1916-2016

1916-2016

 

En 1916, le Héros d’À la recherche du temps perdu se revigore… Il sort d’une maison de santé et se trouve confronté à la guerre.

Pour 2016, je vous souhaite d’être en pleine forme en espérant que mes vœux ne soient pas « tardifs ou retardés », comme ceux qu’il évoque dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs.

Permettez-moi de la faire dans les langues dont on trouve des échantillons dans la Recherche : Frohes neues Jahr (allemand), Happy New Year (anglais), عام سعيد (arabe), Feliz año nuevo (espagnol), Καλή Χρονιά (grec), Felice anno nuovo (italien), Felix sit annus novus (latin), Godt nyttår (norvégien — avec fiord) et С Новым Годом (russe).

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

Les extraits

*Ces idées, tendant, les unes à diminuer, les autres à accroître mon regret de ne pas avoir de dons pour la littérature, ne se présentèrent plus à ma pensée pendant les longues années que je passai à me soigner, loin de Paris, dans une maison de santé où d’ailleurs, j’avais tout à fait renoncé au projet d’écrire, jusqu’à ce que celle-ci ne pût plus trouver de personnel médical, au commencement de 1916. Je rentrai alors dans un Paris bien différent de celui où j’étais déjà revenu une première fois comme on le verra tout à l’heure, en août 1914, pour subir une visite médicale, après quoi j’avais rejoint ma maison de santé. VII

*Un des premiers soirs de mon nouveau retour à Paris en 1916, ayant envie d’entendre parler de la seule chose qui m’intéressait alors, la guerre, je sortis, après le dîner, pour aller voir Mme Verdurin car elle était, avec Mme Bontemps, une des reines de ce Paris de la guerre qui faisait penser au Directoire. VII

*Le Louvre, tous les musées étaient fermés, et quand on lisait en tête d’un article de journal : « Une exposition sensationnelle », on pouvait être sûr qu’il s’agissait d’une exposition non de tableaux, mais de robes, de robes destinées d’ailleurs à éveiller « ces délicates joies d’art dont les Parisiennes étaient depuis trop longtemps sevrées ». C’est ainsi que l’élégance et le plaisir avaient repris; l’élégance, à défaut des arts, cherchait à s’excuser comme ceux-ci en 1793, année où les artistes exposant au Salon révolutionnaire proclamaient que ce serait à tort qu’il paraîtrait « étrange à d’austères républicains que nous nous occupions des arts quand l’Europe coalisée assiège le territoire de la liberté ». Ainsi faisaient en 1916 les couturiers qui, d’ailleurs, avec une orgueilleuse conscience d’artistes avouaient que « chercher du nouveau, s’écarter de la banalité, préparer la victoire, dégager pour les générations d’après la guerre une formule nouvelle du beau, telle était l’ambition qui les tourmentait, la chimère qu’ils poursuivaient, ainsi qu’on pouvait s’en rendre compte en venant visiter leurs salons délicieusement installés rue de la … où effacer par une note lumineuse et gaie les lourdes tristesses de l’heure, semble être le mot d’ordre, avec la discrétion toutefois qu’imposent les circonstances. VII

*La dame qui connaissait les Guermantes depuis 1914 regardait comme une parvenue celle qu’on présentait chez eux en 1916, lui faisait un bonjour de douairière, la dévisageait de son face-à-main et avouait dans une moue qu’on ne savait même pas au juste si cette dame était ou non mariée. VII

 

*Le 1er janvier sonna toutes ses heures sans qu’arrivât cette lettre de Gilberte. Et comme j’en reçus quelques-unes de vœux tardifs ou retardés par l’encombrement des courriers à ces dates-là, le 3 et le 4 janvier, j’espérais encore, de moins en moins pourtant. Les jours qui suivirent, je pleurai beaucoup. II

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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