plus d’un siècle ?

Essayons de répondre en n’utilisant que les informations glissées ça et là dans son œuvre. Ce n’est pas trop difficile car le train y est omniprésent.

 

Avant de partir, chercher son train. Le Chaix s’avère indispensable.

Pourquoi cet indicateur ? Parce que c’est le premier à proposer les trains et leurs horaires, du nom de son éditeur, Napoléon Chaix (1807-1865), patron de l’Imprimerie Centrale des Chemins de Fer, et publié dès 1846.

Sans être nommé précisément, il apparaît dans quatre des sept tomes de l’œuvre. Habitué des voyages ferroviaires — à commencer par ceux qui l’ont conduit enfant à Illiers — Proust voue à l’indicateur un authentique culte.

Il l’évoque avec ferveur dans son article Journées de lecture dans Le Figaro du 20 mars 1907 : « La sagesse serait de replacer toutes les relations modernes et beaucoup de voyages par la lecture de l’Almanach de Gotha et de l’indicateur des chemins de fer ».

Il insiste plus fort, dans une lettre à Gaston Gallimard qui le complimente après une récitation de Loti, chez Louisa de Mornand, à Bénerville, en 1908 : « Lisez l’indicateur Chaix, c’est bien mieux. » Là, l’ouvrage est donc cité.

0061 Indicateur Chaix, 1893

Indicateur Chaix, 1893

0062 Indicateur Chaix, 1906

Indicateur Chaix 1906

0063 Indicateur Chaix 1914 Tramways E&L

Indicateur Chaix 1914 Tramways E&L

0064 Indicateur Bretagne, 1906

Indicateur Bretagne 1906

Indicateur SNCF 2015

Indicateur SNCF 2015

*quand elle [Odette] était partie pour Dreux ou pour Pierrefonds — hélas, sans lui [Swann] permettre d’y aller, comme par hasard, de son côté, car « cela ferait un effet déplorable », disait-elle — il se plongeait dans le plus enivrant des romans d’amour, l’indicateur des chemins de fer, qui lui apprenait les moyens de la rejoindre, l’après-midi, le soir, ce matin même ! Le moyen ? presque davantage : l’autorisation. Car enfin l’indicateur et les trains eux-mêmes n’étaient pas faits pour des chiens. I

*Il passait ses journées penché sur une carte de la forêt de Compiègne comme si ç’avait été la carte du Tendre, s’entourait de photographies du château de Pierrefonds. Dès que venait le jour où il était possible qu’elle revînt, il rouvrait l’indicateur, calculait quel train elle avait dû prendre, et si elle s’était attardée, ceux qui lui restaient encore. Il ne sortait pas de peur de manquer une dépêche, ne se couchait pas, pour le cas où, revenue par le dernier train, elle aurait voulu lui faire la surprise de venir le voir au milieu de la nuit. I

*bien que mon exaltation eût pour motif un désir de jouissances artistiques, les guides l’entretenaient encore plus que les livres d’esthétiques et, plus que les guides, l’indicateur des chemins de fer. I

*Donc nous partirions simplement de Paris par ce train de une heure vingt-deux que je m’étais plu trop longtemps à chercher dans l’indicateur des chemins de fer où il me donnait chaque fois l’émotion, presque la bienheureuse illusion du départ, pour ne pas me figurer que je le connaissais. II

*Je me décidais à quitter la poste, à aller retrouver Robert à son restaurant pour lui dire que, allant peut-être recevoir une dépêche qui m’obligerait à revenir, je voudrais savoir à tout hasard l’horaire des trains. […] Tandis que, laissant les plats refroidir auprès d’eux, ses amis cherchaient avec lui dans l’indicateur le train que je pourrais prendre pour rentrer à Paris, et qu’on entendait dans la nuit étoilée et froide les sifflements des locomotives, je n’éprouvais certes plus la même paix que m’avaient donnée ici tant de soirs l’amitié des uns, le passage lointain des autres. III

*Les mêmes noms de lieux, si troublants pour moi jadis que le simple Annuaire des Châteaux, feuilleté au chapitre du département de la Manche, me causait autant d’émotion que l’Indicateur des chemins de fer, m’étaient devenus si familiers que cet indicateur même, j’aurais pu le consulter, à la page Balbec-Douville par Doncières, avec la même heureuse tranquillité qu’un dictionnaire d’adresses. IV

*Je sonnai Françoise pour lui demander de m’acheter un guide et un indicateur, comme j’avais fait enfant, quand j’avais voulu déjà préparer un voyage à Venise, réalisation d’un désir aussi violent que celui que j’avais en ce moment ; V

*L’indicateur consulté, il [Saint-Loup] vit qu’il ne pourrait partir que le soir. Françoise me demanda : « Faut-il ôter du cabinet de travail le lit de Mlle Albertine ? — Au contraire, dis-je, il faut le faire. » J’espérais qu’elle reviendrait d’un jour à l’autre et je ne voulais même pas que Françoise pût supposer qu’il y avait doute. VI

 

À suivre

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. I like traveling on Patrice’s train….

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